Le GNK Dinamo Zagreb

Publié le 26 Septembre 2011

1. Zagreb zappe le court-termisme

 

 

L'adversaire de Lyon, mardi (20h45), entraîné par Vahid Halilhodzix jusqu'en mai dernier, semble avoir tourné le dos à sa stratégie de vente tous azimuts. Le Dinamo Zagreb, mélange de talents croates et sud-américains, de briscards et de purs espoirs, a pris goût à la Ligue des champions en se faisant respecter par le Real Madrid (0-1).



Il y a un an, Vahid Halilhodzic surprenait tout le monde en acceptant de prendre en main le destin du Dinamo Zagreb, le seul club croate encore de taille à lutter jusqu’en décembre sur la scène européenne. Surprenant quand on se souvient que coach Vahid est un Bosniaque de Mostar, ville encore aujourd’hui coupée en deux entre Bosniaques et Croates, où le football n’est pas pour rien dans la persistance de la haine de l’autre. Faire signer une pointure comme Halilhodzic était un message envoyé par le vice-président exécutif du club, Zdravko Mamic, aux supporters du Dinamo, les Bad Blue Boys, qui viennent de mettre un terme provisoire à un mouvement de grève de treize mois intitulé Zajdeno za Dinamo (ensemble pour le Dinamo) ponctué par des actions de protestations contre la direction du club et contre la corruption au sein de la fédération croate.



Les millions de Modric, Eduardo, Lovren...

Les supporters reprochaient à Mamic de vendre année après année les meilleurs joueurs du club, de plus en plus jeunes, sans chercher à construire une équipe compétitive ni réinvestir les sommes reçues. Il faut dire que sur ces dernières années, entre Eduardo, Modric, Lovren et d’autres, ce sont plusieurs dizaines de millions d’euros qui ont atterri dans les caisses du Dinamo. L’objectif de coach Vahid était de mener le Dinamo en Ligue des Champions, mais une dispute avec Mamic en mai dernier a provoqué sa démission. Qu’à cela ne tienne, après avoir écarté le HJK Helsinki de Jari Litmanen, puis Malmö, club formateur de Zlatan Ibrahimovic, le champion de Croatie a enfin retrouvé la plus prestigieuse des compétitions européennes, après plus de dix ans d’absence.

Son premier match contre le Real Madrid a confirmé ce que l’on savait déjà du Dinamo, c’est-à-dire que c'est une équipe joueuse, qui affiche de belles qualités techniques et une certaine agressivité défensive, qui ne ferme pas, qui joue sans complexe à domicile, qui parvient à se créer des situations mais pêche parfois dans la finition. Défaits 1-0 par le Real, les joueurs du Dinamo avait offert un très beau match, avec beaucoup d’engagement et de détermination, loin des équipes espagnoles qui prennent raclée sur raclée chaque week-end contre la bande de Mourinho. Dans cette équipe du Dinamo, on retrouve quelques Sud-Américains (Ibanez, Cufré, Morales), mais surtout un mélange très intéressant de joueurs croates expérimentés rapatriés de l’étranger pour jouer la Ligue des champions comme les anciens monégasques Leko et Pokrivac (dont la cheville de Cristiano Ronaldo se souviendra longtemps), mais aussi Simunic et Biscan derrière, auxquels s’ajoute une flopée de jeunes joueurs très prometteurs comme le gardien Kelava, le latéral de 19 ans et déjà international Sime Vrsaljko, ou encore les rapides Rukavina, Beqiraj et Kramaric devant.



Badelj et Sammir, gros dangers

Pour organiser tout ça, le Dinamo peut compter sur un duo qui fait mal au milieu de terrain. Milan Badelj, 22 ans, pisté par de grands clubs européens, est la première rampe de lancement de l’équipe, un milieu technique, reculé, dans la droite ligne de Luka Modric auquel il succède. Devant lui on retrouve le Brésilien Sammir, 24 ans, rapide et fin technicien, au club depuis 2007, et dont on se demande en Croatie si on ne va pas finir par lui offrir un passeport comme à son compatriote Eduardo, tant il est pétri de qualités.  Contre le Real, chacune de ses accélérations balle au pied a créé le décalage dans la défense madrilène et provoqué le frisson dans le stade. A Gerland, dans une équipe qui sera armée pour contrer, il s’agira donc pour les Lyonnais de couper la relation entre Badelj et Sammir pour éviter de se faire des frayeurs. Nul doute que Dejan Lovren, qui confirme match après match qu’il sera bien le grand défendeur que l’OL attend depuis que Cris a disparu de la circulation, aura prévenu ses partenaires de ce qui les attend mardi.

Si les lyonnais négocient bien ce match puis la double confrontation madrilène, ils pourront alors se rendre à Maksimir en décembre l’esprit tranquille, et prendre le temps de déposer une bougie au monument érigé en mémoire des supporters du Dinamo qui se sont engagés en 1991 dans l’embryon d’armée croate dans la guerre qui mena à l’indépendance de la Croatie. Parce que parfois, le football, c’est la guerre… pour de vrai.


par Loïc TREGOURES

Source : eurosport.fr, le 26 septembre 2011.

 

 

 

 

2. Zagreb la sulfureuse

 

Si la large victoire de Lyon à Zagreb mercredi (1-7) a suscité tant d’émotions, le pedigree du club croate y est pour beaucoup. Dans un pays où la corruption reste un fléau, le Dinamo est géré de façon opaque et autocratique par un homme aussi puissant que contesté, Zdravko Mamic.

 

Vida le défenseur et Kelava le gardien ont aujourd'hui une notoriété très supérieure à celle qui devrait être la leur, pour des joueurs éliminés de la Ligue des champions. Un clin d’œil et un pouce levé à Gomis pour l'un au moment du but de la qualification, une apathie douteuse pour l'autre : ils sont célèbres partout en Europe désormais. Dans la presse néerlandaise de jeudi, on ressort une photo du même Vida datant d’il y a deux ans, alors qu’il évoluait à Osijek, et le montrant sortir d’une maison de paris sportifs. On exhibe également un document bancaire semblant démontrer l’existence d’un transfert de fonds de 2,5 millions d’euros de l’OL vers le Dinamo le 3 décembre dernier. A supposer que ce document soit authentique, la ficelle est de toute façon un peu grosse, puisqu'il s'agit vraisemblablement d’une traite du transfert de Dejan Lovren.

 

Face à "l'affaire Zagreb - Lyon", la presse croate se fait suiviste. Elle se contentait, jeudi, de reprendre les théories et "informations" de ses homologues étrangères. Cela est peut-être lié à la menace du Dinamo de poursuivre en justice quiconque continuerait de répandre l’hypothèse d’un match arrangé. Le Dinamo Zagreb : voilà sûrement le "problème" des Lyonnais, 24 heures après leur qualification pour les huitièmes de finale. Si les Gones avaient battu Rosenborg 7-1 dans les mêmes circonstances, personne n’aurait rien trouvé à redire, Yannick Noah ou pas. Mais le Dinamo a un passé et, même s'il a limogé son coach à la première heure de la matinée, comme pour souligner sa bonne foi, ce passé incite à une méfiance spontanée. Il y a un mois à peine, l’ancienne gloire Robert Kovac, qui a fini sa carrière au Dinamo, était entendu par l’Uskok, l’organisme croate de lutte contre la fraude et la corruption. Cette entrevue faisait suite à celle de Zoran Mamic, le directeur sportif du club. Ce même Zoran Mamic est d’ailleurs un habitué puisqu’il a été entendu au siège de l’UEFA en août 2010 dans le cadre d’une enquête internationale de matches truqués. A l’époque, le directeur exécutif du club, Zdravko Mamic, frère de Zoran, ainsi que la fédération croate, avaient indiqué que Zoran Mamic n’était qu'un témoin. En réalité, il est suspect.

 

Une curieuse agence de management

 

Le portail index.hr rappelle, dans un article intitulé "Mamic avait des raisons de se venger de l'Ajax" que le Dinamo avait été éliminé de la Ligue Europa en 2009 après que l'Ajax eut "balancé" son dernier match à domicile contre Anderlecht, permettant aux deux équipes de se qualifier aux dépens du Dinamo. Cela qui avait à l'époque provoqué la colère de Mamic, une colère alors tournée contre l'Ajax, Platini et l'UEFA, qualifiant le Dinamo "d'enfant non désiré de l'Europe". Ces dernières années, rappelle la presse, le Dinamo a été impliqué dans trois rencontres soupçonnées d’avoir été truquées. Deux rencontres de coupe d’Europe contre Arsenal et Timisoara, et la finale de la coupe de Croatie contre le Hajduk Split, grossièrement gagnée grâce notamment à deux penalties. C'est que le niveau de corruption en Croatie est élevé selon les classements de Transparency International, et il n’y a aucune raison qu’un milieu générant autant d’argent que le football y échappe. Il faut donc comprendre comment il fonctionne. Le président de la fédération de football, Vlatko Markovic, a été élu contre l’ancien joueur Igor Stimac avec le soutien (l’achat de voix?) de Zdravko Mamic. Quant à ce dernier, il est à la tête du Dinamo dans la mesure où le club possède le statut d’association publique. Il est donc géré par la municipalité de Zagreb. Or, le maire de Zagreb, Milan Bandic, est un proche de Mamic. Celui-ci a financé sa campagne. Mamic est donc tout puissant au sein de la fédération et du club puisque son frère en est le directeur sportif, et son fils contrôle l’agence de management sportif par laquelle tous les joueurs du Dinamo doivent passer lorsqu’ils signent avec le club.

 

Autrement dit, la famille Mamic ne dépense pas un sou dans le club puisqu’il est financé par les impôts des Zagrébois, mais ils touchent de grosses commissions chaque fois qu’un Lovren, Eduardo, Modric, bientôt Badelj, est vendu. Lorsqu’Eduardo est arrivé mineur en Croatie, Mamic lui a fait signer un contrat lui réservant 20% de tous ses revenus à vie. L’affaire est en cours. Récemment, l’Argentin Leandro Cufré, ancien de la Roma, a été viré du club parce qu’il n’avait pas signé ce type de document, et, pire encore, il saluait les supporters. Car si la fédération et la justice ferment les yeux sur les agissements de Mamic, les supporters du Dinamo, pas seulement les Bad Blue Boys, se sont réunis au sein du collectif Zajedno za Dinamo, qui vise à sensibiliser l’opinion sur l’état de décrépitude du club et d’y dénoncer, par des actions légales, la corruption. Entre eux et Mamic le tout puissant, la guerre dure depuis dix-huit mois maintenant. Par le biais d’un communiqué, ces derniers ne reprennent cependant pas l’idée d’un match truqué en l’absence de preuves. Mais ils appellent au départ de Mamic, avec cet argument brutal : le Dinamo est à ce jour la pire équipe de l’histoire de la Ligue des Champions.

 

 

Par Loïc TREGOURES.

 

Source : eurosport.fr, le 8 décembre 2011.

 

 

 

 

3. Le Dinamo Zagreb change de statut

 

 

Le Dinamo Zagreb se dirige vers un nouveau régime juridique. Son président, Zdravko Mamic, annonce sa prochaine privatisation. "Nous allons mettre en vente sur le marché les parts du Dinamo Zagreb", a déclaré M. Mamic, selon un communiqué diffusé par le club. "En cas de succès (...) nous obtiendrons des fonds qui nous permettront d'assurer le développement et la stabilité du club", a-t-il précisé. "La direction a décidé qu'il était temps d'aller de l'avant (...) d'ouvrir une nouvelle page et de restructurer le club", a expliqué M. Mamic précisant que les revenus du club phare du football croate.

Champion de football de la Croatie à neuf reprises consécutives et en bonne voie pour décrocher un dixième titre (le 15e de son histoire), le Dinamo est aujourd'hui une simple association.

 

Source : sport.fr, le 24 février 2015.

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Mafia et football

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