La Garde de l'Adriatique (II)

Publié le 25 Janvier 2010

Première partie

Fondation et organisation de la Garde de l’Adriatique


Fondation


Dans la partie littorale du pays s’était accentuée la conscience qu’il fallait entreprendre quelque chose afin de défendre, valoriser et promouvoir les zones côtières, lesquelles pouvaient contribuer au bien-être de l’ensemble des habitants de l’état communautaire.

Il en fut débattu au Congrès de l’Adriatique organisé à Zagreb le 6 janvier 1921. Les amis de l’Adriatique s’étaient rassemblés dans la salle de la Chambre du commerce et de l’artisanat afin de former un organe qui serait le garant de l’ensemble des intérêts nationaux, économiques, éducatifs, culturels et politiques des gens de l’Adriatique et qui serait respecté aussi bien dans le pays qu'à l’extérieur [45].

Il fallait démarrer à partir de rien. Une grande partie des régions côtières et des îles, mais aussi les ports de Trieste, de Rijeka et de Zadar étaient en des mains étrangère. De surcroît, l’on avait été contraint pour cause de dommages de guerre à se séparer de la majeure partie des navires de commerce et de guerre. Le patriotisme et la gloire du passé maritime croate allaient donner l’impulsion afin que quelque chose soit entrepris.

C’est par le jeu des circonstances et par l’occupation de Zadar, auparavant la capitale, que Split devint le centre administratif et culturel de la Dalmatie ainsi que le principal port de l’Etat. Une description rendue par son bourgmestre Ivo Tartaglia nous informe de l’apparence de la ville à cette époque : « La ville est négligée, boueuse et poussiéreuse avec des rues pleines d’ornières, des canalisations et de l’eau peu abondantes,  dépourvue d’éclairage, de gaz et de charbon. L’interruption complète de toute vie économique. La pénurie des provisions de bouche. La cherté, le désœuvrement, la misère et la pauvreté. » [46] Un gros effort fut investi afin d'améliorer la ville et cela donnera des résultats appréciables. Les habitants mirent à disposition de leur ville bien aimée leurs aptitudes et savoir-faire [47]. A la fin de l’été 1921 fut organisé à Split le premier Congrès yougoslave des journalistes et l’on profita de l’occasion pour leur montrer un maximum de curiosités et de beautés naturelles du rivage. Après cela, il leur fut demandé d'informer autant que possible sur l’importance de la mer pour l’existence économique du pays [48].

Des patriotes renommés de Split franchirent un pas supplémentaire et fondèrent un comité d’initiative afin d'enclencher la mise sur pied d'une organisation maritime générale ayant pour nom la Garde de l’Adriatique  (Jadranska straža). Faisait partie du comité : Juraj Biankini [49], chef inébranlable des nationalistes et rédacteur durant de nombreuses années du Narodni list qui était l’organe principal du mouvement nationaliste et du Parti national ; Silvije Alfirević [50], un professeur en langue classique expatrié de Zadar ; Glauko Prebanba [51], un lieutenant à bord d'un vaisseau de guerre, Otokar Lahman [52], un essayiste ; Ivo Tartaglia, le bourgmestre de Split ; plus quelques autres individus. Après que le Gouvernement provincial eut approuvé le 4 février 1922 le statut de la Garde de l’Adriatique, on s’attela à la mise sur pied de l’organisation.

L’assemblée publique constituante se tint à Split, le dimanche 19 février 1922, sur la Botićeva poljana (aujourd’hui la Prokurative). La foule rassemblée donna son aval aux propositions du congrès et elle écouta d’une oreille bienveillante le discours empreint d’émotion que livra Juraj Biankini, une personnalité publique appréciée depuis maintes années.

Dans son discours Biankini appela les participants de l’assemblée à ce qu’ils soient « dignes des traditions éclairées et de la liberté conquise » et qu’ils acceptent le dessein patriotique de l’organisation. Il souligna que : « Nous n’avons pas d’intentions conquérantes mais nous voulons être forts et prêts pour remplir notre devoir sur terre et sur mer. Nous voulons au plus tôt être fier de notre marine comme nous sommes fiers de notre armée. Nous voulons (…) que plus d’un million de nos frères qui par un sort cruel nous ont été arrachés puisent en notre force la consolation et l’endurance pour les jours [à venir] de leur liberté. » Biankini se référa à la situation présente dans les termes suivant : « Où sont nos bâtiments lourds et légers, où les sous-marins, les hydravions, les forteresses, les arsenaux et les docks (…) ? Aujourd’hui nous n’avons pas un seul navire de guerre autrement valable ni les moindres éléments de défense alors que l’étranger guette. La Garde de l’Adriatique veut pour cela assister notre Etat dans la lourde charge d’une défense côtière…, et cela n’est pas qu’une question stratégique mais bien une question de fierté et de dignité nationale. L’honneur incombe à notre marine militaire d’être la première à emporter de par le monde notre étendard national, ce symbole de notre souveraineté, de notre droit sur la partie de notre mer. Notre marine militaire est appelée à défendre nos voies maritimes, à protéger nos affaires en mer, notre pêche, notre commerce, les droits de nos émigrés, [appelée] à ce qu’elle nous ouvre de nouvelles voies de commerce et de communication y compris dans les parties les plus reculées du monde." [53]

Par l’adoption des Statuts était créée la Garde de l’Adriatique. Juraj Biankini fut élu pour en être le président, Ivo Tartaglia le vice-président, Silvije Alfirević le secrétaire. On forma un Comité de douze membres, il s’agissait de : Helen Baldasar ; Stanko Banić, un homme d’affaires ; monseigneur Frane Bulić [54] ; Luka Dragonja ; Dr Vjekoslav Lavš, directeur de la Banque de crédit de Ljubljana ; Aleksa Dačić ; Dr Josip Jablanović [55] ; Otokar Lahman ; Ćovko Matić ; Dr Ivo Stalio [56] ; Šantić et Nikola Vilić. Ils avaient pour substituts : Maja Čulić ; Bogumil Doležal, ; Ecija Duboković [57] ; Marin Ferić [58] ; Fabijan Kaliterna, un architecte ; Erald Marchi [59] ; Jovo Marović ; Dane Matošić, un ingénieur civil ; Stevo Perović ; Špiro Radica et Vladimir Rismondo [60].

[45] « Jadranski zbor », Novo doba, 1921, num. 2., num. 7.
[46] Branko Radica, Novi Split 1918-1930, Split, 1931. ( Préface )
[47] N. Machiedo Mladinić, « Izgradnja Splita u desegodišnjem periodu ( 1918.-1928 ) », Časopis za suvremenu povijest, Zagreb, 1992., num. 2, 115-124.
[48] « Jugoslavenski kongres novinara », Novo doba, num. 207. 13. IX. 1921.
[49] Juraj Biankini (Stari Grad na Hvaru, 30. VIII. 1847. – Split, 27. III. 1928), politicien, essayiste. Déjà en tant qu’étudiant de théologie il avait collaboré dans le Narodni list de Zadar, l’organe de presse du Narodna stranka, et de 1871 à 1919 il en sera le rédacteur. De 1881 à 1918 il fut député au Sabor dalmate, de 1892 à 1918 sera membre du Conseil impérial où il lutta pour le progrès économique et politique du peuple croate. À la suite du transfert de Zadar sous administration italienne il s’installa à Split où il sera le fondateur et le président de la Jadranska straža ( 1922-1928 ). Dans le Royaume SHS il sera élu au parlement national provisoire. En 1922 il abandonna la politique et l’idée yougoslave.
[50] Silvije Alfirević (Trstenik près de Dubrovnik 1881- ? fin 1943), professeur de philosophie et de langue classique à Zadar. En 1918 en raison de l’occupation italienne il s’installa à Split où de 1924 à 1939 il sera directeur du Lycée classique. Avant la seconde guerre mondiale il adhéra sans réserve à la politique grand-serbe. Les partisans le conduisirent hors de Split et l’assassinèrent en 1943.
[51] Glauko Prebanda, commandant de la base d’hydravions dans les Bouches de Kotor. Il est l’un des fondateurs de la Jadranska straža. Pour des raisons inconnues son hydravion s’abima en mer en 1923.
[52] Otokar Lahman, (1899-1977), géographe et essayiste, il est avec son frère Ivo l’un des fondateurs de la Garde de l’Adriatique, le rédacteur de l’almanach Naš mornar, le secrétaire et rédacteur technique de la revue Jadranska straža.
[53] « Konstituirajuća skupština Jadranske straže », Novo doba, 1922., num. 41. tome 1.
[54]  Frane Bulić (Vranjic, 4. X. 1846. – Zagreb 29. VII. 1934), prêtre, archéologue, inspecteur pour les monuments anciens ; à partir de 1883 directeur du Lycée classique de Split, député au Sabor dalmate (1887-1889 ;1907-1910) ainsi qu’au Conseil impérial. Directeur du Musée archéologique de Split et inspecteur pour les monuments anciens sur l’ensemble de la Dalmatie, il s’occupa de recherches archéologiques, en 1894 il fonda à Split la société Bihać, il est l’auteur de nombreux livres.
[55] Josip Jablanović (Makarska, 1876 - Split, 1976), juriste, ban de la Primorska banovina (1932-1938)
[56] Ivo Stalio, médecin ; directeur de l’hôpital de Split, en charge de la promotion des sports nautiques, président du club Gusar pendant 10 ans, vice-président du JS.
[57] Lukrecija-Ecija Duboković, née Carić (Jelsa, 1888-1974) épouse de Jura Duboković, un grand propriétaire foncier et président de la Chambre du commerce et des artisanats.
[58] Marin Ferić (Split, 1892-1959), homme d’affaires.
[59] Erald Marchi (Split, 1876-1958), météorologue, fondateur de l’observatoire météorologique à Marjan en 1927.
[60] Vladimir Rismondo (Makarska, 1902- Split, 1994), historien et écrivain, professeur de lycée de 1927 à 1943 et professeur de l’établissement d’enseignement supérieur à Split de 1945 à 1974.

 

 

 

Objectif et programme


La force de la Garde de l’Adriatique résidait dans son intention patriotique et dans son programme que ses membres diffusèrent et appliquèrent avec ténacité.
 
On avait pris pour point de départ l’importance de la rive adriatique, de la mer et des îles, de cette richesse naturelle qui n’avait pas été appréciée à sa juste mesure comme l’avait démontré le fait qu’on s’était laissé usurper des territoires suite aux traités de Rapallo et de Rome. Durant cette période incertaine de l’après-guerre aux tonalités dramatiques il avait été nécessaire d’assurer la sécurité des populations. La conviction avait mûri que le plus faible ne serait pas respecté tant qu’il ne montrerait pas sa force, ce qui pour la défense signifiait disposer d’une marine de guerre. La marine de guerre existante ne convenait pour aucune mission. Après que la plus grande partie de la flotte livrée par l’Autriche-Hongrie aux membres du Conseil national eut été saisie au profit de Rome, il n’était resté que six mouilleurs de mines, treize torpilleurs, quatre monitors fluviaux et treize navires auxiliaires de faible valeur. Ceci n’était pas à même d’assurer une existence sans tracas ni le développement des régions côtières [61]. Il était impératif de renforcer la défense de la côte en acquérant des navires de guerre mais cela ne pouvait suffire. La population riveraine ne pouvait se résoudre à l’injustice infligée lorsque des parties du pays avaient été abandonnées aux Italiens, que des centaines de milliers de Croates et de Slovènes avaient été expulsés de leurs patelins et que ceux qui étaient restés sur place avaient fait l'objet d'expropriations et du comportement agressif du Royaume d’Italie, à l’époque transformé en état fasciste. La libération et la réintégration des parties abandonnées au reste de la patrie étaient envisagées comme un souhait devant s’accomplir à la première occasion.

Le premier Statut de la Garde de l’Adriatique n’est pas conservé dans son entièreté mais l’on sait que le point 1 référait que : « L’objectif de la société de la Garde de l’Adriatique est de se procurer des unités de marine militaire et des hydravions avec pour finalité d’en faire présent au pays et ainsi renforcer la défense de la mer adriatique." [62 Il ressort du texte des documents accessibles que l’acquisition de navires de guerres était envisagée dans le contexte d’une préoccupation générale à l’égard de la mer adriatique et de la vie gravitant autour d’elle. Juraj Bankini, au moment de la création de la Garde de l’Adriatique voyait lui aussi la marine de guerre non seulement comme une force qui défendrait les droits des Croates sur la côte orientale de l’Adriatique mais également comme une force qui allait « frayer de nouvelles voies commerciales jusqu’aux coins les plus reculés du monde. "[63]  L’objectif et le programme de la Garde de l’Adriatique étaient clairement manifestés dans le tract de propagande imprimé en mars 1923. Il y était annoncé : « Le programme que défend cette société est désintéressé, étatique et à l’échelle nationale. Il s’élève au dessus des intérêts de tous les partis et formations politiques et il représente et implique la défense des intérêts de l’ensemble de notre peuple unifié et de toutes les tribus sans égards à la croyance et au groupe politique auxquels ils appartiennent. L’objectif de la société est de diffuser parmi le peuple la conscience de notre mer, de nos frontières en bordure de mer ainsi que de leur nécessaire défense ; l’objectif est de propager l’idée de notre renforcement sur mer, et par conséquent de la construction d’une flotte militaire requise. Sans cette défense indispensable et sans une flotte à l’organisation exemplaire et suffisamment forte il ne peut être question d’exploiter les voies de mer, les richesses marines et le développement économique du pays marin [64].

Des cotisations et des contributions volontaires furent collectées mais l’on s’aperçut très rapidement que ce n’était pas ainsi que l’on pouvait remplir les conditions pour l’achat de navires, ce qui explique que l’emphase allait porter sur l’autre partie du programme. On n’avait pas renoncé à se procurer des navires mais l’on avait compris qu’il fallait des moyens conséquents, en particulier parce que le remplacement de la devise austro-hongroise par le dinar avait dramatiquement fait baisser d’un quart la valeur existante de l’argent au profit du dinar, ou plutôt des instances gouvernementales serbes [65].

Trois années d’existence dans le nouvel état avaient révélé que l’on n’accordait pas un prix suffisant à cette grande aubaine pour la Croatie qu’était la côte de l’Adriatique, laquelle se trouvait malheureusement dépecée en l’état actuel. La Garde de l’Adriatique allait accentuer cette prise de conscience afin qu’en promouvant les activités liées à la mer le pays devienne véritablement maritime pour le bénéfice de tous. Développer la mentalité du monde de la mer avec pour conviction que l’Adriatique était l’assise principale et la force du pays constituait une tâche dont la réalisation était malaisée mais que la Garde de l’Adriatique s’était fixée à elle-même.

Une chose était l’intention et l’autre sa réalisation – une devise bien connue d’autres organisations similaires. Il était facile de décider d’élaborer un programme mais il était beaucoup plus ardu de mettre en pratique les intentions. Cependant l’enthousiasme de la direction et des premiers membres de la Garde de l’Adriatique, ainsi que leur disposition à travailler en volontariat au prix de sacrifices, allaient transformer l’organisation en un mouvement national. Au fur à mesure du développement de la société le programme d’activité s'élargit tandis que presque tous les projets liés à la vie maritime allaient être soutenus.

[61] « Naša ratna mornarica », Jadranska straža (Split), 1923., num. 1, 6-9.
[62] « Jadranska straža », Novo doba, 11. I. 1922., num. 8., 3.
[63] « Za našu ratnu mornaricu », Novo doba, 22. II. 1922., num. 41., 1.
[65] En 1918 la kruna et le dinar auront la même valeur mais le change sera effectué à raison de quatre kruna pour un dinar, ainsi seront détroussées les parties du pays dans lesquels la kruna était l’unité en vigueur.

 

 

 

 

 

 

Le développement initial


La population de Split suivit les travaux de la Garde de l’Adriatique. Le Novo doba l’en tenait régulièrement informée. Comme le proclamait un tract propagandiste, elle arriva rapidement à la conviction que : « la mission de la Garde de l’Adriatique est noble, profitable, altruiste, à l’échelle nationale et étatique. Son caractère n'est pas local ni provincial mais largement national. [66]. La Garde de l’Adriatique attira la population par des conférences, des concerts, des concours sportifs et surtout des cérémonies lors des Journées maritimes organisées à la fin de l’été et qui s’achevaient par des feux d’artifice et des danses sur la Botićeva poljana. Ce sont justement ces manifestations dans les rues de Split qui firent la preuve que la Garde de l’Adriatique n’était pas une société à part et réservée aux personnes ayant accompli des études mais que chacun d’une façon ou d’une autre pouvait s’insérer dans l’organisation [67].

Le Comité principal de Split, l’instance dirigeante de la Garde de l’Adriatique, pouvait être satisfait. Le nombre d’affiliés ne cessait d’augmenter, l’association s’agrandissait et gagnait de nouveaux sympathisants. D'ici la fin de l’année trois Comités principaux allaient encore être fondés, à Osijek, à Priština et à Skopje tandis que l’année suivant ce sera à Ljubljana, à Sarajevo, à Novi Sad, à Dubrovnik, à Belgrade et à Kragujevac. Ceux-ci établirent des succursales sur leurs territoires [68].

C’est grâce aux étudiants que des succursales de la Garde de l’Adriatique furent fondées en Tchécoslovaquie. La société de la Garde de l’Adriatique rencontra le succès parmi les émigrés en Amérique du Sud et du Nord en leur offrant un lien avec le pays natal au travers de son activité [69].

Dans la réalisation de son programme (création d’un puissant état maritime), la Garde de l’Adriatique s’était efforcée d’englober le maximum d’habitants dans le pays et d’amener l’État à accepter l’orientation maritime et adriatique comme étant son objectif fondamental. Bien que la Garde de l’Adriatique eût été une organisation hors parti, sa position était néanmoins favorable à la dynastie yougoslave. Pareillement au respect envers la dynastie, il existait un préalable principal connu de tous. Car certains considéraient que c’est justement une telle organisation qui pouvait aider à « neutraliser la rage dans la querelle tribale », laquelle rage se faisait de plus en plus ressentir. L’organisation pouvait agir sur les aspirations nationales à l’unité en ignorant à l’occasion les intérêts nationaux particuliers et en admettant l’intérêt général dicté par des raisons économiques mais aussi par la crainte causée par les prétentions agressives que le Royaume d’Italie nourrissait ouvertement envers les autres territoires côtiers [70].

Même si la valeur de la côté était reconnue de façon générale, la mentalité continentale prédominait pourtant chez la majorité de la population au moment de la création du Royaume SHS. Quant à la conscience de la mer, elle était diversement développée. Parmi la population des régions côtières, c’est-à-dire l’Istrie, la Dalmatie et les Bouches de Kotor, cette conscience existait comme quelque chose qui allait de soi. La Croatie de l’intérieur, la Voïvodine ainsi que la Bosnie-Herzégovine à l’époque de l’Autriche-hongrie avaient été coupées de la mer et la conscience de la mer n’y était que partiellement développée. Le Royaume indépendant du Monténégro malgré qu’il eût possédé trois villes côtières, Budva, Bar et Ulcinj, était lui-même peu développé en matière maritime et ne pouvait donc être considéré comme un véritable état maritime. Le Royaume de Serbie était un état nettement continental, passablement éloigné de la mer. Agir sur la conscience des personnes exigeait de la bonne volonté, un investissement en temps et en labeur.

Les dirigeants à Belgrade avaient marqué leur assentiment envers la création de la Garde de l’Adriatique mais les premiers désaccords apparurent lorsque l’adroit Comité de Split s’opposa fermement à abandonner à Belgrade la direction de l’organisation, une exigence sur laquelle le Comité principal de Belgrade insistait. Le Comité principal de Split partait du principe que le siège d’une organisation maritime devait trouver sa place en bord de mer.

Après que le phénomène d’affiliation eut pris de l'essor et que l’objectif et le programme eurent été approfondis, il s’agissait de choisir la forme la plus adéquate pour l’organisation. C’est en proposant un statut que le Comité principal de Belgrade tentait au sein de l’organe central de la société d’obtenir davantage de droits que les autres et de s’y assurer par là une domination qui serait centralisatrice et pro-serbe. Le but était également de transférer le siège de l’organisation de Split à Belgrade et de transformer la Garde de l’Adriatique en une société dotée d’une structure grand-Serbe. Les membres de la Garde de l’Adriatique du département (oblast) de Belgrade, proche des cercles dirigeants, peinait à réfréner leur soif de position dominante.

La Garde de l’Adriatique avait toujours souligné son approche apolitique pour le bénéfice de tous les citoyens sans avoir à se lier à aucun parti politique sinon à une orientation maritime. Même si les journaux de la Garde pendant longtemps n’avaient pas insisté sur le caractère croate du littoral et qu’au lieu de cela ils employaient l’expression « nôtre », il apparaissait clairement à tous qu’en renforçant les activités maritimes on renforçait avant tout la Croatie, une tendance qui n’était pas dans l’intérêt de ceux qui détenaient le pouvoir à Belgrade. Ces derniers ne souhaitaient un rivage que dans la mesure où ils en seraient les maîtres et c’est pourquoi éclatèrent des désaccords et des conflits entre eux et la direction de la Garde de l’Adriatique, des disputes qui parfois seront manifestes et parfois feutrées. Les cercles dirigeants grand-Serbes à Belgrade tentèrent de s’imposer à l’organisation mais dès l’instant où ils n’y parvinrent pas ils essayèrent d’entraver son travail et de diminuer son prestige et son importance en s’en tenant au principe qui voulait que si la côte ne pouvait leur appartenir il valait mieux qu’elle ne se développe pas.

La Garde de l’Adriatique nécessitait un solide appui et elle ne cessa de le chercher auprès du roi Alexandre [71]. L’organisation avait donc tenté de se lier à la dynastie des Karađorđević et de se placer sous le parrainage de l'héritier au trône Petar [72]. Encore maintenant il reste difficile d'établir dans quelle mesure ce principe était-il sincère ou considéré comme sage et efficace. Sans doute y avait-il de l’un et de l’autre dans la mesure où l'on croyait que l’autorité du roi et du prince héritier réussirait à éviter que la société ne se transforme en une association grand-Serbe. Toujours est-il que c’est en connaissance de cause que la direction soutenait la politique unitaire yougoslave.

La direction de la Garde de l’Adriatique avertissait que certains acteurs responsables au gouvernement freinaient, soit consciemment soit inconsciemment, le développement des affaires maritimes et par conséquent infligeaient un tort non seulement aux populations de l’Adriatique mais aussi à l’ensemble de l’état communautaire. La direction n’ignorait pas que l’économie maritime, la construction navale, la marine commerciale et militaire ne pouvaient se développer sans un soutien de l'Etat. Comme  elle ne souhaitait pas un conflit ouvert avec les détenteurs du pouvoir, elle procéda avec sagesse et diplomatie. Elle se plaça sous la protection de la dynastie et loua les progrès réalisés en souhaitant y voir le début d’un changement de comportement de ceux se disant responsables. Elle recourrut au patronage mais elle attaqua également les décisions erronées qui nuisaient aux affaires maritimes et par là-même à l’ensemble du pays.

La protection de la côte, de la mer et des îles dans les parages orientaux de l’Adriatique avait été d’une importance capitale lorsqu'avait pris fin la Première Guerre mondiale et qu'avait été créé l'État communautaire, mais il fallut également rester vigilant par la suite. L’Italie représentait un danger permanent. La Garde de l’Adriatique ne cessait de tenir en éveil car à partir de ses cinq bases maritimes dans l’Adriatique l’Italie pouvait prendre à tout instant le contrôle du trafic sur l’ensemble de l’Adriatique. A lui seul ce fait aurait provoqué en Dalmatie des pénuries supplémentaires et du chômage entraînant la disette. La côte ne pouvait pas non plus être défendue à partir du continent et quand bien même l'eut-on tenté que l’échec aurait été au rendez vous car ni les routes ni les voies ferrées ne reliaient à la côte. Quant à construire une flotte en temps de guerre la chose aurait été vaine. On écrivait publiquement que pour ce conflit perdu d’avance ni les marins ni les officiers n’auraient été fautifs « mais plutôt ceux qui sapent systématiquement le prestige de notre marine et qui n’ont pas voulu autoriser l’argent nécessaire pour renforcer la marine par manque de compréhension politique et étroitesse de vue » [73].

Le professeur de l’université de Zagreb qu’était le docteur Josip Šilović [74], lui même un habitant du littoral, exposa l’avis,  qui sera appuyé par la majorité lors de la séance du Comité central du 6 août 1924 à Zagreb, que la Garde de l’Adriatique devait se faire la championne de l’ensemble des questions vitales relevant des régions côtières. Il proposa l’organisation de Congrès de l’Adriatique au cours desquels il serait débattu de toutes les questions ayant trait à l’Adriatique [75].

Certains estimèrent qu’en mettant l’emphase sur la construction d’une marine de guerre on gagnerait plus facilement des affiliés au sein des populations en Serbie, car « la psyché serbe est encore et toujours principalement militaire ». En même temps cela aurait eu un impact sur les sentiments des cercles militaires influents à Belgrade [76].

Lors de la réunion des comités principaux qui se déroula à Zagreb les 3 et 4 novembre 1924, il fut convenu que la priorité devait être accordée au développement de la pêche en mer, à la construction navale, au trafic maritime, à l’aménagement des ports, à la construction de communications entre la côte et l’intérieur ainsi qu'au boisement des régions du Karst [77].  Cela fut argumenté lors de conférences, de manifestations publiques mais aussi par la vente d’objets avec l’insigne et la devise de la Garde de l’Adriatique, par l’organisation de séminaires de propagande maritime et plus spécialement par divers projets éditoriaux. Le mensuel Jadranska Straža sera régulièrement imprimé à partir de 1923 avec un tirage croissant. Il était volontiers lu et présentait des articles sur le monde de la mer à l'étranger et dans le pays ainsi que sur le déroulement de la vie dans les régions côtières. Les scientifiques et les spécialistes montraient la complexité des problèmes et ils les développaient avec clarté et professionnalisme. Ils analysaient ces problèmes et les corroboraient par de multiples données et arguments ; enfin ils suggéraient des solutions. Dans la revue on pouvait également trouver des suppléments littéraires écrits sur le ton du divertissement. Seront par exemple publiés les travaux d’Ivo Rubić [78], d’Ivo Juras [79], de Grga Novak [80], de Ljubo Karaman [81], de Jakša Ravlić [82], de Petar Skok [83] de Stanko Ožanič [84], de Ferdo Šišić [85] et d’autres, en outre les nouvelles de Viktor Car Emin [86], les poèmes de Tin Ujević [87], d’Ante Tresić-Pavičić et d’autres.

La Garde de l’Adriatique étendit son activité éditoriale. A partir de 1924 seront publiés l’Almanah annuel et des calendriers de poche qui deviendront prisés auprès des élèves, mais aussi des brochures populaires, des cartes postales et des albums. Toutefois ce seront les articles sérieux dans le Jadranska straža qui resteront les plus lus.

A titre d’exemple, dans l’article « Jadranska tarifa » on attirait l’attention sur la situation chaotique dans le domaine tarifaire qui causait des dommages à long terme pour le peuple car en souhaitant tout de suite maximiser les profits on n’avait pas songé aux lendemains. On évoque les décisions erronées prises par le Gouvernement. Le traité entre la Yougoslavie et l’Italie avait été conclu au profit de cette dernière, laquelle en bénéficiant d’allégements substantiels pour le transit de marchandises infligeait des dégâts à l’économie du pays et en particulier aux exportations. Cette décision favorisait le développement des ports de Trieste et de Rijeka mais portait préjudice aux autres points d’escale de l’Adriatique et aux entreprises liées à la navigation. Il ne leur restait d’autre option que d’assister à la façon dont les navires italiens emportaient leurs cargaisons et leurs bénéfices [88].

En 1925, la Garde de l’Adriatique en appelle à « l’ensemble du peuple et à ses chefs » pour qu’ils cessent de différer ce qui peut être fait tout de suite en prenant pour base la réalisation du programme maritime qui conférera au pays la force et les caractères d’un état maritime. « Zadar, Lastovo, l’Istrie et Gorizia perdues sont les documents amers de notre faiblesse nationale et étatique." [89]

Le Comité principal de Split et les membres de la Garde de l’Adriatique seront très actifs en 1925 étant donné que l’on s’approchait de la fin tant attendue de la construction de la voie ferroviaire de la Lika entamée en 1912. Elle devait enfin relier Split avec Zagreb et le reste du monde. C’est en toute solennité que le premier train depuis Zagreb et Belgrade avait amené dans la ville des invités qui se virent entourés de maints égards. A bras ouverts et en se servant de l’exposition de l’Adriatique [90], les citoyens de Split leur firent découvrir ce dont la Dalmatie regorgeait : les richesses naturelles, les produits agricoles, le miel, l’huile, les plantes médicinales, le pyrèthre, la laine, les produits industriels, les objets artisanaux, etc. On fit étalage des curiosités et des réalisations culturelles et artistiques. À cette occasion sera dévoilé le monument de Marko Marulić, une œuvre d’Ivan Meštrović, tandis que dans la section de la Garde de l’Adriatique, outre l’activité de l’organisation, seront présentés des objets qui évoquaient lumineusement les traditions maritimes. À Šibenik sera préparée une exposition de vin avec dégustation.

La Garde de l’Adriatique exploita cet instant propice et organisa une Assemblée annuelle des comités principaux [91]. Dans une atmosphère euphorique, accompagnée de nombreux toasts,  quoi de plus normal que l’on eût approuvé les tâches essentielles de l’unification politique de l’Etat et du peuple dans l’intérêt de l’Adriatique, telles qu’elles avaient été proposées par les représentants des comités principaux, par les hôtes et invités de marque. On accepta l’idée de fonder le Musée de la marine, le premier du genre dans le pays, de mettre sur pied la Bibliothèque maritime, une galerie d’illustrations maritimes, l’Institut océanographique, un Club parlementaire de l’Adriatique et l’on salua la création de l’Union des villes de l’Adriatique qui organiserait et faciliterait l’activité des centres en bord de mer.
   
L’enthousiasme des Comités principaux qui avaient fait acte de présence à Split fut perçu comme une approbation du travail de la Garde de l’Adriatique « en plus haut lieu, notamment auprès de la couronne ». Naturellement certains des membres des comités faisaient montre d’engouement naïf car l’ambiance festive pouvait leurrer sur les positions de la politique de l’État. D’un autre côté, complaire aux personnalités rentrait dans la stratégie adoptée par une partie de la direction de la Garde de l’Adriatique. Quoi qu'il en soit, les instances principales de la Garde de l’Adriatique avaient envisagé le programme avec sérieux et elles allaient s’efforcer de poursuivre sa mise en œuvre.

On étoffa le programme l’année suivante lors d’une réunion des délégués des comités principaux. On demanda que soit définie et légalement régulée la protection sociale des marins et des pêcheurs de même que soit adoptée une loi sur la nationalité en vertu de laquelle il aurait été permis aux fils de la patrie vivant à l’étranger d’obtenir la nationalité de leur pays d’origine [92].

La tentative échoua de créer un Club de l’Adriatique des députés parlementaires transcendant leur appartenance politique. Les tels parlementaires familiarisés avec les problématiques maritimes auraient été en mesure d’aider à y apporter des solutions à l'intérieur du parlement du Royaume SHS.

La direction de la Garde de l’Adriatique continua d’accroître le nombre de ses affiliés et de régler progressivement les questions liées à l’Adriatique, et cela en agissant sur sa propre organisation interne.


[66] Arhiv JS, boîte 1922.-1923.
[67] "Mornarička sedmica », Novo doba, 31. VIII. 1922., num. 192.
[68] "Uspjesi Jadranske straže », Novo doba, 1923., num. 29.
[69] "Uspjesi i razvitak Jadranske straže », Novo doba, 1923., num. 170.
[70] Le concept fut exposé dans le journal de Belgrade Samouprava i pravda et il sera rapporté par le Nova doba, « Uspjesi i razvitak Jadranske straže », 26. VII. 1923., num. 170.
[71] Aleksandar Karađorđević (Cetinje, 1888. – Marseille, 1934), régent, roi du Royaume SHS puis du Royaume de Yougoslavie, de 1921 à 1934 au moment où il fut assassiné dans un attentat. En 1929 il supprima la constitution du Vidovdan et introduisit l’autocratie.
[72] Petar II. Karađorđević (Belgrade, 1923. – Londres, 1970), prince héritier, avec l’aide de l’armée il s’empara du pouvoir royal aux mains de la régence le 27. III. 1941. Après l’écrasement en avril 1941 il s’enfuit à Londres. Le parlement constitutionnel de la SFRJ abolit la monarchie en 1945.
[73] Mar « Jadranska straža i njeni ciljevi », Jadranska straža, par la suite JS, 1924., num. 1., 4.
[74] Josip Šilović ( Paprutnjak à Bakar, 1858 – Zagreb 1939 ), juriste et scientifique, professeur à la Faculté de droit de Zagreb, recteur de l’Université de Zagreb, membre proéminent du Parti unioniste, député au Sabor. Il s’occupa d’activité humanitaire. Il encouragea à ce que soit fondé la Narodna zaštita et à Korčula un refuge pour orphelins ( Kuća Šilović – la Maison Šilović ).
[75] « Jadranski kongres », JS, 1924., num. 12., 331.
[76] Arhiv JS, Split, boîte 1924.
[77] « I. sastanak delegata centrale i svih Glavnih odbora » JS, 1924., num. 12.
[78] Ivo Rubić (Sumartin, 1897. – Rogač na Šolti, 1961), professeur de géographie. Il étudia la théologie à Zadar, la géographie et l’histoire à Zagreb et Vienne et passa son doctorat à Ljubljana. Il enseigna à la PMF. Il a surtout focalisé ses recherches sur la géographie économique et sociale des îles et du littoral croate. Il a rempli d'importantes fonctions au sein de la Garde de l’Adriatique, et le Musée maritime à Split a été créé par son entremise.
[79] Ivo Juras (Zadar, 1886. – Zagreb, 1948), professeur de géographie et d’histoire à Zadar, Split et Zagreb, directeur du Lycée classique à Split en 1939. Il étudia l’histoire géographique et les caractéristique géographiques et économiques de la Dalmatie au 19ème siècle.
[80] Grga Novak (Hvar, 1888. – Zagreb 1978), historien et archéologue. Il étudia à Zagreb, Prague et Vienne. Il enseigna à l’école secondaire à Split, à la faculté de philosophie à Skopje et Zagreb. À partir de 1939 il est membre de l’HAZU, et de 1958 à 1978 il en est son président. Il étudia le mouvement dalmate depuis l’époque la plus reculée jusqu’à l’âge moderne et publia de nombreux livres et études sur ce thème.
[81] Ljubo Karaman (Split, 1886. – Zagreb, 1971), historien de l’art et inspecteur des monuments anciens. Il passa son diplôme et son doctorat à Vienne. Il organisation la protection des monuments en Dalmatie, dirigea le Bureau du conservatoire à Split (1926. –1941), directeur de l’Institut du conservatoire à Zagreb (1941. – 1950. ). Il publia plus de 350 travaux scientifiques.
[82] Jakša Ravlić (Makarska, 1896. – Zagreb, 1975), historien de la littérature. Il enseigna à l’école secondaire, fonda un établissement supérieur de pédagogie à Split et travailla à l’Institut de Zagreb pour la littérature HAZU. Il fut professeur à l’Académie pour l’art théâtral et pendant plusieurs années président de la Matica hrvatska.
[83] Petar Skok (1881. – 1956), linguiste. Il étudia et passa son doctorat à Vienne. Il créa le Séminaire roman à la faculté de Zagreb. Il écrivit plus de 500 études scientifiques et plus de 20 livres, principalement sur la problématique linguistique dans le Sud-est de l’Europe.
[84] Stranko Ožanić (1870. – 1944), expert en économie. À partir de 1898 il sera actif sur le territoire de la Dalmatie, en s’occupant plus particulièrement de viniculture et de d’arboriculture fruitière.
[85] Ferdo Šišić (1869. – 1940), historien. Professeur à la faculté de philosophie de Zagreb, membre de l’HAZU, député au Sabor croate. Il étudia l’histoire croate du Moyen âge, publia d’importants recueils de matériaux d’archives et rédigea plusieurs synthèses sur l’histoire croate.
[86] Viktor Car Emin (1870. – 1963), écrivain. Il travailla comme enseignant dans diverses écoles d’Istrie. A partir de 1900 il sera enseignant et directeur de l’école à Opatija. En 1929 il sera chassé d'Istrie en raison de ses activités anti-italiennes. En 1945 il revient à Opatija où il demeure jusqu’à sa mort. Au niveau politique il oeuvra contre l’irrédentisme et le fascisme italien en témoignant de l’identité slave et croate de l’Istrie.
[87] Augustin Tin Ujević (Vrgorac, 1891. – Zagreb, 1955), poète, il publia à partir de 1909. Après l’attentat sur Cuvaj (1912) il se fera partisan des idées de la Jeunesse nationaliste unifiée. Il réside à Paris à partir de 1913 à 1919. Il vécu à Makarska, Imotski, Šibenik, Sarajevo, Split, Zagreb, Belgrade, Dubrovnik, Rijeka, Zadar et Krivodol. Polyglotte et érudit.
[88] « Jadranska tarifa », JS, 1925., num. 6., 149.
[89] Silvije Alfirević, « Naše snage na moru », JS, 1925., num. 1., 4,5.
[90] « Jadranska izložba », JS, 1925., num. 8.
[91] « Glavna godišnja skupština », JS, 1925., num. 8.
[92]  « Naša organizacija i naš rad, JS, 1926., num. 8.

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Rédigé par brunorosar

Publié dans #Transport et tourisme

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