La privatisation dans les années 90

Publié le 20 Février 2011

La privatisation en Croatie : vers un "capitalisme de magnats"


 

Il est évident que les insiders, du fait qu'ils ont bénéficié de réductions considérables et de facilités de paiement, ont joué un rôle important. La majorité des petites et moyennes entreprises et quelques sociétés de plus grande taille ont été privatisées par des insiders et beaucoup sont encore contrôlées par leurs managers et/ou leurs employés. De nombreux directeurs d'entreprise de l'époque socialiste ont profité de la privatisation ; ils se sont avérés fort actifs et parfaitement aptes à saisir les occasions et à trouver le financement nécessaire. Très souvent, ils sont parvenus à motiver les salariés pour qu'ils participent au rachat de leur entreprise (voir Cengic, 1995). Cependant, il est clair que ce type de privatisation n'avait pas les faveurs du gouvernement : le HDZ était, dès l'origine, radicalement opposée à l'autogestion : selon ses dires, cette dernière n'avait été, de toute manière, que purement formelle et les titres de propriété émanant du système antérieur n'avaient aucune validité. C'est la raison pour laquelle le HDZ a opté pour un modèle qui s'opposait au maintien de la propriété sociale (pourtant prévu par le modèle fédéral), étatisant à nouveau tout ce qui avait été exclu de la privatisation et/ou tout ce qui n'avait pas été privatisé en conformité avec la loi. Par ailleurs, les hommes politiques haut placés du HDZ affichèrent, à plusieurs reprises, leur préférence pour une privatisation par des outsiders puissants. Cette conception fut ouvertement mise en oeuvre en 1993, lors de l'introduction d'un plafond limitant à 50% du capital le montant détenu par les insiders (bénéficiant ou non d'une réduction). Mais elle s'imposa également de manière plus détournée.

Premièrement, les banques contrôlées par l'Etat furent fortement impliquées dans le processus. Celles-ci rachetant les dettes de certaines entreprises contre des actions et utilisant des méthodes très contestées de recapitalisation, un grand nombre de firmes s'est retrouvé sous leur emprise. Par la suite, les activités peu transparentes des établissements bancaires ont favorisé toutes sortes de pratiques délictueuses.

Deuxièmement, l'Etat fut très actif dans la redistribution de ses propres actions à divers institutions et acteurs (fonds de pension, Agence pour la restructuration des banques, Ministère de la reconstruction et du développement, banques et entreprises en restructuration financière, etc.). Cela autorisait une forte proportion de comportements discrétionnaires et laissait les portes ouvertes à la corruption.

Troisièmement, tout démontre que l'Etat et les dirigeants des partis (l'ancien président  inclus) étaient activement impliqués dans la sélection des propriétaires pressentis et l'octroi de privilèges à certains d'entre eux. La privatisation prenait souvent la forme d'un processus d'ingénierie sociale allant du haut vers le bas, qui se distinguait par les liens étroits et la forte dépendance mutuelle d'une élite économique et d'une élite politique nouvelles relativement peu nombreuses. Un "capitalisme de copinage" a ainsi vu le jour en Croatie (Bicanic & Franicevic, 2000).

 

 

Source : Le terrain contesté de la privatisation croate et le rôle des stakeholders par Vojmir Franičević et Boris Sisek

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Economie et mouvements sociaux

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