Dinko Šakić

Publié le 15 Avril 2010

Dinko Šakić

 

 

  I. L'arrestation

L'Argentine arrête un criminel du IIIe Reich. Le Croate Dinko Šakić, qui dirigeait un camp de concentration, va être extradé    



Le criminel de guerre croate, Dinko Šakić, a été arrêté jeudi seulement quatre jours après que le gouvernement croate eut demandé son extradition aux autorités argentines, un temps record. Elles l'ont acceptée et il devrait être rapidement expulsé. Repéré depuis des mois par une chaîne de télévision argentine, l'ancien oustachi (croate pro-hitlérien) avait reconnu avoir dirigé le camp de concentration de Jasenovac en Croatie. «Un simple camp de travail où les juifs avaient leur propre administration», déclarait le 6 avril sur les écrans cet homme de 76 ans aux allures de paisible retraité. «Šakić est un féroce assassin. Les crimes commis à Jasenovac étaient d'une cruauté primitive. Des milliers de Serbes, Juifs, Tziganes et Croates opposants au régime y ont été fusillés, égorgés, ou tués à coups de marteaux», relate Sergio Widder, du centre Simon-Wiesenthal de Buenos Aires. Cet organisme estime qu'un demi-million de personnes ont péri dans ce camp.

C'est en 1992 que l'Argentine a commencé à affronter son passé de havre de paix pour les anciens nazis. A la demande du Congrès mondial juif, le président Carlos Menem a bien voulu ouvrir les archives. Après celles de la police, des services secrets ou de l'administration des douanes, les chercheurs ont pu consulter «les archives de la Banque centrale, des forces armées et du ministère de l'Intérieur», souligne un rapport de la Ceana (Commission d'éclaircissement des activités nazies en Argentine), créée en 1997.

«La route des rats». Combien de criminels de guerre sont arrivés en Argentine après 1945? Sans compter les plus connus (comme Adolf Eichmann), la Ceana a établi en mars dernier que cinq criminels allemands y sont entrés «avec des papiers fournis par la Croix-Rouge internationale». Ces données semblent incomplètes. «La commission ne tient compte que des criminels déjà condamnés dans leur pays», fait remarquer Jorge Camarasa, auteur du livre enquête Odessa au Sud. Il cite les chiffres de 80 000 Allemands, Autrichiens et Croates arrivés jusqu'en 1955, dont 800 nazis et une cinquantaine des criminels de guerre. Cette vague a suivi la «route des rats», aidée en Italie par le Vatican qui servait de relais entre fugitifs et autorités argentines. A Buenos Aires, où le général Peron professe des idées proches du fascisme, une commission secrète filtrait les candidats à l'immigration. «C'était le début de la guerre froide et plusieurs pays avaient commencé à assouplir les contrôles migratoires. En Argentine, un des critères "d'accueil était le profil catholique et anticommuniste des immigrants», explique l'historienne Beatriz Gurevich. Elle précise que «le président des Croates, Ante Pavelić, est arrivé en toute impunité en 1947 avec ses plus importants collaborateurs. Les demandes d'extradition de Belgrade n'ont jamais abouti. La parade de la justice argentine était que les crimes dont on les accusait étaient de nature politique et donc non susceptibles d'extradition"»

En Argentine, les Croates sont alors parmi les plus actifs. «Au Paraguay, Dinko Šakić a connu le dictateur Stroessner. En 1977, il y a été dénoncé pour escroquerie. En Argentine, il dirigeait le groupe extrémiste Résistance nationale civile», signale Camarasa.

Nomination annulée. En 1994, Šakić est présent à une cérémonie officielle pour la visite du président croate Franjo Tuđman, scellant les bonnes relations entre les deux pays. Un scandale avait été évité de justesse un an auparavant lorsque, sur proposition de Tuđman, Ivo Rojnica avait été nommé ambassadeur de Croatie. Ce Croate naturalisé argentin a son dossier ­ incomplet ­ dans les bureaux du centre Wiesenthal, où on le considère comme responsable de déportations de juifs. Le centre proteste, la nomination est discrètement retirée.

L'extradition de Šakić serait la seconde accordée par Menem, après celle d'Erich Priebke, condamné en Italie pour le massacre des Fosses ardéatines. Pour la Croatie, qui se réfère à l'antifascisme tout en réhabilitant la plupart des symboles de l'Etat croate pronazi, elle pourrait s'avérer un cadeau empoisonné.

par Mary Claude

Source : liberation.fr, le 2 mai 1998

 

 

                                                               II. Le procès

                Zagreb ouvre le procès de Dinko Šakić, chef de l'«Auschwitz des Balkans»



Zagreb ouvre le procès de Dinko Šakić, chef de l'«Auschwitz des Balkans». L'inculpé, réclamé à l'Argentine sous la pression internationale, est malade et le régime croate conserve une attitude ambiguë face au passé. Ses adversaires parient davantage sur les élections. Après la France de Papon et la Suisse des avoirs juifs, la Croatie affronte aussi l'histoire. Un tribunal de Zagreb ouvre aujourd'hui le procès de Dinko Šakić, commandant d'un camp surnommé l'«Auschwitz des Balkans» en 1944 à Jasenovac. C'est le premier du genre depuis l'indépendance de l'ex-République yougoslave. Mais son aboutissement et ses effets curatifs restent incertains. L'inculpé, âgé de 76 ans et extradé par l'Argentine après un demi-siècle, a été hospitalisé mardi. Le régime, qui conserve une attitude ambiguë face à l'Etat croate de la période fasciste et se radicalise à l'approche des législatives, le met sur la sellette sans enthousiasme.



                                                    «Signification historique»

Dinko Šakić s'est dévoilé dans son asile par une interview télévisée en avril dernier. Les organisations juives, relayées par Israël et les Etats-Unis, ont insisté pour qu'il soit jugé en Croatie. Belgrade, estimant le total des victimes serbes, juives et tsiganes de Jasenovac à plusieurs centaines de milliers, a vainement réclamé l'homme qui se déclare innocent. Si les recherches récentes ramènent leur nombre à 85 000, le procès n'en revêt pas moins «une signification historique», selon un leader juif. Outre la défaillance de l'inculpé, les attentes sont cependant tempérées par la libération récente de son épouse, gardienne présumée du camp. Malgré les documents du Centre Simon-Wiesenthal, la justice croate déclare manquer de preuves. Les témoins sont âgés, ou se désistent. «Quand on scande Dinko Šakić dans les stades, les survivants se méfient», constate un défenseur zagrebois des droits de l'homme. La communauté juive de Croatie vient de protester contre la dénonciation du «lobby serbo-juif» par un commentateur de la TV publique. Le président Tuđman a sa responsabilité dans le révisionnisme qui alimente le racisme ambiant. L'historien nationaliste a minimisé la tragédie de Jasenovac dans un ouvrage parsemé d'allusions antisémites. Tout en condamnant les crimes oustachis, il refuse de désavouer le premier Etat croate indépendant. Il a même préconisé la «réconciliation» de ses héros et de ses victimes dans un mémorial commun à Jasenovac. Un concert de protestations l'en a dissuadé. Portes claquées. Longtemps arbitre des factions de son tout-puissant parti (HDZ), le président, dont la santé semble décliner, se raidit encore à l'approche des législatives de fin d'année. A l'issue d'intrigues impliquant les services secrets, plusieurs notables modérés ont claqué la porte. Les responsables de deux médias publics viennent de les imiter. Tous renoncent devant l'ascension des extrémistes, qualifiés de «pro-oustachis» par l'opposition. Franjo Tuđman lui-même voit des espions étrangers partout. Les amis du pouvoir se font certes rares. L'OSCE, dirigée en Croatie par le Suisse Tim Guldimann, vient d'établir un rapport sévère sur les droits de la presse, des minorités et les problèmes des Serbes, aussi nombreux à partir qu'à rentrer depuis 1995. Avec 18% de chômeurs et 900 000 retraités aux abois, les Croates favorisent l'opposition dans les sondages. La femme de l'année, élue par le public d'un magazine, est l'employée de banque qui a dévoilé le pactole de Mme Tuđman. «Le changement ne viendra pas du procès Šakić, qui semble plus important pour l'extérieur que pour les Croates, prédit le politologue zagrebois Žarko Puhovski. Il résultera des élections.»

 

Source : archives.tdg.ch, le 4 mars 1999

 

 

 III. Le décès

 

                   Croatie : décès de l’ancien commandant du camp oustachi de Jasenovac



Dinko Šakić, un ancien commandant du camp de Jasenovac, le plus célèbre camp de concentration oustachi de la Seconde guerre mondiale, est mort à l’âge de 86 ans à l’hôpital de la prison de Zagreb.

Dinko Šakić a exercé le commandement du camp de Jasenovac entre mai et octobre 1944. Des dizaines de milliers de Serbes, de Juifs et d’autres personnes y sont mortes sous le régime oustachi, le gouvernement fantoche instauré en Croatie de 1941 à 1945 par les nazis.

Il est décédé à l’hôpital de la prison de Zagreb.

Dinko Šakić avait été extradé d’Argentine vers la Croatie en 1998 et condamné à 20 ans d’emprisonnement pour crimes de guerre, soit la sentence maximale prévue par la loi croate. Il a été reconnu coupable d’avoir personnellement exécuté 20 prisonniers et d’avoir ordonné l’exécution et la torture de beaucoup d’autres.

Il avait été placé en détention dans une confortable cellule, avec télévision et ordinateur, où il s’occupait à rédiger ses mémoires. Il lui était permis de rendre visite à sa femme Nada plusieurs fois par mois, dans une maison de retraite en Croatie.

http://globalvoicesonline.org/wp-content/uploads/2008/08/dinkonada.jpgSa femme travaillait à l’époque comme gardienne du camp de concentration pour femmes de Stara Gradiška, qui dépendait du camp de Jasenovac, un complexe composé de cinq camps sur la rivière Sava, au sud de Zagreb. Elle a subi un procès, mais n’a jamais été condamnée, parce que personne n’a témoigné qu’elle avait tué quelqu’un.

Dans une interview accordée à un quotidien croate en 1995, Dinko Šakić s’était vanté de ses actes commis au camp, et avait affirmé qu’il referait exactement la même chose s’il le fallait.

Le nombre de morts au camp de Jasenovac demeure un sujet de controverse entre les Serbes et les Croates. Si la plupart des victimes de Jasenovac étaient des Serbes, des Juifs yougoslaves, des Rroms et des Croates opposés au régime des Oustachis y ont également péri. Le Musée du mémorial de l’Holocauste des États-Unis, situé à Washington, estime que de 45.000 à 52.000 Serbes et de 8.000 à 20.000 Juifs sont morts dans ce camp.

Les estimations sur le nombre total des Serbes tués par les Oustachis durant toute la guerre varient entre 56.000 et 1 million.

traduit par Stéphane Surprenant

Source : balkans.courriesr.info, le jeudi 24 juillet 2008

 

 

 

                                                             IV. L'enterrement

                      Le père Lasić : Tout Croate honnête doit s'enorgueillir de Dinko Šakić



Zagreb - Le Tribunal qui a condamné Dinko Šakić a condamné la Croatie et le peuple croate. Si Dinko a commis quelque chose qui n'est pas en conformité avec la loi divine, nous sommes certains que Dieu lui a tout pardonné, a déclaré Vjekoslav Lasić, lors des derniers adieux au criminel oustachi Dinko Šakić au crématoire de Zagreb, où se sont rassemblés aujourd'hui quelque 300 personnes.

Lasić a souligné l'appartenance de Šakić, selon ses termes, aux forces armées croates d'élite, "le mouvement oustachi qui à partir du 10 avril 1941 a renouvelé l'Etat croate".

"L'Etat Indépendant de Croatie est la base de l'actuelle patrie croate, un pays pour lequel notre martyre Alojzije Stepinac avait lui aussi courageusement témoigné devant le tribunal communiste impie", a déclaré Lasić avant d'ajouter que Šakić s'était déclaré pour sa patrie.

"C'est un argument pour que chaque Croate honnête s'enorgueillisse du nom de Dinko Šakić. Je suis fier de l'avoir vu à l'hôpital Dubrava sur le catafalque en costume oustachi !", a signalé Lasić.

Dans des adieux de 15 minutes, Josip Bilić-Prcić, parent du défunt, a lu une biographie que Dinko Šakić a écrite de sa propre main. Ainsi que Bilić l'a déclaré, c'est un Juif dont il avait tiré la famille de Jasenovac qui avait acheté à Šakić son billet pour l'Argentine.

Aux funérailles de Dinko Šakić figuraient également son frère Tomislav et sa soeur Mira, ainsi que quelques membres de la famille élargie. Parmi les personnes publiques, ont été remarquées Anto Kovačević, Ana Lučić, Ivan Gabelica et Slavica Hruškar.

Source : jutarnji.hr, le 24 juillet 2008.

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Oustachisme, sectarisme et extrêmisme

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