Dobrisa Cesaric

Publié le 11 Novembre 2009

Dobrisa Cesaric


 

La poésie de Dobrisa Cesaric, un des plus grands poètes croates, a vu le jour et s'est formée dans l'entre-deux-guerres, en s'affirmant pleinement après la Seconde Guerre mondiale. Cette poésie s'est déployée lentement et pas à pas ; elle avait derrière elle S.S. Kranjčević, A.G. Matoš, V. Vidric, A.B. Šimić, tandis que ses compagnons de route furent les poètes ayant marqué l'époque : Miroslav Krleža et Tin Ujević. Avec de tels prédécesseurs et en pareille compagnie Cesaric est parvenu à faire sa place dans la poésie croate. Ainsi, aujourd'hui, lorsque nous parlons de la poésie croate moderne, nous ne saurions manquer de signaler Dobrisa Cesaric comme l'un de ses principaux piliers.

 

A son propos, il fut dit qu'il était "un magicien des vers ; un chercheur imaginatif des contrées du bonheur égaré ; peintre inspiré des paysages ; mage de la mélodie de la langue dans laquelle les désirs abîmés, gênes et agitations, se transforment en or pur du discours poétique."

 

Il était né le 10 janvier 1902 à Pozega. Cependant la ville de son enfance deviendra Osijek, lieu d'origine de son paternel, un ingénieur forestier qui y avait été affecté en 1904. A Osijek il fréquenta l'école primaire, les premières classes du lycée moderne, et c'est là qu'il écrivit ses premiers vers. La palette de la Slavonie, avec ses sons et ruelles, de même que les promenades avec son père dans les allées ombragées le long de la Drave, tout cela forme les beautés qu'il transforme d'ordinaire en poésie. "Et sous la fenêtre de son enfance se sont écoulées les eaux sans intermittence et ont défilé les navires."

 

Déjà enfant, Cesaric avait pas mal voyagé avec ses parents. Et tous les voyages de son enfance le furent par bateau : depuis Osijek jusque Zemun, de Rijeka à Kotor, ou encore Venise, c'est de ces années que provient l'amour pour la mer, les fleuves et les bateaux illuminés.

 

En 1916, sa famille vient s'installer à Zagreb. Cesaric y achèvera le lycée et publiera sa première poésie imprimée "I ja ljubim" (Moi aussi j'aime), dans la revue zagréboise pour jeunes "Pobratim".

 

A l'âge de 18 ans il entame des études de droit mais pour les abandonner dans l'année et s'inscrire à la Faculté de droit. En même temps il est casé au Bureau comptable puis au Théâtre national croate où il apprend la mise en scène et met de l'ordre dans les archives. De 1929 à 1941, il travaille comme lecteur et bibliothécaire de l'Institut hygiénique puis se retrouvera dans ce qui était alors le Bureau pour la langue croate.

 

Ces années d'avant-guerre à Zagreb sont la période de son travail littéraire intense. Dans le journal littéraire "Kritika" avait été publié en 1920 son poème "L'Eveil de la forêt". En 1923, il lance et rédige avec Vjekoslav Majer le journal littéraire "Ozon" dont seul un numéro sortira. Il participe au journal "Savremenik" qui avait pour rédacteurs M. Begovic et A.B. Simic. Il fait la connaissance de Miroslav Krleza et commence à collaborer dans la "Knjizevna republika", où sa physionomie lyrique se profile dans les grandes lignes.

 

Son premier recueil de poèmes "Lirika" est publié en 1931 sous sa propre édition et l'année suivante le livre sera récompensé par l'Académie croate des Sciences et des Arts (HAZU) en tant que meilleur recueil de poésies de l'année. En 1936, la Société des écrivains croate prime son poème Le Clairon de la Seine, qui n'est autre que Matos à Paris. Ses vers vont alors trouver leur place dans les anthologies de la poésie croate en allemand et en français ainsi que dans l'anthologie de la poésie mondiale "Poeti del mundo" (Milan, 1939) et dans l'anthologie "Slavjanski poeti" en bulgare (1946).

 

Après la guerre et jusqu'à sa retraite en 1958, il travaille à la Maison d'édition croate, plus tard rebaptisée en Société éditoriale "Zora", où il rédige "Slavenski pisci", "Jugoslavenski pisci" et "Suvremeni pisci Hrvatske" ( respectivement "Ecrivains slaves", "Ecrivains yougoslaves" et "Ecrivains contemporains de Croatie" ).

 

Après le recueil "Spasena svjetla" (Lumières sauvées - 1938) et une sélection poétique "Izabrani stihovi" (Vers choisis - 1942), c'est en 1951 que sort son livre "Pjesme" (Poèmes). Cette même année il sera élu membre véritable de l'Académie yougoslave des Sciences et des Arts (JAZU). En 1953 sera imprimé son recueil "Osvijetljeni put" (Le Chemin éclairé ), pour lequel il sera récompensé dès l'année suivante par l'Alliance des écrivains de Yougoslavie. Les recueils suivants seront "Goli casovi" (Heures nues - 1953), "Izabrane pjesme" (Poèmes choisis - 1960) ainsi que divers florilèges : "Moj prijatelju" (Mon ami - 1966) et "Slap" (Cascade - 1970).

 

Dobrisa Cesaric est l'un des poètes croates les plus traduits. Hormis dans toutes les langues slaves, ses poèmes ont été traduits en anglais, allemand, français, italien, espagnol, hongrois, roumain, turc, albanais, et même en latin et espéranto.

 

Lui-même avait excellemment remanié certaines oeuvres de la poésie russe et allemande, et il avait traduit une série de nouvelles à partir du russe, de l'allemand, du bulgare et du slovène.

 

Outre son oeuvre lyrique il a publié des écrits sous forme de critiques et de mémoires tels que "A propos d'A.B. Simic", "Il y a de cela trente ans", "Mes premiers souvenirs sur Krleža", "Souvenirs sur Goran", "Mes classes à Osijek".

 

Parfois nostalgique, sombre en de rares occasions, Cesaric est un poète des beautés de la vie, un poète de la ville, de l'amour et des amitiés partagées, du lien entre les générations, un esthète qui a soigné son style.

 

 

 

Slap

 

Teče i teče, teče jedan slap ; 

Što u njem znaći moja mala kap ? 

 

Gle, jedna duga u vodi se stvara,

I ja i dršće u hiljadu šara.

 

Taj san u slapu da bi mogo sjati,

I moja kaplja pomaže ga tkati

 

La Cascade

 

La cascade ruisselle, ruisselle, ruisselle,

Ma petite goutte, qu'y signifie-t-elle ?

 

Vois, un arc-en-ciel se forme sur l'onde en fleurs,

Et brille et tremble de ses mille couleurs.

 

Pour que la merveille se maintienne toute,

A la tisser elle aide elle aussi, ma goutte.

 

(traduction par Ingrid Šafranek) 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Ecrivains

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J
Bonjour, je cherche ce livre:<br /> Dobriša Cesarić: 52 poemes, choix, preface et adaptation par Pierre Calderon, traduction par Ingrid Šafranek, Zagreb 1985, co-edition Editions Saint-germain-des-pres (Paris), Editions du Pont<br /> (Zagreb).
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