Endre Ady traduit en croate

Publié le 4 Février 2012

 Deux Krleža pour traduire Endre Ady 


 

Le premier recueil de poésie d’Endre Ady à avoir été publié en croate est l’œuvre traductrice de Josip Krleža (Osijek, 1977). 

 

Ce recueil bilingue contient 51 poèmes traduits. Le choix opéré est excellent et comprend non seulement les poèmes généralement repris dans les anthologies mais aussi une partie moins connue de l’œuvre d’Ady, qui n’en est pas moins importante du point de vue artistique. Hormis quelques digressions importantes, Josip Krleža s’est efforcé de préserver aussi bien le contenu que la forme de l’original hongrois.

 

Mais même avant ce travail, Ady n’était pas inconnu des lecteurs croates. Miroslav Krleža, qui écrivit un essai sur Ady en 1930, avait également traduit une part de sa poésie : 

 

Pour caractériser le monde spirituel d’Endre Ady un peu plus dans sa complexité fascinante, il fautse rendre compte de divers aspects de la civilisation hongroise. Miroslav Krleža, écrivain serbo croate, dit dans son essai de 1930 sur Ady qu’il est le barde sincère et sauvage d’un monde sombre, profond, inconnu, hunnique et calviniste. Et il continue : « Sentir cette réalité hunnique équivalait avant tout à sentir la réalité politique ; et sentir cette réalité politique dans les dix dernières années du règne de François-Joseph revenait à reconnaître la nécessité de l’activité politique. Sentir la stérilité et l’inutilité de sa propre poésie, décadente et petit-bourgeoise, tout en mesurant sa disproportion avec la réalité hunnique et barbare, signifiait pour Ady vivre quotidiennement au milieu de ses contradictions personnelles. » (1)

 

Et pour élaborer de plus sur les caractéristiques du penchant politique chez Ady, Krleža l’intitule le « solitaire quarante-huitard fidèle à Kossuth » qui regarde « haineusement le défilé des troupes des Habsbourg ». Krleža continue : « Cette haine anti-impériale de la caserne autrichienne est assombrie, dans la poésie d’Ady, par l’ombre de Petofi. Ce jeune homme de vingt-six ans qui, après avoir écrit six gros volumes, a trouvé la mort sous les sabots des chevaux cosaques, cet unique jacobin de la Gironde de Kossuth, Petofi, a lui aussi jeté l’anathème sur le drapeau noir et jaune autrichien, sur la maison des Habsbourg et le mensonge de Vienne... Ce feu dont brûlait Petofi en quarante-huit, se ranima et s’enflamma une dernière fois dans les poèmes d’Ady. » (2)

 

In tyrannos n’était pas seulement un motif littéraire pour Ady mais se trouvait en même temps dans la ruine totale et le désastre final tels que Vörösmarty, le vieux poète classique hongrois, les annonçait dans son chanttzigane :

 

Quel moulin d’enfer moud de tels sanglots,

Quelles folles mains dans le ciel

Martèlent sa voûte ? Un archange noir,

Une armée vaincue en quête d’espoir ?

Joue, profites-en, plus vite, plus fort !

Demain ton archet sera du bois mort. (3)

 

Il me semble que Krleža a fort bien analysé les qualités d’Ady en tant que poète « engagé », maiscelui-ci occupe une position beaucoup plus importante, la position d’un Orphée hongrois en route vers une libération politique et spirituelle de son peuple. Krleža le décrit – quant à son enthousiasme exalté pour quarante-huit – comme oscillant entre « l’extase de Petofi et la dépression de Vörösmarty », et il ajoute : « Éternellement révolté contre Vienne, dans la crainte permanente queles troupes cosaques ne viennent encore écraser l’armée hongroise dans la nuit fangeuse, comme en quarante-neuf, Ady s’est efforcé de contrebalancer ses appréhensions lugubres par son enthousiasme patriotique etpersévérant pour la souveraineté hongroise que, depuis Mohács jusqu’à la catastrophe de Rákóczi, les Hongrois ont en vain tenté de reconquérir. » (4)

 

 

(1) Miroslav Krleža: « Endre Ady, le poète hongrois », Arion 10, Budapest, Corvina, 1977, p. 85.

(2) Miroslav Krleža, op. cit. p. 87.

(3) Miroslav Krleža, loc. cit.

(4) Miroslav Krleža, loc. cit.

 

Sources :

http://www.openstarts.units.it/dspace/bitstream/10077/2250/1/03.pdf

http://cief.elte.hu/Espace_recherche/Budapest/REF9_articles/11KALLEN.PDF

 

 

 

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Hongrie-Croatie

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