Lauba

Publié le 5 Septembre 2011

Lauba, nouveau carrefour de l’art contemporain à Zagreb

 

 

À Zagreb, un entrepreneur croate vient d’ouvrir un nouveau lieu « pour les hommes et pour l’art »... Ce n’est pas tous les jours qu’une nouvelle galerie apparaît dans le paysage culturel croate. Quand, de plus, cet espace abrite une collection privée permanente de 500 œuvres d’art contemporain, l’événement a de quoi susciter tout l’intérêt. L’initiateur du projet est Tomislav Kličko, et sa collection Filip Trade s’offre au visiteur dans un espace éclectique nommé Lauba.


Lauba est située à Črnomerec, quartier relativement peu animé de la capitale croate, dans une ancienne écurie de l’époque austro-hongroise, qui a longtemps servi de fabrique de textile et de dépôt industriel.

Depuis son ouverture en mai 2011, Lauba laisse jaillir de ses entrailles un panache autrement coloré sur l’horizon gris de l’ouest zagrebois. Rénovée conformément à son statut de monument historique, cette bâtisse, entièrement peinte d’un noir granite surprenant, a l’ambition de devenir un lieu d’exposition, d’apprentissage, de rencontres et de production artistique.

Sa particularité réside dans le fait que le complexe Lauba héberge à la fois les locaux de l’entreprise Filip Trade et l’une des plus grandes collections privées d’art contemporain croate et bosnienne, désormais ouverte au public. Même si toutes les fonctionnalités de cette maison pour les hommes et pour l’art ne sont pas encore opérationnelles (la cafétéria est encore en travaux et la boutique en ligne attend son lancement), l’ambiance qui y règne témoigne d’un work in progress entamé il y a vingt ans par l’entrepreneur, avec l’acquisition du premier élément de la collection.

Depuis les années 1990, Tomislav Kličko a organisé et financé un grand nombre d’expositions et de concours artistiques, jouant le rôle de mécène pour nombre d’artistes croates. Sa collection a pu être rendue publique grâce à l’acquisition, il y a deux ans, de l’ancienne écurie et la création de l’association artistique baptisée Lauba.

Si, pour certains, le motif principal qui a poussé l’entrepreneur Kličko de lancer un projet d’une telle envergure est de faire de l’auto-promotion et de se présenter comme un entrepreneur puissant et attentif à la responsabilité sociale des entreprises dans la Croatie d’aujourd’hui, la sincérité de sa passion de collectionneur ne saurait être mise en doute.

Tomislav Kličko a su gagner la confiance des artistes exposés et les inclure dans la création, la promotion et le développement du projet. Tomislav Kličko et son équipe expliquent sur le site web de Lauba que leur galerie n’a bénéficié d’aucune aide publique et appellent d’autres entreprises à les rejoindre dans leur efforts visant à soutenir les artistes et l’art croate en général.

Le visiteur, peu attiré par l’aspect « local d’entreprise », pourra aisément ne pas y prêter attention, car la présence de Filip Trade est bien dissimulée dans l’espace. Les employés restent cachés derrière les baies vitrées teintées du bâtiment annexe, s’élevant du côté droit de la salle d’exposition. Celle-ci est située dans les écuries de l’ancienne bâtisse, qui ont conservé leur aspect simple et dénudé, les anciennes parois en brique, un sol en bois sobre, ainsi qu’une toiture simple et apparente, respectant la logique de l’ancienne construction. L’espace peut évoquer celui de la Punta della Dogana à Venise, rénové grâce aux fonds de la fondation François Pinault et réaménagée en espace d’exposition par l’architecte japonais Tadao Ando. À Lauba, les œuvres d’art habitent l’espace d’une façon inventive, en créant autant de petits univers pour chaque créateur exposé.

La galerie présente une collection remarquable d’artistes contemporains croates et bosniaques, dont Lovro Artuković, Kristian Kožul, Marija Ujević Galetović, Kristian Kožul, Ines Krasić, Ivana Franke, Slaven Tolj, Silvio Vujičić, Siniša Majkus, Zlatko Kopljar, Igor Ruf, Nika Radić, Zlatan Vehabović, Ivan Kožarić, Lala Raščić – pour n’en citer que quelques uns. La collection propose au public un regard original sur l’art contemporain croate et de Bosnie-Herzégovine, complémentaire à celui de la collection du Musée d’art contemporain ouvert à Zagreb il y a deux ans.

Lauba possède les pièces de certains auteurs que ne présente pas le Musée. Elle permet au visiteur de se régaler de délices artistiques comme, par exemple, une mise en scène originale et assez controversée des Accords de Dayton, intitulée « Potpisivanje deklaracije o pripajanju zapadne Hercegovine i Popova polja Republici Hrvatskoj (Wer hat das Bier bestellt ?!) », créée par Lovro Artuković à Berlin dans les années 1990.

On y trouve des œuvres de Kristian Kožul, travaillées dans des matières originales tels que les lanternes de cimetière, le cuir, les perles, la dentelle et les miroirs. Ses « Cloches balkaniques », dont l’intérieur est entièrement tapissé de cartouches de munition et l’extérieur de fine dentelle, portent bien leur nom.

Le visiteur aura également l’occasion d’admirer une nouvelle version du Bruce Lee d’Ivan Fiolić - statue dont une première version a initialement été exposée à Mostar.

Marija Ujević Galetović y est également présente avec une statue de chat et quelques peintures plus récentes. Avec leurs installations, Ines Krasić et Ivana Franke explorent les effets de lumière et l’intérieur d’un univers artistique. Slaven Tolj, artiste et activiste de Dubrovnik, expose une installation comportant plusieurs écrans de télévision, diffusant l’enregistrement d’une chanson traditionnelle dalmate interprétée par sept employés provenant de différents univers de travail.

La collection expose enfin « Le tapis volant » de Lala Raščić, sur lequel le visiteur est invité à se poser afin d’écouter un instant les bruits des villes de Sarajevo, d’Istanbul et de Split.

La constitution de la collection Filip Trade ne suscite guère de polémiques. Les artistes exposés à Lauba vivraient leur rapport avec le collectionneur comme une sorte de mécénat bienvenu, qui leur permet d’aller de l’avant, d’exposer et de continuer leur recherche artistique. L’entreprise Filip trade semble vouloir sérieusement jouer le rôle d’une entreprise socialement responsable, qui construit sa renommée et son réseau par son activité de base qui est le commerce, mais aussi à travers des partenariats public-privés, nécessaires au développement durable de la société.

L’espace Lauba - la signification de ce nom est dévoilée lors de la visite guidée gratuite proposée tous les jours à 18h - devient ainsi l’un des endroits à ne pas manquer dans le panorama culturel zagrébois. Grâce à ses partenariats avec le Musée des coeurs brisés et le fameux théâtre Exit - établissement qui, avant l’arrivée de Lauba dans le quartier était le lieu artistique du coin - l’équipe de Lauba montre que l’intégration de leur « maison pour l’art et les hommes » lui tient à cœur.

La conservatrice du musée, Vanja Žanko, explique que l’espace d’exposition changera régulièrement de visage, étant donné que tous les ouvrages de la collection ne peuvent être exposés en même temps.

Tous les samedis, l’équipe de Lauba organise des ateliers pour enfants et ouvre les portes aux habitants du quartier de Črnomerec à des prix très peu élevés. Ainsi, Lauba affiche sa volonté de devenir un lieu de rencontres fréquentes et amicales. Lauba semble introduire en Croatie un nouveau concept, louable, bien connu au-delà des frontières, mais encore bien peu répandu dans le pays.



Par Ursula Burger Oesch

Source : balkans.courriers.info, le le 4 septembre 2011.
 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Zagreb

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