Jadranka Kosor

Publié le 11 Mars 2013

Jadranka Kosor exclue du HDZ, la droite poursuit sa longue descente aux enfers

 

 

 

Rien ne va plus au HDZ. Au plus bas dans les sondages, le parti conservateur - jadis forteresse imprenable - n’arrive pas à remonter la pente. Dernier épisode en date de sa lente agonie, l’exclusion de son ancienne chef et Première ministre Jadranka Kosor par celui qu’elle avait installé à la tête du parti, Tomislav Karamarko. Le HDZ parviendra-t-il à se remettre des scandales de corruption qui lui valent l’opprobre général ?

 

 

La purge se poursuit au à l’Union démocratique croate (HDZ) : début mars, le parti conservateur a démis de ses fonctions, son ancienne dirigeant et Première ministre Jadranka Kosor. L’objectif de l’actuel chef du HDZ, Tomislav Karamarko : resserrer les rangs avec une main de fer.

 

Vendredi 1er mars, l’ancienne Première ministre croate (2009-2011), Jadranka Kosor, a été exclue du HDZ, qu’elle avait guidé de juillet 2009 à la fin mai 2012. Son parti lui a donc réservé le même sort qu’à son prédécesseur, Ivo Sanader , renvoyé début 2010. Ironie du sort, c’était justement Jadranka Kosor qui l’avait mis à la porte, alors que Sanader l’avait choisie pour diriger le gouvernement croate et le HDZ après sa démission surprise en juillet 2009.

 

Aujourd’hui, Jadranka Kosor est à son tour exclue par l’homme qu’elle avait choisi en septembre 2011 pour prendre sa relève, Tomislav Karamarko. Le HDZ, qui a gouverné la Croatie pendant 18 ans après l’indépendance, semble désormais vouloir instaurer une nouvelle règle : renvoyer chaque dirigeant qui quitte son trône.


 

La fin politique de Jadranka Kosor ?

 

Pour beaucoup, cette exclusion signe la mort politique de Jadranka Kosor, qui avait pourtant atteint pendant son mandat l’objectif N°1 que la Croatie s’était fixée : clôturer les négociations pour l’entrée dans l’UE et ratifier l’accord d’adhésion qui fera de Zagreb le 28ème membre de l’UE au prochain 1er juillet.

 

En politique intérieure, en revanche, elle avait déclaré une guerre ouverte contre la corruption et le crime organisé, rendant même possibles des enquêtes sur des ministres de son propre gouvernement, mais aussi sur son prédécesseur Ivo Sanader, aujourd’hui en prison. Or, à cause de l’ampleur de la corruption au sein des instances dirigeantes du HDZ, les conservateurs ont perdu fin 2011 les législatives au profit de la coalition de centre-gauche Kukuriku.

 

Ce fut un sacré coup dur pour le HDZ, et plus encore pour Jadranka Kosor : les électeurs refusaient de lui renouveler leur confiance malgré sa volonté affichée de lutter contre la corruption qui minait sa formation. Tomislav Karamarko a saisi alors l’opportunité pour prendre le contrôle du HDZ en mai 2012. L’ancienne Première ministre ne s’attendait pourtant pas à se voir rejetée par tout son parti et encore moins par l’homme qui a pris en la tête grâce à son appui.


 

Le HDZ, Karamarko et l’ombre de Tuđman

 

À peine élu, Tomislav Karmarko a commencé à évoquer la nécessité pour le HDZ de « retrouver ses racines », en se référant à son fondateur Franjo Tuđman. Il a reproché à ses prédécesseurs, Sanader et Kosor, d’avoir négligé le parti et de l’avoir dépossédé de ses spécificités croates et de l’héritage de Tuđman.

 

Jadranka Kosor n’a pas toléré ces critiques et a publiquement attaqué Tomislav Karamarko dans une interview publiée par l’hebdomadaire politique de Zagreb Globus début février 2013. Elle rappelait qu’à la mort de Tuđman en 1999, Karamarko avait contribué à débarrasser la Croatie de l’héritage de ce dernier, quand il avait été directeur campagne de Stjepan Mesić, lui aussi dissident du HDZ, élu au début 2000 à la Présidence de la République croate. Karamarko avait alors tout fait pour mettre fin à l’autoritarisme de Tuđman et à ses références répétées à la Seconde Guerre mondiale.

 

Au moment de la parution de cette interview, l’actuel homme fort du HDZ montrait déjà son impatience d’exclure Jadranka Kosor des rangs du parti. Des sources internes au sein du HDZ affirment que Tomislav Karamarko a voulu envoyer un message de fermeté à tous ceux qui oseraient critiquer sa gestion. La veille du renvoi de Jadranka Kosor, Branko Vukelić, L’une des figures de proue du HDZ et ancien ministre de l’Économie et de la Défense, a donné sa démission. « Les membres du parti ont peur, la direction actuelle fait penser à un retour de l’esprit des années 1990, alors que les Croates luttent pour leur survie », a-t-il déclaré pour justifier son choix.

 

Tomislav Karamarko, a réussi ce qui ferait la fierté de peu de chefs de l’opposition : il est depuis des mois l’homme politique le moins populaire de la Croatie et mène son parti sur la même pente savonneurse. Avec un taux de popularité à 18,8%, le HDZ s’inquiète et la question de laisser Karamarko aux commandes se pose de plus en plus. De nombreuses voix assurent que l’exclusion de Jadranka Kosor est un message envoyé par Karamarko visant à renforcer sa direction en jouant sur la peur. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une démonstration de force.


 

Par Drago Hedl

Traduit par Mandi Gueguen

 

Source : balkans.courriers.info, le 11 mars 2013.

Article original paru sur balcanicaucaso.org, le 6 mars 2013.

 

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Hommes politiques, #militaires et diplomates

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