Franjo Dombay

Publié le 17 Mai 2011

Des documents inédits sur la dynastie Alaouite ont été trouvés dans les archives de la bibliothèque de Zagreb en Croatie



À l'approche de la fin de sa mission, l'ambassadeur de Croatie à Rabat, Darko Bekić, a voulu faire un cadeau au Royaume du Maroc. Les deux pays ont entretenu dans le passé des relations riches, car la Croatie était trois fois représentée au Maroc. «L'ancienne Croatie au 18e siècle était partagée par deux pouvoirs régionaux, Venise occupait la partie côtière, l'empire autrichien le côté occidentale. La petite partie au Sud de la Croatie était indépendante sous le nom de la république de Raguse qui est devenue l'actuelle Dubrovnik. Avec cette situation, la Croatie était représentée auprès du sultan du Maroc par trois représentants diplomatiques, vénitien, autrichien et croate», a souligné M. Bekić.

Partant de cette donnée historique, cet ancien professeur d'histoire diplomatique, a voulu savoir davantage sur les relations entre ces deux pays. Pour ce faire, le diplomate a décidé de consulter les archives de la bibliothèque de Zagreb, la capitale croate. Dans ce haut lieu de la mémoire nationale croate, l'ambassadeur croate à Rabat fait une grande découverte. Il s'agit de livres historiques inédits datant de la fin du 18e et du début du 19e siècle, relatifs à l'histoire de la dynastie Alaouite et à la civilisation islamique, rédigés en allemand, langue officielle en Croatie à l'époque.

Ces œuvres ont été publiés par Franjo Dombay, un interprète auprès de la Cour impériale d'Autriche, dont la Croatie faisait partie. «Dans cette fonction, Dombay a servi comme interprète auprès du premier consul autrichien à Tanger, de 1783 jusqu'à 1790. Après il a été affecté à Zagreb où il resta dix années. Pendant son séjour dans la capitale croate, cet érudit rédigea ou traduisit de l'arabe une dizaine de livres sur l'histoire politique marocaine, sur la grammaire du dialecte tangérois, sur la numismatique marocaine, sur la philosophie islamique et sur la religion musulmane», a indiqué Darko Bekić. Il a ajouté que : « Parmi ces livres, trois d'entre eux sont d'une importance particulière. Le premier est une esquisse de la biographie du Prophète Mohammed, imprimé en 1795, et accompagné d'une analyse de l'auteur sur les aspects philosophiques et politiques de la civilisation islamique, ainsi que sur les apports moraux de la religion musulmane. L'autre ouvrage, qui semble même le plus important, paru à Zagreb six ans plus tard, est une histoire de la dynastie Alaouite, couvrant tous les souverains marocains, de Moulay Cherif ben Ali (1631-1636) jusqu'à Moulay Slimane (1792-1822), écrit en langue allemande, alors officielle en Croatie.»

L'apport historique de ces livres est incontestable pour la compréhension de cette période de l'histoire marocaine. Jusqu'à maintenant, trois chroniques relatives à la dynastie Alaouite étaient connues, celle d'Ahmed ben Khaled Ennaciri Essalaoui (Kitab el-istiqça li akhbar doual el-Maghrib el-Aqça), rédigées vers la fin du 19e siècle, puis «l'Histoire des Alaouites», publiée par l'écrivain-historien français Jacques Benoist-Méchin et le volume 9 de l'«Histoire diplomatique du Maroc» de l'historien Abdelhadi Tazi. «Ces chroniques ont été rédigées presque deux siècles plus tard, précisément dans les années 80, après celles de Dombay. «L'Histoire des Alaouites» de Dombay est le premier et le plus ancien ouvrage académique sur l'histoire de la dynastie Alaouite au Maroc», a indiqué M. Bekić. Pour que le Maroc puisse connaître un pan entier de son histoire, ce diplomate croate a fait une donation de la part de son gouvernement au Maroc, en confiant les photocopies de ces ouvrages au directeur à la bibliothèque royale, Ahmed Chaouki Binebine. Après leur traduction, ces livres seront d'une grande valeur pour les chercheurs. En revanche, les originaux resteront dans le trésor des livres rares de la bibliothèque nationale de Zagreb.

Signe de l'ouverture de la Croatie sur les autres civilisations, il faut préciser que ces œuvres ont été publiées grâce à l'archevêque catholique de Zagreb, Maximilian Vrhovac. «Ce religieux qui possédait la première imprimerie à Zagreb avait demandé à Dombaj de rédiger un livre sur le prophète Mohammed pour que le public croate connaisse la religion musulmane, car la frontière de l'empire ottoman n'était loin que de 120 km de Zagreb. Son geste témoignait d'un grand esprit de tolérance et d'ouverture sur la civilisation arabo-musulmane. C'était à la fin du 18e siècle, à un moment où personne ne songeait encore à parler de multiculturalisme ou de dialogue de civilisations», a conclu l'ambassadeur Darko Bekić.

La guerre contre les Ragusains

Au 12e siècle, al-Idrîsî, grand voyageur, a parcouru toute la côte croate et la carte géographique qu'il a dessinée est d'une importance immense. Au 18e siècle, les relations se sont tellement intensifiées que la République de Dubrovnik - seule partie indépendante de la Croatie- a établi son consulat à Tanger. Vers la fin de son règne -à cause d'un incident mineur avec des pèlerins marocains - le sultan Sidi Mohamed Ben Abdallah déclara la guerre aux Ragusains. Né au Maroc en 1100, al-Idrîsî serait originaire d'une famille arabe noble d'Espagne. Il fait ses études à Cordoue, alors premier centre culturel de l'Islam occidental. Il est d'une grande culture médicale, connaît bien les plantes, les poisons et les poudres dont il connaît les qualités spécifiques, pharmacologiques et aphrodisiaques.


Par Rachid Tarik

Source : lematin.ma, le 15 mai 2011.

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Hommes politiques, militaires et diplomates

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