Jean Dayre

Publié le 19 Septembre 2011

Jean Dayre (1892-1952)

 

 

Né à Arles en 1892, agrégé de l'Université, il s'était d'abord destiné aux études italiennes, et il avait pris comme sujet de recherche la vie de Jérôme Cardan, sur lequel il a publié deux travaux, des Esquisses biographiques en 1927, et une édition critique du De vita propria en 1935. Mais il avait aussi, de bonne heure, appris le serbo-croate, et avait été de 1917 à 1919 interprète auprès des dépôts de troupes serbes en France. Cette double connaissance de l'italien et du serbo-croate l'orientait vers l'étude des relations entre les Slaves et l'Italie et vers la littérature dalmato-ragusaine. Nommé professeur à l'Institut français de Florence en 1929, il avait la chance de trouver dans cette ville Milan Rešetar, et il se trouvait alors entièrement préparé à bénéficier de l'exemple et de l'amitié de ce maître de la philologie yougoslave, si accueillant : dès 1930, il s'associe à l'édition donnée par Rešetar des oeuvres de Marin Držić  en découvrant dans les archives de Florence des documents inédits sur l'écrivain ragusain, et il publie son premier article slavistique, "Marin Držić conspirant à Florence" (RES, X, p. 76-80). D'autres découvertes et d'autres articles suivent immédiatement, qui le classent parmi les meilleurs connaisseurs du dalmato-ragusain : "Recherches sur l'histoire de la poésie ragusaine" (RES, XI, p. 50-63) ; "Savko Bobaljević" (RES, XII, p. 216-229). Et en 1938 la Matica Hrvatska de Zagreb lui fait l'honneur de publier en croate un recueil de ses travaux : Dubrovačke studije.

Il a été appelé en 1935 au poste de directeur de l'Institut français de Zagreb. La Croatie l'accueille, non en fonctionnaire d'un gouvernement étranger, mais en savant à l'autorité reconnue, et les professeurs de l'Université de Zagreb le reçoivent comme un collègue et lui décernent le titre de professeur de littérature française. Et c'est en savant, en même temps qu'en administrateur actif, qu'il exerce ses fonctions, c'est sur un plan rigoureusement scientifique qu'il se voue au développement des relations culturelles franco-yougoslaves. Il enrichit considérablement la bibliothèque de l'Institut qu'il dirige et en fait un foyer d'études indispensable aux chercheurs croates de toutes spécialités. Il fonde en 1937 les Annales de l'Institut français de Zagreb, et sous sa direction cette revue, groupant les collaborateurs croates les plus distingués, apparaît aussitôt comme une des meilleures revues scientifiques de Yougoslavie ; il en fait paraître onze volumes, jusqu'en 1947 (en dépôt à l'Institut d'Etudes slaves). Il publie, en deux gros tomes (1939-1940 et 1942), les Mémoires du général Neustaedter sur Le ban Jellačić et les événements en Croatie depuis 1948. Remarquable traducteur, il avait donné en 1933 une Anthologie des conteurs croates, et il en laisse en manuscrit un second volume prêt pour l'impression ; en 1945, il traduit de Matoš Camao et autres nouvelles. En collaboration avec ses amis M. Deanović et R. Maixner, il a composé un Dictionnaire serbo-croate-français.

Jean Dayre est resté à son poste à Zagreb pendant la guerre et sous le régime de Pavelić , défendant l'Institut français très menacé qu'il a sauvé par sa fermeté et par son prestige. Il a dû quitter Zagreb en 1947, regretté de ses amis croates et de l'Université, et emportant l'estime et le respect de tous pour la dignité de son attitude dans les années pénibles et dangereuses d'avant la libération. C'est comme professeur détaché auprès de l'Université de Palerme qu'il est mort, mais continuant dans cette sorte d'exil son oeuvre en Croatie.

par André Vaillant



Source : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/slave_0080-2557_1952_num_29_1_1590

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #France-Croatie

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