L'appel à ce que Ratko Mladić soit arrêté sans plus tarder

Publié le 27 Mai 2010

 

Le TPIY doit cesser de demander l'arrestation de R. Mladić. Il est temps d'exiger


 


Souvenons-nous: le 11 juillet 1995, les troupes du général Ratko Mladić prennent l'enclave de Srebrenica en Bosnie, pourtant zone de protection de l'ONU. Les exécutions de masse commencent deux jours plus tard, et on estime le nombre de victimes à près de 8.000 hommes et adolescents. En décidant de tuer tous les hommes de Srebrenica en âge de combattre, les forces bosno-serbes décident de rendre impossible la survie de la population des Musulmans de Bosnie à Srebrenica. Les corps sont ensuite ensevelis dans différents charniers, ou détruits. Deux juridictions internationales ont reconnu, depuis lors, l'existence d'un génocide, aussi bien sur base des faits que sur base des intentions des auteurs. Il s'agit des jugements rendus en 2001 par le TPYI dans l'affaire Krstić, et en 2007 par la Cour Internationale de Justice. Dès le 24 juillet 1995, le Tribunal Pénal de La Haye déposait sa première accusation contre Ratko Mladić. Depuis lors, il court toujours.


Comme on pouvait s'y attendre, la question du génocide commis à Srebrenica continuera de passer sur le devant de la scène médiatique et politique en Serbie. Et pour cause : dénégations, rumeurs infondées et mensonges continuent d'avoir cours dans différents milieux. Et pour cause : parmi deux fugitifs figure le nom de Ratko Mladić, encore présenté comme un héros dans ces mêmes milieux nationalistes. Le mot «génocide» ? Un tabou !


Alors qu'on apprend que le président de la Republika Srpska Milorad Dodik a déclaré récuser l'emploi du terme génocide, ajoutant par ailleurs que le nombre de morts aurait été surévalué, on apprend que Serge Brammertz , procureur du TPIY, a annoncé, pour la énième fois, que l'arrestation de Ratko Mladić (précisément poursuivi pour son rôle dans le génocide...) fait partie de ses priorités.


Il aurait déclaré, en substance, qu'il n'y a d'autre alternative que la capture de Ratko Mladić, si la Serbie entend démontrer sa coopération avec le TPYI. En juin, M. Brammertz doit remettre un rapport d'évaluation sur base duquel l'UE pourrait accepter, ou non, la marche vers le statut de candidat pour la Serbie. L'UE a en effet conditionné une avancée dans l'intégration à une pleine coopération avec le TPIY.


Cela donne un poids très important à toute prise de position de Serge Brammertz. Celui-ci s'en saisira-t-il et se permettra-t-il, non plus de reconnaître des progrès constants - qui sont peut-être indéniables sur d'autres points - entre la Serbie et ses services, pour privilégier, désormais, une autre attitude : l'arrestation immédiate de Ratko Mladić et Goran Hadžić ?


On commémore les 15 années du début du génocide, il est temps maintenant d'arrêter les discours «pour la galerie». Les prises de position récurrentes de M. Brammertz (et de certains autres officiels), selon lesquelles R. Mladić doit être interpellé ne sont pas suivies d'effet. Nous ne mettons nullement en cause son honnêteté ou son action. Il doit faire preuve d'une plus grande fermeté.


Sa dernière déclaration a été faite, cette fois-ci, dans le mémorial de Srebrenica. Faire cette déclaration dans ce mémorial est une bonne chose, mais il est plus que temps que le TPIY pose un calendrier. Nous lui proposons la date: que R. Mladić et G. Hadžić soient interpellés d'ici le 10 juillet 2010. Le 11 juillet est la date de début du génocide, il ne faut pas que la prochaine commémoration soit la même que la précédente.

 

L'impunité pour ces deux hommes est une insulte envers les familles de victimes et est très préjudiciable à la Serbie. Car ce serait mentir que prétendre que tous les Serbes soutiennent Ratko Mladić ! Non, on n'est pas un héros en abattant des hommes et des femmes comme des bêtes, en commettant des crimes qui ont entaché pour longtemps le mot «serbe». Mladić représente le nationalisme guerrier dans ce qu'il a de plus haineux et de plus répugnant. Les crimes qui ont été commis au nom des Serbes ne répondaient qu'à des besoins nationalistes, lucratifs ou paranoïaques. Il faut tirer un trait sur le passé. Milošević, Karadžić, et d'autres ont déjà été arrêtés – mille fois bravo aux Serbes qui ont eu le courage de les transférer au TPIY de La Haye. Mais il reste Mladić et Hadžić. Il faut poursuivre le travail d'acceptation du passé et livrer les deux fugitifs.


Oui ou non Mladić sera-t-il jugé ? Quand ? Attend-t-on sa mort de vieillesse pour déclarer l'impossibilité de le juger ?


Monsieur Brammertz, la Serbie a besoin de vous ! L'Union européenne a déjà tourné le dos à sa responsabilité : elle n'exige plus l'arrestation de Ratko Mladić comme préalable aux pourparlers d'adhésion. Vous devez penser à la responsabilité qui est la vôtre et exiger l'arrestation, qui doit devenir la priorité de toutes les administrations de l'Etat serbe.


Tout le reste n'est que temps perdu et paroles lancées face au vent.

 

Signataires - 27 mai 2010

Sonja Biserko, Helsinski odbor za ljudska prava u Srbiji – Belgrade
Nedzad Cengic, Gratiartis - Belgique
Georges Chenu, Comité Kosovo - Paris
Pierre Courtin, DaDaDa – Bosnie
Enfants Europe Bosnie - France
Nanou Rousseau, Fédération Mères pour la paix - France
Dragan Grcic, Blog de veille sur les droits de l'Homme en Serbie - Bruxelles
Dzenana Ibisevic, Dzana.net - La Bosnie sur le net - Bosnie
Ivan Jurasinovic, Avocat à la Cour associé - France
Boris Najman, Association Sarajevo - Paris
Nicole Perotti, Bosnie Mir Sada - Lyon
Laurent Richard, Guernica ADPE, France
Bruno Rosar, Balkanikum - Zagreb
Zehra Sikias, BH Info - L'actualité francophone sur la Bosnie-Herzégovine – France
Ivar Petterson, Solidarité Bosnie - Genève
Zene u Crnom - Femmes en Noir- Belgrade

 

 

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Divers

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