Le loup

Publié le 27 Octobre 2011

Les mélanges entre chiens et loups sèment la terreur dans l'arrière-pays dalmate

 

 

La sècheresse de cet été, qui a infligé d'importants dommages aux agriculteurs, aux bergers et aux éleveurs de gros bétails, restera également dans la mémoire d'Ana Grgas, experte judiciaire chargée d'évaluer les dégâts provoqués par les prédateurs. Sur le territoire qui est de son ressort, le comitat de Zadar, les missions d'expertise ont doublé de juillet à septembre, tout comme les attaques de loups contre les animaux locaux. Cela principalement autour de la magistrale en direction de Pag, Vinjerac, Slivnica. "La sècheresse a chamboulé la chaine alimentaire dans la nature. Les ruisseaux se sont asséchés, les fleuves Zrmanja et Krupa aussi, de sorte que le loup en quête de nourriture et d'eau s'empare de nouveaux territoires. Les braconniers tuent le petit gibier, les villages sont abandonnés, les loups errent à la recherche de nourriture, glanent les odeurs humaines et pénètrent dans des zones habitées", déclare Ana Grgas. 

 

On a beau raconter qu'il y a de plus en plus de loups, qu'ils sont amenés en hélicoptère et relâché dans le karst, les données exactes indiquent pourtant qu'ils ont sensiblement diminué. Dans le rapport sur la situation des loups, qui vient justement d'être publié, il est dit que 21,6% de la population estimée, soit 42 unités, ont été tués entre septembre 2010 et septembre 2011. Autant dire que les loups ont chez nous un sombre avenir ou que l'homme est devenu un loup pour... le loup.

 

"Les loups sont tués sans qu'il n'y ait de contrôle, ils sont empoisonnés par une mixture de strychnine et de verre, des pièges en fer sont posés, et cela sur des territoires où les êtres humains peuvent également être blessés. Rien de plus normal que de tuer un loup illégalement et que de le suspendre fièrement au milieu du village pour qu'on le voie", explique A. Grgas qui tire son expérience de la pratique.

 

Jasna Jeremić, employée à l'Institut national pour la conservation de la nature, dément elle aussi qu'il y ait de plus en plus de loups. D'après elle les loups n'ont fait que se regrouper ou s'installer sur de nouveaux territoires, ce qui s'explique avant tout par leur quête de nourriture dont la nature abonde de moins en moins.

 

"Il est exclu qu'il y ait de plus en plus de loups", affirme résolument J. Jeremić, pour qui le taux élevé de mortalité a provoqué une inflexion du nombre d'effectifs, une permanente décomposition/formation des meutes ainsi que l'absence de véritable partenaire pour fonder une meute.

 

Dans une étude sur l'existence d'hybrides, les experts de la Faculté vétérinaire de Zagreb ont étudié 203 animaux différents qu'ils ont classé en trois catégories sur base de l'apparence et des caractéristiques externes : le chien, le loup et l'hybride présumé. Sur les dix présumés, trois se sont révélés être des hybrides tandis que les autres étaient de vrais loups. Deux autres hybrides ont été identifiés dans la catégorie des loups bien que par leurs caractéristiques extérieures ils correspondaient à ces derniers.

 

J. Jeremić précise que les cinq hybrides du milieu naturel sont des hybrides résultant d'une combinaison entre louves et chiens et que le seul hydride issu d'une captivité est un hydride entre un loup et une chienne.

 

"Sur les cinq hybrides du milieu naturel, quatre provenaient de la Dalmatie et un de la Lika. Le phénomène des hybrides (trois pour-cent de la population totale des loups) en Croatie, particulièrement en Dalmatie, dénonce la structure sociale détériorée des loups, prévient J. Jeremić. Il y a quatre ans, à Žegar/Obrovac un loup a été tenu en captivité par Vojo Radmilović qui était alors propriétaire d'une ferme de chèvres. De son propre aveu, il l'a accouplé avec une femelle charplanina qui a mis bas des chiots. Aujourd'hui personne ne souhaite en parler à Žegar parce que tout le village a fait les frais du loup retenu, nous a déclaré un vieil habitant de Žegar. Et il ajoute qu'aujourd'hui les hybrides errent parce que le propriétaire de la ferme a depuis lors quitté la Croatie et que les chiens se sont dispersés dans la forêt.

 

 

Une fin tragique

 

L'experte judiciaire Ana Grgas est au courant de cette histoire sur les hybrides entre chiens et loups. Elle pense avoir constaté un massacre qui est justement l'œuvre d'un tel hybride et de plusieurs autres chiens lorsqu'elle avait procédé à un examen des lieux à Muškovci.

 

"Le mouton était sans tête, la laine arrachée et dispersée tout autour, une scène dont je ne suis pas souvent témoin. Les loups ne laissent pas de tels cadavres et lorsque j'arrive pour une expertise je sais immédiatement qui a attaqué la chèvre ou le mouton", explique Grgas. Outre la confirmation d'hybrides dans la nature, il faut s'inquiéter que les petits des loups dans la nature soient capturés et maintenus captifs et aussi s'inquiéter du phénomène des hybrides en captivité. On les vante comme de parfaits gardiens et du bon matériel génétique pour les éleveurs et les amateurs de combats de chiens. Ces combats de chiens, notamment en Bosnie-Herzégovine et dans les parties périphériques des trois comitats de Dalmatie, sont justement là où finissent le plus souvent les hybrides. Sur le marché noir ils peuvent être vendus à partir d'un millier d'euros.

 

Jasna Jeremić prévient que les effets pervers sont proprement imprévisibles.

 

"Retenir des animaux sauvages en captivité de façon changeante et inappropriée aboutit au stress et à la névrose. Confrontés à d'autres chiens ils essayeront d'établir la structure de la meute et d'affirmer leur domination, parfois avec des conséquences mortelles. L'idée d'obtenir par le croisement de meilleurs chiens de garde et des animaux de compagnie est loin de la vérité", note Jeremić, qui insiste que les hybrides peuvent se révéler plus agressifs que les loups dont le sang est pur. Le plus souvent ils ont des instincts de chasseurs très prononcés et en famille ils peuvent regarder les enfants comme des proies faciles.

 

 

Un habitat scindé à cause de la construction d'un axe routier

 

La difficulté de trouver un partenaire adéquat pour s'accoupler, déclare l'experte, tient à toute une quantité de facteurs. Avant tout il est question de l'augmentation de la population de chiens et de chiens errants sur les territoires qu'occupent les loups. Ensuite vient la mortalité accrue des loups et ensuite la scission d'habitats à cause de la construction de voies routières et du petit nombre des passages pour animaux. Ainsi sont détruits les habitats pour nombre d'animaux. Faute de partenaire, explique Jeremić, les loups peuvent s'accoupler, hormis les chiens, avec leur parenté (frère et sœur ou parent avec progéniture). La fréquence des anomalies augmente alors, telles que l'albinisme constaté parmi une meute à Mosor.

 

Source : balkanikum.vefblog.net, le 26 octobre 2011.

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Ecologie et nature

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