Filip Šovagović

Publié le 19 Mai 2011

Filip Šovagović


 

http://volim-novac.hr/wp-content/uploads/2011/02/FilipSovagovic.jpgFilip Šovagović est un acteur, metteur en scène, dramaturge et journaliste.

Comme acteur il a joué dans de nombreux films dont No Man's Land  de Danis Tanović.
Il est l'auteur de cinq pièces de théâtre parmi lesquelles Cigla (La brique).
Filip Šovagović exerce aussi le métier de journaliste et tient une rubrique dans le quotidien 24sata.


Le bleu de l'Adriatique nuance le noir chez Šovagović


Né à Zagreb en 1966, Filip Šovagović a vécu dans deux Etats sans quitter sa ville natale. Hier Yougoslave, il est désormais Croate.

Nous avons rencontré le jeune Šovagović en automne, en Bosnie-Herzégovine, à l'occasion des «Premières rencontres européennes du livre de Sarajevo». En marge des débats ouverts à tous s'y déroulaient, dans l'intimité d'une galerie d'art du centre-ville, des rencontres entre jeunes auteurs de théâtre ex-Yougoslaves.

Filip Šovagović écrivait pour le théâtre avant la guerre. Il a continué à écrire après, mais pas la même chose. Il a recommencé à zéro. S'il fait un «nouveau théâtre» depuis lors? Je n'invente rien, mais considère chaque jour comme un jour nouveau. Si tu penses qu'agir comme ça, c'est faire du nouveau théâtre, alors peut-être que le mien l'est.

Des fois, ça m'arrive de dormir mal, car j'ai vécu la guerre. Avant, cela ne m'arrivait pas. Et quand tu dors mal, le lendemain, tu réfléchis quand même beaucoup. Ça te travaille. Enfin, je ne suis pas fou, contrairement à certains en Croatie, en Bosnie. Tu sais, ici, pas mal de gens dépriment.

Quand tu commences à réfléchir à tous ces milliers de morts, et si tu rajoutes à ce nombre tous les gens blessés, les familles de ces victimes, et tout ce qui s'est passé, ça donne un nombre vraiment impressionnant de gens meurtris. Ce qu'il reste à ces gens-là, c'est rire, s'ils le peuvent.

Et les pièces de Filip Šovagović font rire, par la manière qu'elles ont d'évoquer les drames. Sous-titrée «pièce ennuyeuse», Cigla, qui sera donc présentée au Festival de Liège, raconte l'histoire de quatre frères de mères différentes. On ne sait pas où est le père. L'action se déroule à Zagreb de la fin de l'été 1991 à la fin de l'été 1995. Un appartement de deux pièces. Une table ronde. De temps à autre, on entend aboyer des chiens affamés, comme l'indique la didascalie inaugurale.

L'un des frères part à l'armée et en revient fou, frappé du syndrome du Vietnam. On a jamais écrit de choses pareilles. Mais c'est pour rigoler. C'est pas sérieux, note Šovagović, peu coutumier des discours inutiles.

Comment voit-il son avenir et celui de son pays? L'avenir de la Croatie est dans son histoire. Je vois l'avenir dans le passé. Je suis aigri, très gris, et même noir. Mais comme on a la mer Adriatique en Croatie, ça passe mieux. C'est bleu. Ça nuance.

Par Pascale Haubruge
Source : archives.lesoir.be, le 10 janvier 2001.

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Ecrivains

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