Le marathon Lađa sur la Neretva

Publié le 15 Août 2010

 L'ancienne barque de la Neretva sauvée de l'oubli



http://upload.wikimedia.org/wikipedia/hr/b/b9/Animacija_ladje.gifSeul moyen de transport pendant des siècles, dans le delta de la Neretva, la barque, appelée "Lađa", était menacée de disparition, mais des habitants de cette région marécageuse du sud de la Croatie lui ont donné une nouvelle vie en la faisant participer à une course annuelle.

"Nous en sommes tellement fiers. A première vue, elle ne paie pas de mine, mais pour nous cette barque équivaut au plus luxueux des bateaux de croisière", déclare Marko Marusic, l'un des organisateurs du "Marathon des barques".

Samedi en fin d'après-midi, alors que le soleil décline, une trentaine de barques sont alignées dans le canal, à  Metković, en attendant le signal du départ.

Des milliers de spectateurs, rassemblés sur les deux rives, sont venus encourager les équipes. D'autres le feront sur leur passage.

Lancée il y a treize ans par une poignée de passionnés décidés à sortir de l'oubli la barque de la Neretva, cette course, longue de 22,5 kilomètres et reliant Metković au port de Ploče , est devenue l'une des plus importantes manifestations populaires en Croatie.

"Nous ne faisons que lui rendre ce qu'elle nous a donné pendant des siècles. Cette barque n'est peut-être pas belle, mais c'est comme une mère, vous l'aimez parce que c'est votre mère", souligne M. Marusic, un habitant de Vid.

Après des opérations d'assèchement des marais du delta, dans les années 1960, la plupart de ces barques avaient été abandonnées, coulées dans des canaux ou dissimulées dans des roselières.

"On me traitait de fou quand j'ai commencé à inciter des citadins à organiser le marathon", se souvient Milojko Glasovic, l'un des initiateurs de la course.

Construite en pin ou en chêne, la barque de la Neretva est une embarcation à rames rudimentaire. Elle était autrefois utilisée pour transporter les récoltes ou le bétail. On l'utilisait aussi pour se rendre d'un village à l'autre et pour conduire un défunt à sa dernière demeure.

"Celui qui possédait une barque, c'était un patron, un riche. Les pauvres étaient obligés d'en louer une", se souvient Ante, un octogénaire.

"On naissait dans la barque et on mourait dans la barque", renchérit Mario Srsen, directeur du marathon et capitaine d'une équipe.

Avec dix rameurs et un barreur à bord pendant la course, la barque, longue d'environ sept mètres, était jadis halée par des femmes sur les petits canaux. "Un homme se trouvait au gouvernail alors que des femmes marchaient sur les deux rives et tiraient la barque avec des cordes", explique M. Srsen.

 

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Les temps ont changé et les femmes sont aujourd'hui à bord. Militaire à la retraite et mère de cinq enfants, Milena Miskic, 38 ans, est aussi capitaine d'une équipe féminine qui ne rate aucun marathon.

"Il y a deux ans, j'ai ramé alors que j'étais enceinte. L'année dernière, mon mari m'avait apporté mon enfant à la mi-course pour l'allaiter", raconte-elle, entourée de rameurs des équipes rivales.

"Vous avez beau vous entraîner pendant six mois, il faut avoir beaucoup de courage. Vous ne nous battrez jamais!", s'exclame Marijan Srsen, barreur d'une équipe, à l'adresse du capitaine d'une autre équipe.

Josko Jerkovic, 47 ans, capitaine de l'équipe de Rogotin, champion local qui a remporté six marathons, estime que des formations ayant davantage d'agriculteurs dans leurs rangs sont les favoris.

"J'ai récolté 40 tonnes de tomates cette année et je suis en pleine forme. Mais nous nous sommes aussi entraînés pendant quatre mois car on ne peut pas se permettre de jouer avec notre prestige", fait-il valoir.

L'équipe de Josko est arrivée sixième à Ploče. Mais il y a encore pire: la "Soirée du champion", organisée par le vainqueur, aura lieu cette année dans la bourgade voisine de Komin, principale rivale de Rogotin.


par Rusmir SMAJILHODZIC

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Evénements

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