La déroute de la réalité historique

Publié le 5 Janvier 2011

La déroute de la réalité historique

de Franjo Tuđman

 

 

La Bespuća -  "Dérive", "Déroute", "Impasse" ("chemin sans issue") ("qui ne mène nulle part"), selon les propositions diverses des traducteurs - tel est le substantif appliqué, ici, à "la réalité historique". Soit : Déroute de la réalité historique (Bespuća povjesne zbiljnosti). Sur la base, si l'on peut dire, de cette déroute, c'est la déroute de la République fédérative yougoslave qui est écrite dans les mots. Par un langage qui est celui du paraphraste, recouvrant la langue de l'autorité impérieuse, destructrice de toute discussion, fondatrice d'un pouvoir décidé à abolir l'expression libre de toute opposition.

 

Le langage de la Bespuća se développe, en effet, par paraphrases successives et superposées. Celle du texte biblique de l'Ancien Testament, en premier lieu. Ainsi pour évoquer le "génocide", "apparition naturelle en accord avec l'homme et avec sa nature sociale et mythologico-divine", "violence non seulement permise, mais même recommandée, qui doit être utilisée toutes les fois que cela est nécessaire pour la survie et le renouveau du peuple élu". Celle de "témoignages", ensuite : Prnjatović, Ante Ciliga : "comme les Ustashi avaient plus de confiance dans les Juifs /.../ les Serbes en plus de mauvais traitements que leur infligent les Juifs". Car "un Juif reste un Juif, même dans le camp de Jasenovac. Egoïsme, habileté, avarice, tromperie et manie du secret". Voici maintenant la voix de l'auteur : "Ce jugement de Prnjatović semble exagéré, on pourrait même dire qu'il est de caractère antisémite, mais d'autres témoins parlent de la même façon".

 

Et elle enchaîne aussitôt par l'affirmative : "Certains des officiels Juifs du camp étaient armés et prenaient part aux meurtres." Plus loin : "Les Juifs conduisaient le processus de sélection". La narration affirmative s'élargit. Avec le témoignage de Ciliga, le camp spécial de Gradina devient le lieu du processus de liquidation "réalisé par les Juifs". La voix de l'auteur va monter soudain : "Le fait que l'administration du camp (à Jasenovac) était laissée aux mains des Juifs, était en contradiction avec l'antisémitisme officiel du régime de Pavelić, que Hitler lui avait imposé". Voilà l'Etat de l'Ustasha disculpé au passage, d'un seul trait de récit. Bien mieux, le parti de Pavelić "était fondamentalement philosémite, en particulier, c'est le parti juif parmi les Croates".

 

Le pari narratif est gagné : les Juifs, et non l'Etat Ustashi, sont responsables de l'extermination des Serbes de Croatie et de Bosnie - bien plus, l'Ustasha pronazie était "le parti juif" ... Ainsi, enchaîne l'auteur, "pour cette raison", et il cite à nouveau Ciliga : "Jasenovac /.../ représente l'histoire mondiale des Juifs pour près de deux mille ans". Le vortex des paraphrases narratives, des en particulier et des on pourrait même dire, rend possible l'énoncé crucial qui, sans autre argument, permet de désigner, à la façon faurissonienne, "le mythe de Jasenovac" .... Concernant un camp de mort comparable par l'extension et l'efficacité mortelle à Auschwitz et Buchenwald, selon les rapports de l'immédiat après-guerre (qui furent ensuite laissés au silence dans un but de réconciliation nationale), le négationisme autoritaire du paraphraste trouve finalement son issue directe dans l'expression.

 

Sur ces bases, la prise du pouvoir de Franjo Tuđman prendra appui dans la langue de l'autosatisfaction autoritaire : "C'est moi qui dis qui est Croate et qui ne l'est pas" ; "Je suis fier que ma femme ne soit ni serbe ni juive".

 

 

Source : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mots_0243-6450_1995_num_43_1_1977

par Jean-Pierre Faye

 

Rem : Ce texte de Franjo Tuđman est parfois traduit par "La déroute de la vérité historique".

 

 

 

 

 

Extraits

 (Titre original: BESPUCA POVJESNE ZBILJNOSTI, Nakladni Zavod Matice Hrvatske, Zagreb, 1990., p. 480)

 

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Le terme d’ “holocauste” a été attribué aux terribles souffrances infligées aux Juifs par les nazi en Europe, et à leur extermination. Ce terme a été introduit par l’écrivain Juif et Prix Nobel, Elie Wiesel, à partir de la traduction grecque du mot biblique de “shoah”, qui signifie “offrande brûlée”(273). L’usage même de ce terme nous rappelle que nous parlons de victimes semblables à celles des temps bibliques, aussi bien que des bûchers ou de l’automutilation des Juifs dans l’Europe médiévale et dans leur pays (le 15 mai 1940), ont choisi de mourir plutôt que d’être tués dans la suite par les nazis, montre bien combien cette tradition de l’auto-sacrifice, dans son sens le plus profond, était vivace (274). L’explication de tels cas d’auto-sacrifice, particulièrement les cas de sacrifices collectifs, est, sans aucun doute, à rechercher plus dans la tradition sacrificielle, que dans la couardise ou la peur.

 

Page 149

Si nous négligeons les origines médiévales, les théories les plus récentes proviennent primordialement de France et d’Angleterre (Gobineau, Lapouge, 5C. Fr.) Ammon et H. S. Chamberlain) - très probablement parce qu’il s’agissait de justifier les conquêtes coloniales; mais le développement le plus complet se fera en Allemagne et l’extrême sera atteint par la doctrine raciste de A. Rosenberg, et par le programme pan-germanist d’Hitler. L’idée de la mission universelle du “Herrenvolk” allemand, considéré comme la race la plus élevée, était aussi fondée sur l’assomption d’une “solution finale” à la question Juive, au sens où les Juifs devaient disparaître définitivement de l’histoire européenne et allemande. L’explication de ce fait doit probablement être recherchée-en plus des racines historiques-dans le fait que l’impérialisme allemand, pour des raisons géopolitiques, visait principalement à établir sa domination sur l’Europe. Et ainsi, le “nouvel ordre européen” de Hitler pouvait être justifié par la nécessité à la fois d’éliminer les Juifs (plus ou moins indésirables dans tous les pays européens) et de corriger le péché (anglo-français) de Versailles.

 

Pages 155-158

Concernant le nombre total de victimes Juives pendant la seconde guerre mondiale, nous ne trouvons nulle part des faits établis même approximativement d’une manière scientifique. D’une part, les estimations vont d’environ quatre millions (G. Reitlinger, 1953) jusqu’à six millions (J. Lestchinsky et l’American Jewish Congress, 1946, et N. Levin, 1968 et 1973) (292). Raul Hilberg, dont l’ouvrage (1961 et 1973), riche de données et de faits, dépasse celui de Levin, soutient que le nombre total des victimes a été d’environ cinq millions, soit environ un tiers de la population Juive d’avant la guerre, mais dans ses données statistiques il note que sur 5.100.000 victimes, seules 900.000 sont identifiées dans des dossiers, et il a des doutes sur certains autres chiffres au sein de son dénombrement global des victimes (293). C’est probablement pour cette raison qu’il croit nécessaire de mentionner que, d’un autre côté, le chiffre de six millions est considéré par certains comme extrêmement “exagéré”, citant même le chiffre d’un million de victimes comme un “jugement impartial”(294).

Le nombre estimé des victimes (jusqu’à six millions) est trop fondé sur des témoignages émotionnellement déformés ainsi que sur des données unilatérales et exagérées, reposant sur les dédommagements et les règlements demandés, après la guerre, aux auteurs, maintenant vaincus, des crimes de guerre: cela est prouvé par le fait que, même dans des ouvrages sérieux (et celui de N. Levin en est incontestablement un), les données concernant Jasenovac sont exagérées: 770.000 victimes y auraient été tuées, dont 22.000 Juifs, bien qu’il soit dit ailleurs que les Juifs de Croatie furent déportés vers l’Est, sur l’ordre des Allemands, et qu’ en outre, une partie trouva refuge dans la zone italienne. Et même si le chiffre mythique de Jasenovac apparaît véridique, l’anecdote du panier de yeux, rapportée par Malaparte, est encore multipliée, sans doute pour donner plus d’authenticité à de pareilles données ou témoignages (295).

Le cas d’Auschwitz nous montre bien combien nous sommes loin d’une connaissance exacte des faits, et comment des recherches plus détaillées, plus compréhensives et sans passion, pourront seules nous fournir le nombre approximativement exact des victimes. Auschwitz (nom allemand de la ville de Oswiecim) est devenu le symbole de l’holocauste Juif, parce l’opinion mondiale, après la guerre, a largement répandu l’estimation qu’environ quatre millions de prisonniers ont été tués dans ce camps, la plupart Juifs, dans des chambres à gaz, ou fusillés, ou pendus ou sont morts de faim et d’autres maladies. Ce chiffre, qui est la base du nombre total des victimes, date de 1945 et provient de l’accusation présentée par les procurateurs alliés victorieux contre les chefs du troisième Reich. Dans cette accusation, il est stipulé qu’au total 5.700.000 Juifs ont été tués, dont 4.000.000 à Auschwitz et 1,5 million à Maidanek. Par la suite, ces chiffres sont devenus des lieux communs dans le monde entier, et ils ont même été augmentés, non seulement dans des journaux protonazis (sic), mais aussi dans des publications historiques et dans les dictionnaires; dans ses travaux, nous lisons sans cesse que dans les camps allemands, 11 millions de personnes ont été tuées, dont 6 étaient Juives, et les 5 restants étaient essentiellement des Polonais, d’autres slaves, des Tziganes, ainsi que des ressortissants d’autres pays européens... Ces données, cependant, requièrent d’autres recherches, ne serait-ce que parce qu’un rapport établi par le gouvernement polonais en 1945, affirme que le total de population tuée en Pologne atteint 5.384.000, dont 3.200.000 étaient des Juifs (297). Cela, évidemment, met en question les chiffres de 11 millions et de 6, ne serait- ce que pour la raison bien connue qu’un plus petit nombre de victimes provient des autres pays européens. Dans les articles d’Encyclopédie, à côté du caractère symbolique d’Auschwitz, les auteurs insistent très lourdement sur le chiffre de 4 millions, mais dans les travaux historiques, on peut même trouver des références à “quelques centaines de milliers”(298). Pour ce qui concerne Lublin - Maidanek, nous lisons dans une Encyclopédie, que “4 millions (aussi) de victimes y furent gazées”, alors que selon une autre publication il n’y en eu que 360.000 dont 200.000 étaient Juives, le reste principalement des polonais) (269). Cela seul établit la totale incertitude des données.

Ainsi nous trouvons de grandes divergences (y compris dans la publication de livres), et cela même dans des ouvrages aussi sérieux que ceux de R. Hilberg ou de N. Levin. Dans leurs volumineux traitements des victimes Juives, ils ont utilisé toutes les sources possibles, mais ils ont omis de les soumettre à la nécessaire analyse critique, aussi bien en ce qui concerne le nombre des victimes qu’en ce qui concerne les méthodes employées. Ainsi N. Levin (qui estime, comme nous l’avons vu, le nombre total des victimes Juives à 6 millions) dit, pour Auschwitz, que “par extermination directe” 22 millions de Juifs ont disparu, mais qu’il y en a encore 300.000 qui moururent ‘ les uns dans les chambres à gaz, les autres, de faim, de fatigue, de conditions de travail inhumaines, de coups et blessures et des chambres à gaz’(301). Par opposition, R. Hilberg (qui estime le nombre total à 5,1 million) stipule que un million de personnes sont mortes à Auschwitz ‘dans des chambre à gaz’(301). Ces auteurs varient aussi énormément dans leur estimation des chiffres de Maidanek, mais non pas exactement dans les mêmes proportions, c’est-à-dire 11 fois à 10 fois. N.Levin écrit: “Ce qui a eu lieu à Belzec avec des centaines de milliers de victimes Juives, eut aussi lieu à Treblinka, Sobibor et Maidanek”(302), alors que R. Hilberg parle de ‘dizaine de milliers’ de victimes pour Maidanek (303).

Naturellement, ces exemples de données soit non vérifiées soit hautement contradictoires, ne remettent pas en question l’immensitédu nombre des victimes de guerre, particulièrement des victimes Juives et polonaises, mais aussi d’autres peuples; en outre, elles ne sont pas essentielles s’agissant d’incriminer les auteurs des crimes de génocide, elles confirment cependant cette tendance, historiquement vérifiée, qui mène à toutes sortes d’exagérations concernant les événements historiques - les gloires aussi bien que les horreurs.

Elles nous rappellent aussi combien il est difficile de parvenir à la vérité historique: la trahison de cette vérité n’a jamais contribué à la disparition des erreurs historiques, mais, bien au contraire, à leur exagération, ce qui est oublié, comme par malédiction, de tous ceux qui manquent de respect pour la vérité et qui, foulant aux pieds les droits d’autrui et la vie elle-même, en tirent pour eux-mêmes quelque profit temporaire.

Qu’il en soit ainsi, que ce phénomène continue de se répéter, comme quelque loi inévitable, en flux continuels et au milieu des contradictions, peut être établi à partir de l’histoire de chaque peuple et, naturellement de celle du peuple Juif lui-même, depuis le temps de la Bible jusqu’à aujourd’hui. En fonction des circonstances historiques ou des changements, telle nation particulière victime de “sacrifice brûlé” devient à son tour celle qui inflige la violence génocide. Ou le contraire. En plus, ces nations oublient les faits de leur propre histoire, les événements cruels, et surtout leurs causes, qu’elles attribuent régulièrement aux autres.

 

Pages 160-161

En tout cela arrive au milieu des années quatre - vingts, alors que le judaïsme mondial éprouve toujours le besoin de nous rappeler ses victimes durant l‘“holocauste”, en allant même jusqu’à essayer d’empêcher l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, Kurt Waldheim, d’être élu Président de I’Autriche! Il n’y avait pas de raisons à cette conduite, étant donné que, pendant la IIè guerre mondiale (sous l’uniforme d’un officier subalterne de l’armée allemande), il n’a pu ni être l’auteur de “crimes de guerre” ni être en position de prendre des décisions qui ont mené à leur exécution. Mais exactement comme l’on peut être sourd et aveugle à ce qui arrive sous son propre nez sur l’ordre des généraux israéliens et de leur gouvernement, n’est-ce pas une preuve que l’étroitesse d’esprit et la stupidité prévalent - et le judaïsme n’est évidemment pas une exception à cette règle.

Et c’est précisément à cause de cela, l’exemple du peuple Juif a été, et demeure, instructif de multiples façons. Après tout ce qu’il a enduré au cours de l’histoire, spécialement pendant la seconde guerre mondiale, le peuple Juif va se lancer dans une politique si cruelle de génocide, que l’on peut l’appeler “Judéo-nazisme”. Et cela nous vient non pas de quelque anti-sémite endurci, mais d’un professeur israélien, J. Leibowitz, un des rares Juifs en faveur d’une reconnaissance des droits du peuple palestinien. La révolte palestinienne généralisée sur la rive Ouest et dans le territoire de Gaza (que les Juifs appellent Judée et Samarie, selon l’Ancien Testament) a révélé au monde, et à Israël lui-même, à la fin de 1987, qu’il ne s’agissait pas seulement d’une affaire d’expulsion des palestiniens, ou de l’OLP d’ Arafat, mais de celle du peuple palestinien vivant sous l’occupation israélienne. Et le fait que des hommes de 26 ans, c’est-à-dire des hommes nés après la guerre des Six Jours, au cours de laquelle Israël s’est emparé de territoires grands comme trois fois ce qu’il avait alors, - le fait que ces jeunes gens soient entrés sur la scène politique montre aussi bien le caractère intolérable de la politique ‘judéo - nazie’ et l’impossibilité de faire admettre à un peuple opprimé qu’il est privé de son droit à un foyer national. La politique systématique de construction d’établissements Juifs, à la place d’établissements palestiniens, la discrimination politique, économique et culturelle, aussi bien que l’oppression brutale de la population palestinienne—tout cela a contribué à élargir le fossé entre les deux peuples. Dans les vingt dernières années, 350 000 palestiniens des territoires occupés ont passé quelque temps dans les prisons israéliennes, ce qui représente plus de 50% de la population adulte. Dans les universités israéliennes, les arabes sont empêchés d’étudier l’aviation et l’électricité, aussi bien que la géographie et l’archéologie, étant donné que ces sujets touchent au problème des frontières ou à l’histoire. Et cela n’est encore, évidemment, qu’une forme de génocide spirituel, en comparaison a celui qui fut commis par les expulsions en masse et les représailles brutales (305). Que signifie ce passage facile du nazisme-fascisme au judéo - nazisme?

Lorsque un mouvement ou un peuple, un état ou ses alliances, une religion ou une idéologie, affronte un ennemi qu’il (ou elle) considère comme dangereux pour sa survie ou comme le principal obstacle à sa domination, il (elle) fera tout ce qu’il (elle) peut, il (elle) utilisera tout les moyens possibles pour contrôler son ennemi ou pour le détruire, s’il (elle) ne peut pas le soumettre à sa volonté Il (elle) sera seulement dissuadé de se conduire ainsi, si il (elle) court le danger d’être soi-même détruit(e) dans le processus.

 

Pages 172-173

Depuis l’origine des conceptions mythologiques jusqu’au développement postérieur des systèmes religieux et idéologique et même jusqu’aux conceptions philosophico scientifiques du monde, l’ esprit humain s’est toujours mû dans un labyrinthe hanté de contradictions concernant la signification ou la non signification de la violence dans l’existence historique. En effet, dans le processus historique aussi bien de l’individu que d’un peuple, la violence est un phénomène sous - jacent constant, la cause et la base de la survie ou de la disparition. Nous sommes confrontés à sa présence inévitable dans un match éternel et dans les changements que les coups du destin produisent; tout cela conditionne le destin historique, le destin particulier comme le général - c’est-à-dire: la Vie et la Mort, le Bien et le Mal, l’Amour et la Haine, l’Harmonie et le Conflit, la Guerre et la Paix, ou encore la béatitude de toutes les beautés et l’horreur de toutes les horreurs...

Comme nous avons pu le conclure de ce qui précède, au commencement (Juif) même de nos civilisations, qui deviendront plus tard occidentales, depuis les temps anciens où le sommet de la pensée historico - philosophique était représenté par le Dieu de la Bible, Jahvé - la violence génocidale est une apparition naturelle, en accord avec l’homme et sa nature sociale, aussi bien qu’avec la nature mythologico - divine. La violence est non seulement permise, elle est même recommandée; mieux même, elle est en accord avec les paroles du Tout puissant Jahvé; elle doit être utilisée toutes les fois que cela est nécessaire pour la survie ou le renouveau du Royaume du Peuple Choisi, ou pour la sauvegarde et la propagation de sa foi, la seule véritable.

En raisonnant de la sorte, la pensée historique humaine se trouve, évidemment, dès le début en contradiction avec elle-même. Consciente de la profondeur du gouffre et de la pression qu’exercent les efforts de la vie et les impulsions destructives, mais incapable de les éliminer de la réalité historique, elle est incapable de surmonter même son propre désespoir. Et si fort qu’elle cherche à s’élever au dessus du bien et du mal, au dessus des mouvements historiques et des périodes, elle perd pied, elle s’échappe de la réalité historique terrestre vers quelque félicité céleste, dans un autre monde, ou dans un futur radieux, libre de conflits, toujours vers un horizon inaccessible.

Toute violence est le fruit de la haine, qui est le contraire de l’amour, mais si voisin de celui-ci, qu’elle devient son autre côté, inséparable. Bien que- selon l’enseignement de la Bible— Dieu ait créé les hommes pour vivre dans l’amour, comme des frères, la haine, née de la jalousie, cherche à éliminer ses rivaux et mène au meurtre, depuis la première génération de l’homme (Gen. 4, 2-8). Et depuis le monde ne cesse d’été victime de la haine et de la violence (Prov. 2,24; Tit. 3,3). Et exactement comme Cain se dresse contre Abel, Esaü contre Jacob et les fils de Jacob contre Joseph, de même les Egyptiens se dresseront contre Israël (Ps. 105.25), les étrangers contre Jérusalem (Isa. 60.15). Les ennemis du peuple élu, le peuple de Dieu, sont des ennemis, ou des criminels, ce qui justifie la haine et la guerre sainte d’Israël contre tout ceux qui le haïssent (Deut. 7.1-6). Le principe: “Aime ton prochain et haïs ton ennemi!” (Mt. 5.43), en vertu duquel tout ennemi national (cad: d’Israël) était regardé comme un ennemi de Dieu, a nécessairement mené à la justification de même les plus scandaleuses violences. Dès lors, le Dieu d’amour est ambigu: il est aussi Dieu de haine, qui hait ses ennemis, les agresseurs et les pécheurs (Ps. 11.5; 31.7; 5.6.), qu’ils soient des individus (mais ces individus souvent désignent une communauté, comme Jacob - Israël, ou Esaü - Edom), ou des nations entières. Et ainsi pour préserver son identité et constituer un état indépendant, la pensée juive biblique a fait d’Israël le peuple choisi, le peuple saint qui, au nom de Jahvé, avait des droits spéciaux dans ses rapports avec tous les autres peuples (Deut. 7.6; 9.26; 14.2; Ezech. 19.5; Jos. 2.3), le peuple qui aspirait, grâce à la religion, à inclure tous les autres peuples en lui même, le peuple de Dieu, de telle sorte que le fils de David puisse régner sur tous les peuples (Ps. 2; 76.96.10; Is. 2.2; Zach. 14.16), et que Jérusalem devienne le centre du monde entier (Is. 2). Et tous les moyens

peuvent être employés pour réaliser ce but saint. Et pourquoi pas, quand le Tout Puissant Jahvé Lui-même est non seulement identifié au Peuple Juif, mais est aussi à son service: “Je serai l’ennemi de votre ennemi” (Ez. 23.22). Il s’ensuit de là que les guerres d’Israël seront les “guerres de Jahvé”, et leur but sera l’extermination totale de l’ennemi (Deut. 7.3; Jos. 6). Prédéterminée par l’état de son peuple, la pensée juive biblique a fait de Dieu un terrible guerrier qui, pour Israël, tue les premier-nés des Egyptiens (Ez. 12) et appelle “l’anathème” (c’est-à-dire la destruction totale) sur l’ennemi, aussi bien les êtres vivants que le butin. Le meurtre de l’ennemi devient l’un des principes religieux de la guerre sainte (Nb. 21.2...; Jos. 6), un principe qui ne doit pas être transgressé, parce que, si l’ennemi n’est pas détruit, la défaite suivra comme punition (I Sam. 15; Jos. 7). Pour obtenir une haine complète, l’ennemi est ravalé au rang du démon ou de bêtes féroces. Lorsqu’il réalise sa malédiction contre le peuple Egyptien, comme aussi bien contre les autres nations infidèles, Dieu lui-même menacera d’utiliser des bêtes sauvages (Ez. 7.26-8.28; Prov. 16.1-12; Deut. 28.26; Lev. 26.22). Et l’image terrifiante des cités et des villes abandonnés, laissés aux animaux sauvages, évoque celle de pogrom sur des communautés humaines entières ou même des nations (Is. 34.11...; Jer. 9-1000; 49-51; Zeph. 2.14..).

Née de la folie de l’oppression, de l’extermination, de la persécution, de la dévastation ou de la destruction, la pensée biblique ne voit pas d’autre route de salut pour celui qui est persécuté et menacé qu’une puissante contre-attaque: “Que le mal frappe l’oppresseur, qu’à chaque coup réponde un coup” (Ps. 140.12). De là il suit naturellement que de tels actes, aussi bien que toutes les formes de guerre sainte, ne sont pas considérés comme agressifs, mais plutôt comme un moyen de débarrasser le monde du mal. Mais il n’est que trop facile de franchir les limites entre violence justifiée et violence injustifiée. En imprimant le nom de justice sur tous les crimes, et d’un autre côté en acquiesçant à tous les types de violence pour pouvoir les dompter, la pensée biblique se rend compte qu’elle est prise dans un réseau de contradictions et de doubles-liens. C’est pour cela qu’au lieu d’approuver le fantastique pouvoir de la vengeance, elle se dresse contre les crimes d’une violence sans justification et ordonne: déplace les populations, ouvre le ventre des femmes enceintes, mets le feu, précipite les enfants sur les rochers, opprime les nouveaux arrivants (Am. 1.1-2.8; Ez. 3.9; 21-23; Deut. 24.20).

La pensée biblique comprend que chaque guerre de conquête, même les guerres saintes d’Israël, mène à de nouvelles guerres. Et que l’ennemi, que l’opprimé a été incapable de conquérir, périt à la fin des fins, victime de lui-même, de sa propre folie; Guerre et violence provoquent souffrance morale et hésitation spirituelle, et il n’y a pas moyen de s’en sortir. Et bien que le but de Dieu soit la paix, l’expérience montre que toutes les nations l’obtiennent par la victoire, laquelle résulte de la guerre et de la violence.

 

Pages 316-319

Tout cela montre que nous devons entreprendre des recherches objectives sur tous les camps et camps de travail, et en particulier sur celui de Jasenovac. Les crimes Ustashi – comme ceux des Tchetniks ou de tous les autres en des temps et des lieux différents—ne seront pas moins ‘énormes’, s’ils sont dépeints tels qu’ils ont été. Tout au contraire - en les exagérant monstrueusement, on obtient l’effet inverse: d’un côté, manque évident d’assurance et, de l’autre, production d’encore plus de haine irrationnelle. Les promoteurs du mythe de Jasenovac, depuis le tout début jusqu’à maintenant, insistent sur le fait que le camp de Jasenovac a été conçu dans le but explicite de liquider tous les prisonniers, et que chaque jour, des centaines et mêmes des milliers de Serbes, de Juifs, de Tziganes et de communistes ont été tués. La vérité est que ce camp était organisé comme “un camp de travail” et qu’il contenait de nombreux établissements agricoles et industriels. Des  MILLIERS , et même des dizaines de milliers, de malheureux ont été envoyés au camp, la plupart en petits groupes de dix ou de cent, mais beaucoup aussi étaient relâchés et envoyés dans des camps en Allemagne. Pendant toute la durée de leur séjour, les prisonniers étaient épuisés et torturés par des conditions de travail incroyablement contraires à l’hygiène, ils étaient aussi torturés et tués pour la plus mince désobéissance- spécialement les faibles et les vieux, et de temps en temps, ils étaient assassinés d’une manière bestiale, en petits ou grands groupes (en groupes de dix ou de cents), particulièrement pour venger l’assassinat d’ustashi ou parce qu’ils avaient tenté de s’échapper. C’est de cette façon que quelques milliers (probablement 3 ou 4) de prisonniers périrent. Pour la plus grande partie des Tsiganes, mais aussi des Serbes, des Juifs et même des Croates. Je suis persuadé que leur nombre peut être évalué précisément, sauf peut-être pour les Tsiganes, au moyen de recherches plus approfondies.

Lorsque l’on juge de l’état de ce camp, en prenant en considération son but aussi bien que les crimes qui y ont été commis, il est important de rappeler qu’ il était tenu au moyen, entre autres choses, d’un système d’auto-management par les prisonniers eux-mêmes. En ce domaine, je suis depuis longtemps arrivé à la conclusion que les individus qui ont expressément exagéré les crimes des ustashi, l’ont fait pour des raisons spécifiques et cachées. A ce sujet le rapport de Vojislav Prnjatovic, prisonnier de Sarajevo, contient une description assez authentique. Le rap- port a été écrit le 11.03.1942, après sa libération de Jasenovac, au département des réfugiés du gouvernement Nedic à Belgrade. Les prisonniers étaient employés à travailler sur des grandes étendues de terre dans la région entre Jasenovac et Stara Gradiska. Les propriétaires de ces terres étaient des Serbes, qui “étaient partie déportés volontaires, partie déportés forcés”. Et comme dans cette région, il existait une usine installée par les Frères Bacic inc., qui avait été saisie par l’Etat Croate, parce que Bacic avait émigré en Serbie”, il était dans intention des ustashi de faire spécialement de Jasenovac un camp de travail industriel, étant donné que de bonnes usines avaient été installées sur cette terre pour la production de chaîne, d’objets métalliques, de cadenas, de pinces, de fer-blanc, de tapisseries, d’armes, de pièces détachées d’automobile, d’appareils électriques, de briques, une scie à vapeur, une station d’électricité y avaient été installés, qui fournissait l’électricité à la ville elle-même”. Les prisonniers étaient divisés en trois groupes: “Les libres, les semi-libres et les ordinaires”, et l’administration oustachi coexistait avait l’auto-administration des prisonniers dans le camp. L’administration oustachie était responsable du commandement et de la supervision du camp, tandis que “L’auto-administration des prisonniers signifiait que les prisonniers eux-mêmes administraient la vie et le travail à l’intérieur du camp, selon les ordres et les désirs des oustachi. De cette façon, les prisonniers étaient responsables de ce qui concernait la nourriture et l’approvisionnement, ainsi que les questions d’ordre et de propreté au sein du camp”. Les “prisonniers libres” pouvaient non seulement se déplacer librement à l’intérieur du camp et dans la ville de Jasenovac, “mais ils allaient même, sans être accompagnés, dans des voyages d’affaire, dans toutes les régions de la Croatie, pour acheter des marchandises.” Les “prisonniers ordinaires” pouvaient se déplacer dans le camp pendant la journée, avec cette seule restriction qu’ils devaient se tenir à au moins 5m des fils de fer barbelés des clôtures. “A la tête de la hiérarchie des prisonniers” on trouvait le chef du camp, qui avait un adjoint, lequel était responsable des services d’approvisionnement et de comptabilité; ensuite venaient les chefs de bloc et les groupes de travail. La totalité du groupe de prisonniers chargés de l’administration était constituée de ‘prisonniers-libres’; et tous ces postes étaient occupés par des Juifs; sur les 25 chefs de bloc et chefs de groupe de travail, seulement trois étaient des Serbes. Chaque bloc avait son superviseur ainsi que 4 moniteurs. “Tous les prisonniers ... étaient employés selon leur qualification dans le civil”, et “là les ouvriers spécialisés ainsi que les artisans s’en sortaient le mieux, étant donné qu’ils étaient employables dans les ateliers”, et pour le travail à l’extérieur, mais seulement si les postes qualifiés étaient occupés.

“Les prisonniers-libres ne vivent pas dans le camp lui-même, mais dans la ville de Jasenovac, dans des appartements privés, où ils peuvent aussi faire venir leur famille. Et ainsi, ils vivent librement avec leur famille, à Jasenovac. Malheureusement, cela n’est le cas que des Juifs. “

“Les équipes de prisonniers reçoivent une nourriture spéciale, pour l’équipe, qui est bonne et savoureuse, et ils reçoivent une miche de pain entière par jour de 0.900 kg.” Cela s’applique à ceux qui travaillent dans les équipes, tandis que “les prisonniers ordinaires reçoivent la nourriture ordinaire”, qui, comme celle fournie pour les malades, est “en dessous de tout standard”. La mauvaise alimentation, le dur travail et les conditions anti-hygiéniques entraînaient l’affaiblissement des prisonniers “ce qui les menait directement à leur mort, étant donné que lorsqu’ils deviennent malades et épuisés, ils sont alors systématiquement “liquidés”. C’est seulement en janvier 1942, avant l’arrivée d’une Commission internationale, qu’un service de première urgence et un hôpital ont été établis, mais les prisonniers n’y étaient envoyés que dans la plus extrême nécessité étant donné que les ustashi “faisaient irruption dans l’infirmerie et dans l’hôpital toutes les deux ou trois semaines”, en tiraient les malades et les liquidaient devant l’hôpital ou dans le cimetière. Tous les prisonniers, sauf ceux qui étaient a l’hôpital, devaient travailler, et si la discipline est violée, l’ustasha “avait le droit de tuer le prisonnier sans encourir la moindre culpabilité”, et “pas un jour ne se passe sans qu’au moins un ustashi n’utilise ce droit”. A côté de ces meurtres individuels, il y avait occasionnellement des “meurtres en masse”, lorsque de nouveaux convois arrivent, ou lorsque l’effectif du camp “dépasse 100.000”, et que les ustashi appellent a une “attaque” pour sélectionner “un nombre déterminé de prisonniers dans le but de les liquider”. Concernant les nombres, Prnjatovic soutient que de décembre 1941 à janvier 1942, “environ 3.400 nouveaux arrivants furent tués”. Les Juifs étaient de 5 à fois plus nombreux que les Serbes? Parce qu’ils “étaient arrivés plutôt et qu’ils avaient accaparé toutes les responsabilités les plus importante dans la hiérarchie des prisonniers”, de manière à maintenir leurs privilèges, “ils intriguaient continuellement et d’une façon habile les Serbes”, mais “comme les ustashi avaient plus de confiance dans les Juifs”, “les Serbes en plus des mauvais traitements que leur infligent les ustashi, subissaient aussi ceux que leur infligent les Juifs”: “Un Juif reste un Juif, même dans le camp de Jasenovac. Dans le camp, ils gardent tous leurs défauts, sauf qu’ils deviennent plus visibles. Egoïsme, habileté, avarice, tromperie et manie du secret sont leurs principales caractéristiques.” (492). Ce jugement de Prnjatovic semble exagéré, on pourrait même dire qu’il est de caractère anti-sémite, mais d’autres témoins parlent de la même façon. Certains des officiels Juifs du camp étaient armés et prenaient part aux meurtres (493). Qui plus est: c’est les Juifs qui, dans une large mesure, “conduisaient les processus de sélection”, càd qu’ils choisissaient quels prisonniers seraient liquidés, et faisaient en partie les exécutions.

D’autres témoignages de ce genre sont encore renforcés par Ante Ciliga, ancien membre du Politburo du CC du Parti Communiste deYougoslavie, sur la base d’expériences personnelles. Il a passé plus d’une année (du 14. 12. 1941 au dernier jour de 1942) dans une prison oustachie et dans le camp de Jasenovac. Ensuite, jusqu’à l’été 1944 il était à Zagreb. Dans ses Mémoires, il compare les pires camps de Pavelic à ceux de Staline en Sibérie, auxquels il a aussi survécu, mais, dans sa perspective marxiste, il aborde la question de la façon dont les Juifs se comportaient dans le camp (494). Bien que le camp de Jasenovac ait été modelé sur les camps allemands, puisque même les baraques d’habitation avaient été importées d’Allemagne, sa “spécificité” consistait précisément dans la condition et le rôle des Juifs. “A Jasenovac, les Juifs étaient responsables de la gestion du camp; ils étaient la force intérieure dans le camp”. Le commandant ustashi du camp n’était responsable que de la désignation du prisonnier chargé de la gestion des prisonniers; ce dernier choisissait ses collaborateurs, les responsables de la gestion du camp, et ceux-ci à leur tour choisissaient leurs subordonnées, pour “les équipes”, pour “les centaines”, pour les “dizaines”.. Et ils étaient tous, “de la plus haute position à la plus humble, depuis l’administrateur, jusqu’au gardien des vaches”, des Juifs” “avec quelques rares exceptions”. Le fait que l’administration du camp était laissée aux mains des Juifs était en contradiction avec l’antisémitisme officiel du régime de Pavelic, que Hitler lui avait imposé. S’il en est ainsi, c’est parce que le parti de Pavelic, d’une façon ou d’une autre, “était fondamentalement philosémite, en particulier, c’était le parti Juif parmi les Croates”, c’est aussi parce que “les Juifs étaient son adversaire le moins dangereux en Croatie”. C’est aussi parce que “les Serbes représentaient l’ennemi n° 1, et les communistes l’ennemi n°2" (495). Les Allemands eux-mêmes en étaient arrivés à cette conclusion, dans le rapport mentionné plus haut, à savoir qu’en définitif, la question Juive – dans l’esprit des directives allemandes – était résolue seulement en Serbie, et non pas dans l’Etat indépendant de Croatie, étant donné que les Juifs y trouvèrent la protection de l’Eglise catholique contre le gouvernement (496).

La participation des Juifs à la liquidation des tziganes à Jasenovac devient explicite dans l’affaire dite de l’or des Tziganes (1942). “Le processus de liquidation à Gradina - écrit Ciliga - fut aussi réalisé par un groupe de Juifs” et comme les Juifs étaient responsables des magasins “où les biens appartenant à ceux qui avaient été liquidés étaient placés et classifiés”, ils tombèrent sur de grandes quantités d’or qui avait été cousu dans les vêtements des victimes. Pour pouvoir dissimuler à l’extérieur du camp les ducats ainsi cachés (“pour des temps meilleurs”) les Juifs suscitèrent l’intérêt de certains oustachi, en particulier d’un lieutenant, qui était le frère du commandant du camp. Mais comme l’un des membres de l’administration du camp les plus engagés révéla cette affaire à Luburic, le lieutenant ustashi ainsi que cinq Juifs compromis dans l’affaire—des membres de l’équipe de direction du camp—furent exécutés devant tous les prisonniers, et la personne qui avait révélé le vol fut nommée par la suite administrateur du camp. Dans une autre affaire, quatre personnes furent tuées parce qu’on les surprit en train de vendre des marchandises du camp. Deux d’entre elles étaient des gardes ustashi du camp, qui aidaient les Juifs chargés des magasins du camp à expédier des marchandises à l’extérieur. Ces cas montrent qu’il y avait une connexion entre l’administration du camp et le commandement ustashi. Ce dernier eut recours à des mesures drastiques pour préserver “la pureté” dans ses rangs. Mais dans le camp, et particulièrement parmi les Juifs, c’était, pour ainsi dire, “norme générale... que l’on pouvait faire des dénonciations auprès des ustashi, si cela pouvait vous être de quelque utilité”. Lorsque le “groupe Juif’ (“D”) eut été liquidé a cause de l’affaire de l’or, “c’est parmi les tziganes que fut désormais choisie l’assemblée des assassins”. “Ils recevaient une nourriture spéciale, avec du vin”, jusqu’à ce que leur tour vienne (497).

 

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Selon Ciliga. c’est le caractère particulier de la religion des Juifs qui explique leur conduite. Ils “gardaient jalousement le monopole de l’administration interne du camp” et “prenaient l’initiative lorsqu’il s’agissait de préparer et de provoquer des meurtres non seulement individuels mais de masse, parmi les non-Juifs, communistes, partisans et Serbes.” “Cette dureté et cette irrationalité propres à l’Ancien Testament, ce double standard de Moïse, ces deux lois régissant une seule et même chose, selon qu’elle s’applique à un Juif ou à un non-Juif, et pour finir le commandement suprême de Moïse ... Dieu te commande d’exterminer les autres et de prendre leur place, puisque vous êtes le peuple élu” - tous ces principes sont vivants d’une certaine façon dans ce groupe et “ le gouvernent”. D’où leur impitoyable dureté et leur orgueil plein de confiance en soi: “Tu tues les autres pour te sauver, toi-même et ton groupe”. Comme ils sont, en moyenne, plus intelligents et plus éduqués que les autres, “les Juifs règlent la question des meurtres mutuels d’une manière bien plus intelligente et prévoyante, à leur avantage.” De leur point de vue, tuer était “justifié non seulement par des raisons égoïstes, mais aussi par des raisons morales.” Le principe du monothéisme adopté par Moïse et le fait qu’il s’agissait du peuple élu, faisait que le peuple Juif était tout à la fois la “plus fermée” de toutes les nations et “la plus universelle”. L’universalisme et l’internationalisme ne sont que l’un des monuments élevés au nationalisme Juif. Et à Jasenovac: “ce n’est pas les non Juifs qui commencèrent par séparer les Juifs d’eux-mêmes ... mais ce sont les Juifs qui, les premiers, se séparèrent, en se proclamant le peuple choisi”. Comme ils sont séparés, “ils pensent comme un peuple séparé, ils pensent qu’ils ont le droit de faire ce qu’aucun autre peuple n’a le droit de faire... en s’imaginant qu’ils sont tellement plus intelligents que n’importe quel autre peuple, ils croient qu’ils pourront éternellement duper et jouer le monde entier”. Et c’est pour cette raison que “Jasenovac... mutatis mutandis représente l’histoire mondiale des Juifs pour près de deux mille ans.” Les Juifs provoquent envie et haine, mais tout particulièrement parce qu’ils sont “la nation la plus malheureuse dans le monde”, toujours les victimes “de leurs propres ambitions aussi bien que de celles des autres nations”, et quiconque essaie de montrer qu’ils sont eux  mêmes les causes de la tragédie Juive, est immédiatement classé parmi les anti-sémites, et s’attire la haine des Juifs (499).

Le récit de Ciliga montre qu’on avait confié aux Juifs l’administration de la prison du camp jusqu’en 1944: à ce moment, le camp avait eu trois officiels Juifs (Diamanstein, Spiler et Wiener), et qu’ils furent suivis par deux communistes croates (R. Vlah et V. Bornemisa). Ces changements se produisirent, dit-on, en résultat d’un changement dans la politique ustashi, dans le contexte, lui-même changeant, de la guerre (500).

 

 

Notes:

273. Le thème des offrandes brûlées se trouve dans les textes bibliques en relation aux peuples élu, le peuple Juif. Les victimes offertes à Dieu étaient aussi bien animées qu’inanimées: nourriture, diverses espèces d’animaux, mais aussi bien être humain. Peu à peu les offrandes au Temple bannissent le sacrifice humain, en faveur du sacrifice animal, mais dans le Nouveau Testament, “Le servant de Dieu offrira sa vie comme victime en signe de réconciliation” (Isaïe, 53). La meilleure illustration de la continuité de la conception de la victime entre l’Ancien et le Nouveau Testament, est fournie par le Christ lui-même: lorsqu’il s’offre lui-même comme victime sur la Croix, c’est à la fois un acte d’holocauste, d’expiation et un sacrifice de groupe (cf. BT, 1571-9). Pour les anciens Grecs, l’holocauste (holos= “entier” + caustos = “brûlé”) était la cérémonie au cours de laquelle une victime était entièrement brûlée ( ch. B. Klaic, Rjecnik starih rijeci, 1980, p. 551). Sur la remise en circulation du terme par E. Wiesel, ch. Glas Koncila, XXVI, 36 (691), 06. 09. 1987, 1, 4.

 

274. N. Levin, The Holocaust. The destruction of European Jewry 1933- 1945, 1973, text with photograph between p. 158-159.

 

292. G. Reitlinger, The final Sollution, 1953, estime que les pertes Juives vont de 4 194 000 à 4 591 000 victimes, et J.Lestchinsky, sur la base d’informations provenant de l’American Jewish Congress de 1945 et 1955, place ce chiffre à 5 957 000. N. Levin est aussi en faveur de cette valeur de 6 000 000 (1968 et 1973); cf. N. Levin, op., cit., p. XII et 715-718.

 

293. R. Hilberg, op., cit., p. 670. 767.

 

294. Voir N.Muhlen, The Return of Germany, Chicago, 1953, p. 157; R. Hilberg, op. cit., p. 677.

 

295. Mentionné plus haut: cf. Levin, op., cit., p. 514-517.

 

296. Mentionné plus haut: K. Ploetz, Auszug aus der Geschichte, 1968, p. 1537.

 

297. Déclaration relative aux dommages de guerre et aux pertes subies par la Pologne (1939 1945)

 

298. Mentionné plus haut: The Columbia - Viking Dzsk Encyclopedia (1964), p. 755; Enciklopedija leksikografskog zavoda, 551961), p. 592; Mala enciklopedija Prosvete (1959), p. 222; Leksikon JLZ, p. 715.

 

299. Dans Encyclopedia LZ (1978), p. 502: pour Maidanek) le chiffre cité est de 4 millions, et dans le Leksikon LZ (1974), p. 580, le nombre des victimes est: 200 000 Juifs et 160.000 Polonais.

 

300. N. Levin, op. cit., p. 316

 

301. R. Hilberg, op. cit., p. 572-573

 

302. R. Hilberg, op. cit. p. 313.

 

(303) R. Hilberg, op. cit., p. 572 - 573. Dans les tableaux de la p. 572, on trouve le nom de ‘Dublin’, mais sur la carte n°7, p. 573, il est évident que le terme se réfère à ‘Dublin (Maidanek)’

 

492. Voir A. Miletic, op. cit, III, p. 106-119. Il est dommage que dans son traitement des documents, Miletic n’ait pas essayé d’expliquer l’illogisme évident des dates: dans son texte, Prnjatovic déclare qu’il a été envoyé du camp de Jasenovac “le 30 mars”, alors qu’en haut et en bas du document, on trouve la date: “ 11 mars 1942”, et que dans le vol. I, dans le document n.° 82, sur lequel Prnjatovic se base, il est stipulé que ce ‘rapport’ devait prendre effet après cette date. Ainsi, d’un point de vue formel, au lieu d’avoir des documents clairs, nous avons la confusion.

 

493. Le prisonnier Branko Popovic rapporte, le 14.4.42, à sa Libération de Jasenovac, comment un Juif, appelé ‘le Bulgare’, a battu un dénommé Ivic, alors qu’il était malade, et l’a ensuite tué d’un coup de couteau (cf. Miletic, op. cit. III, p. 128).

 

494. Ante Ciliga, Sam Kroz Europu u ratu [Seul à travers l’Europe en guerre], Rome, 1978, p. 217-346.

 

495. Même auteur, p. 227, 230-233, 278-279.

 

496. Cf. R. Hilberg, op. cit., p. 433- 442; N. Levin, op. cit., p. 511-517; B. Krizman, Ustashe i Trci Reich [les Ustashi et le Troisième Reich], p. 337- 338.

 

497. A. Ciliga, op. cit., p. 233-237, 252-253, 265.

 

499. A. Ciliga, op. cit., p. 275-277; 280-287; 307 - 312.

 

500. Même auteur, p. 337.

 

 

 

Source : http://www.science-dialogue.com/2-3NR-complet.pdf

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Rédigé par brunorosar

Publié dans #Littérature et médias

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