Kringa

Publié le 9 Mai 2010

Comment la Croatie a ressuscité son Dracula pour attirer des touristes



Lorsque la brume matinale embrasse Kringa, petit village d’Istrie, dans le nord-ouest de la Croatie, des jeunes attablés au "Bar du vampire" racontent avec passion la légende d’un Dracula local récemment ressuscité pour attirer des touristes.

Assis sur une chaise en velours rouge, dans une pièce dont les murs sont décorés de gousses d’ail et de lampes ornées de croix, Mladen Rajko explique comment le projet "Jure Grando, le vampire de Kringa", qui aurait sévi dans ce village dans le 17e siècle, a été lancé.

Au coeur des terres, Kringa se trouve à quelque dizaines de kilomètres de la magnifique côte Adriatique qui attire tant de visiteurs étrangers.

 

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"Nous voulons mettre en valeur cette légende, pour laquelle existent des documents d’époque, afin d’améliorer notre offre touristique", avait expliqué M. Rajko, chef de la municipalité voisine de Tinjan.

Le premier document sur Jure Grando a été écrit par son contemporain Janez Vajkard Valvasor (1641-1693), auteur de récits de voyage et historien slovène.

Dans son oeuvre "La gloire du duché de Carniola" (Die Ehre des Heryzogthums Crain) publiée en 1689 en Allemagne, Valvasor indique que Grando terrorisait encore les villageois et notamment sa veuve, seize ans après son enterrement.

La nuit, il errait dans le village, frappait aux portes des maisons, après quoi des gens mouraient. Le démon rendait régulièrement visite à sa veuve en l’obligeant à accomplir ses "devoirs" conjugaux.

Cette épouvante dura jusqu’à un jour de 1672 où neuf villageois téméraires décidèrent de mettre fin à ce cousin de Dracula, personnage créé par l’écrivain irlandais Bram Stoker en s’inspirant du prince sanguinaire roumain du XVe siècle, Vlad Tepes l’Empaleur.

En ouvrant la tombe, ils retrouvent le corps intacte au visage souriant de Grando. Après une première tentative échouée de percer son coeur avec un piquet, ils lui tranchent la tête pour mettre fin à la terreur.

"A cette époque-là, Grando avait déjà toutes les caractéristiques de vampires qui apparaîtront dans la littérature 150 ans après. Il est cynique, défie les autorités civiles et religieuses et il est sexuellement actif", explique Boris Perić, écrivain croate très au fait de cette légende. "L’histoire a été reprise par de nombreux théologiens et chroniqueurs. L’écrivain allemand Herman Hesse l’a publiée dans son anthologie du début du 20e siècle", ajoute M. Perić.


En août 2005, le "Bar du vampire" de Kringa organisa un festival littéraire pour y réunir des écrivains de littérature d’horreur. A cette occasion, une plaque avec les noms des neuf villageois courageux qui avaient chassé le démon fut dévoilée. L’événement s’ouvrit par des dons de sang.

Mais dans le petit village, l’opposition de la communauté conservatrice de quelque 300 habitants et celle de l’église catholique se firent sentir.

M. Rajko et le propriétaire du bar, Robert Hrvatin, affirmèrent que l’église garde le secret de l’endroit où Grando est enterré.

En regrettant le silence des prêtres sur ce détail, ils proposèrent en revanche aux touristes de visiter la ruine réputée être la maison natale de Grando.

Les jeunes, eux, épousèrent rapidement l’idée en vue d'accueillir des touristes.

"Je vais décorer une pièce 'style vampire', y mettre du velours rouge et plein de miroirs", affirma Mirjana Fabris, 35 ans, qui voulait transformer sa maison en auberge.  Un commerce de souvenirs — des bougies à l’odeur d’ail, une eau de vie "Grandina" et un vin rouge "Jure Grando" — se mirent en place.

Pour les sceptiques, le côté démoniaque de Jure Grando aurait été inventé par sa veuve qui voulait cacher ainsi son amant.

 

Source : armees.com

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Localités

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