Ignjat Đurđević

Publié le 13 Novembre 2010

Ignjat Đurđević


 

Ignjat Đurđević (Ignazio Giorgi) (février 1675 - le 21 janvier 1737)http://www.matica.hr/Vijenac/vijenac423.nsf/0/7d72281d5b4c7f68c1257729002becf2/$FILE/STG59784/STG59784.gif?OpenElement

Surtout connu pour son long poème "Les soupirs de Madeleine la pénitente" (Uzdasi Mandaljene pokornice), Ignjat Đurđević était un poète baroque et un traducteur. Đurđević est né à Dubrovnik. Sa mère provenait de la famille Zlatarić.

Comme membre d'une famille riche et respectable, il mena une vie dissipée voire débauchée. Ses aventures amoureuses lui coûtèrent ses fonctions de prince de Šipan. Il dut même quitter Dubrovnik un certain temps suite à un amour malheureux envers une jeune fille (diklica) de la ville et un poème quelque peu libertin qu'il lui écrivit.

Poète trilingue (il écrivait en latin, italien et croate), Đurđević est animé de sentiments profonds sur lesquels la morale catholique n'a pas de prise. Ses ardents "Poèmes d'amours" (Ljuvene pjesni), influencés par les vers de Bunić, font partie des meilleurs poèmes lyriques de Dubrovnik. Son poème "Les larmes de Marunko" (Suze Marunkove), à propos d'un certain Marunko de l'île de Mljet qui soupire après une jeune beauté (djevičina) nommée Pavica, sont manifestement inspirés par le Derviš de Stijepan Đurđević, un auteur dont il partage le nom de famille. Un style plus libre permet néanmoins à Ignjat de surpasser ce dernier.

Après y avoir travaillé pendant plus de 20 ans, Đurđević fit imprimer en 1728 à Venise "Les soupirs de Madeleine la pénitente" (Uzdasi Mandaljene pokornice), son plus beau poème, en même temp que le cycle des "Poèmes divers" (Pjesni razlike), qui effectivement se révèlent aussi variés dans les thèmes que dans la forme choisie. Des spécialistes de la littérature croate (Mihovil Kombol, Ivo Frangeš) ont noté qu'ils existaient des points de convergence avec les motifs et les formes qu'on rencontre dans les poèmes de Fran Krsto Frankopan.

Son "Psautier slave" (Saltijer slovinski) apparaît l'année suivante, en 1729, à Venise. Il contient des traductions ou paraphrases des psaumes du roi David. Autant par le langage que par le style il se détache des nombreuses traductions alors proposées par les poètes de Dubrovnik.

ZGODA LJUVENA


   Trudnom svijetu noć na lice
vrgla bješe sjenu blidu,
da od ljuvezni potajnice
na svoj tančac zvijezde izidu.
   Ja Ljubicu kon nje dvora
u zabitnoj čekah strani,
kad nje umjesto zgar s prozora
bi mi dodan lis pisani.
   Mrem od želje za prije znati
što mi piše mâ jedina,
nu môj želji svrhu imati
nenavidna brani tmina.
   Nije pomoći: iza gora
jasni mjesec još ne istječe,
svijeće rajskijeh od prostora
zvijezde mi su prem daleče.
   A želja me nuka i blazni
tač, da skrovna draga slova
proštio bih bez bojazni
na plamenu od trjeskova.
   Ali u cvijetju i u travi
srećnom zgodom meni tada
krilata se zvijerca objavi
sprijed zlaćena, svijetla ozada.
   Ulovih je i nad svime
taj lov držah draži od zlata,
ter njim svijetlit nauči me
moja ljubav domišljata.
   K pismu 'e prinijeh i po njemu
pomno vodeć plam krilati,
na tem zraku živućemu
sve razvidjeh što ht'jah znati.
   Ah da ti je uvijek hvala,
o svijetnjače prigizdavi,
od livada zvijezdo mala,
drobna iskro od ljubavi.
   Ne mogu te neg hvaliti,
lijepa zvijerce, harnom pjesni,
čijem dostoja pomoć biti
nepokojnoj môj ljuvezni.
   Urešenje ne priprosto
ti si od ljeta po naravi,
dijelak sunca za njim osto
za razgovor cvijetju i travi.
   Prid tvo'em zlatom zlato krije
i sobom se zlato srami,
tvoj plam zlatnoj u tebi je
kô u prstenu dragi kami.
   Od zemlje si ti zenica,
dan kî leti sjemo i tamo,
slika mudrijeh djevojčica
ke se u noći kažu samo.
   Sveđ kušala cijeć dobrote
dragu rados, zvijerce draga:
mednom rosom dojilo te
milo nebo, zemlja blaga!

Charles Nodier a tiré sa propre version de ce poème en se servant d'une traduction italienne. Lui même reconnaît en présentant sa "foible imitation" que l'original possède un charme incomparable, comme on peut le lire dans le texte ci-dessous.

La Luciole

Idylle de Giorgi

Le poëme est intitulé dans l'original : Svjetgnack, nom illyrien de la Luciole, ou ver-luisant ailé, qui y est décrite, selon moi, avec un charme incomparable.

Giorgi est l'Anacréon des Morlaques. La lecture des classiques et la fréquentation des villes ont imprimé à son style quelque chose de la recherche brillante, de l'enthousiasme hyperbolique des Italiens ses voisins. C'est ce que je n'ai pas voulu dissimuler dans ma foible imitation. Telle qu'elle est, la Luciole de Giorgi me paroît digne cependant de soutenir la comparaison avec le Sphynx de madame de Krudener et la Violette de Goethe.

L'original, que j'ai tiré des savants Mémoires d'Appendini sur les antiquités de Raguse et la littérature illyrienne, est souvent cité comme autorité classique dans l'utile dictionnaire italien-illyrique du P. Ardelio della Bella. Voy. Lucciole o Lucciola, pag. 80, tom. 2.

Le poëme slave est divisé en quatrains, la seule traduction italienne que je connoisse, en sixains. J'ai marqué par un filet la division des strophes. [Ce qui n'est pas le cas ici].

LA LUCIOLE

Déjà l'humide nuit déploie le vol immense de ses ailes silencieuses, et le choeur mystérieux des astres, complices des tendres larcins de l'amour, commence une danse magique dans les plaines du ciel.

Moi qui ne pense qu'à ma belle, je profite de l'obscurité naissante pour me glisser à travers les ombres de la maison qu'elle habite. De son balcon, descend à l'extrémité d'un fil de soie une feuille blanche que le vent balance. Hélas ! j'espérois davantage !

L'impatience de reconnoître au moins dans ce billet les pensées de celle que j'aime fait palpiter et frémir mon coeur ; mais la nuit s'est obscurcie de plus en plus, et dans la profondeur de ses ténèbres, je demande en vain au message secret de ma belle le signe invisible qu'elle lui a confié.

Efforts impuissants ! plaintes inutiles ! La chevelure éclatante de la lune ne flotte pas encore en ondes argentées sur le sommet des montagnes où cette nymphe assied son trône. Les flambeaux du ciel brillent trop éloignés de mes yeux.

Je m'emporte en reproches contre la nuit dont quelques moments auparavant j'accusois follement la lenteur ! Je m'indigne du repos des éléments qui me refusent jusqu'à la lumière des tempêtes !...

Je voudrois voir s'allumer les orages, et lire aux triples feux de la foudre balancée sur ma tête les caractères adorés qu'a tracés la main de ma belle...

Qui le croiroit ! parmis quelques touffes éparses d'une herbe stérile que j'étois près de fouler, étincelle tout à coup une mouche [1] brillante qui vole en cercles rapides et multipliés à la pointe des feuilles qu'elle caresse et qu'elle éclaire.

Le foyer d'une flamme vive et mobile qui brûle dans son sein, s'étend et rayonne sur ses ailes agitées, il s'épanche en traits ardents de tous les anneaux de son corps flexible, et l'illumine d'une auréole de clartés éblouissantes.

Je saisis d'une main avide l'insecte favorable à mes voeux, l'insecte à qui l'amour protecteur a confié une lumière facile à cacher, et tour à tour tutélaire et discrète, pour embellir les veilles des amants.

Je le rapproche de la lettre chérie, en faisant passer sur chaque ligne tous les points de l'insecte agile où s'égare en tremblant sa lumière capricieuse. Aucun de ses jets radieux n'est perdu pour mes regards ; aucune des douces confidences de la bien-aimée ne sera perdue pour mon coeur.

Grâces soient rendues à ton heureux secours, ô bienfaisante étoile des prairies, tendre Luciole aux ailes de feu, toi, le plus beau et le plus innocent de tous les animaux de la terre et du ciel, rayon impérissable d'amour !

Comment exprimerai-je le bonheur que je te dois ! comment peindre ton charme et ta grâce, jolie Luciole, le plus ravissant des mystères d'une belle nuit, toi qui rends des espérances à l'amour inquiet, qui prêtes des consolations à l'amour jaloux !

Quand le soleil descend dans ses magnifiques palais de l'Occident, il te laisse derrière lui pour l'enchantement des nuits d'été. Il te laisse comme un atome de sa splendeur immense, et il te confie à la protection de la verdure et à l'amour des fleurs.

Auprès de ton éclat celui de l'or pâlit, celui des perles s'éteint ; à peine peut-on lui comparer ce feu vainqueur des ténèbres qui s'allume, pétille et jaillit, dans la nuit profonde, du sein de l'escarbouche orientale.

Tu es, dans la délicatesse de ta beauté, astre modeste des buissons, l'image d'une vierge timide qui éclaire malgré elle les secrets de la nuit, du feu de ses regards, en cherchant la trace de l'ami qu'elle aime.

Ah ! puisses-tu, charmante Luciole, reccueillir le prix de ce que tu as fait pour moi ! puissent les prairies te prodiguer en tout temps, Luciole bienfaisante, le nectar embaumé de leurs fleurs, et le ciel, les douceurs inépuisables de sa rosée !

[1] Dans l'original, osa, une guêpe.


Rédigé par brunorosar

Publié dans #Ecrivains

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