Davor Butković

Publié le 24 Octobre 2010

Davor Butković


 

1. Biographie

Davor Butković est un journaliste né à Zagreb en 1965.

Il commence à s'occuper de journalisme à partir de juin 1981. Durant les années 80 il écrit dans le Džuboks, Polet, Start, Danas, Studentski list et Mladina.

A partir de 1990 il écrit des éditoriaux dans le magazine Globus. En 1992 il est nommé adjoint du rédacteur en chef. Il occupe cette fonction entre 1995 et 1997, puis entre 2000 et 2002. En compagnie de Tomislav Wruss et Zdravko Milinović il fonde le journal Jutarnji list en 1998 dont il devient rédacteur et éditorialiste.



2. Anecdote

En février 2008, Davor Butković sollicite le Premier ministre, Ivo Sanader, pour une interview. Il envoie sa demande d'entretien par SMS et fournit son adresse mail pour recevoir les réponses. Le Jutarnji list publie alors une interview d'une page attribuée au Premier ministre, avec notamment des questions sur les démarches de Zagreb visant à intégrer l'Union européenne. Mais le jour même, le gouvernement publie un communiqué niant tout contact entre Ivo Sanader et le journaliste de Jutarnji List. Le lendemain, un journal rival, le Večernji list, publie une interview de celui qui assure avoir été à l'origine du canular. Il s'agit d'un étudiant en journalisme, un certain Viktor Zahtila. Le jeune homme affirme que c'est lui qui a reçu le SMS par erreur puis envoyé les réponses. Pour lui, il ne pouvait s'agir que d'une blague. Tout cela vaudra une très brève éclipse de Davor Butković, prié par sa rédaction de se faire oublier quelque peu, du moins le temps que l'affaire se tasse.



3. Article

L'effondrement du pouvoir en Croatie provoque un profond sentiment de dégoût

L'effondrement du pouvoir en Croatie provoque un profond, et presque insupportable, sentiment de dégoût. La grande question est de savoir s'il faut vraiment tolérer un tel pouvoir, quand bien même s'agit-il de réaliser le plus vite possible les objectifs stratégiques [adhésion de la Croatie à l'UE, N.D.T.].

En plus de 20 ans que j'ai passés dans le journalisme politique, jamais, au grand jamais, je n'avais vu un effondrement du pouvoir en Croatie aussi pénible que celui auquel nous assistons ces derniers mois.

A la fin des années 80 et au début des années 90, les communistes se sont retirés du pouvoir sans faire de vagues. Et à la fin des années 90, il n'est pas venu à l'idée au HDZ de Tuđman de faire traîner en longueur la mise en oeuvre des élections parlementaires, quoiqu'ils tentèrent de profiter de la circonstance extraordinaire que le premier président croate eût quitté la scène en mourant quelques semaines avant qu' Ivica Račan et Dražen Budiša ne remportent les élections du 3 janvier [2000]. 

Le chaos auquel on assiste dans la vie politique croate n'est pas seulement inédit (du moins dans de telles proportions), mais il menace sérieusement les derniers restes de crédibilité des institutions politiques croates.

Tout d'abord, il est clair que tous les acteurs de la scène politique croate mentent publiquement, y compris même lorsque cela n'est pas nécessaire.

Toute la direction actuelle du HDZ affirme que Damir Polančec, leur collègue d'hier et jusqu'il y a peu vice-Premier ministre, ment effrontément.

Damir Polančec en exposant toute une série de détails montre qu'il dit néanmoins la vérité dans certaines situations, ce qui, en retour, démontre que les membres du Gouvernement et la direction du HDZ mentent.

Certains documents, qui ont été publiés après que Sanader eut témoigné sur l'INA, suggèrent que l'ancien chef du Gouvernement a menti.

Par conséquent, si tous mentent sur des questions relativement bénignes - le contrat sur l'INA qui ne fait pas l'objet d'une enquête judiciaire - à quels mensonges peut-on alors s'attendre dans des cas plus graves ?

En outre, le gouvernement se lance dans des machinations si transparentes, et encore une fois inutiles, que l'opinion n'y voit qu'un tissu de mensonges.

Un de ces coups tordus typiques serait de faire croire que le SDP et Ivo Sanader collaborent pour renverser le gouvernement. Cette formule, à laquelle ne cessent de recourir Jadranka Kosor et ses plus proches collaborateurs, est à ce point sotte qu'il n'y a pas besoin de la démentir si ce n'est par une banale affirmation : Sanader est l'homme du HDZ, et non pas du SDP.

L'information, qui agite les cercles de l'opposition, selon laquelle la thèse sur la collaboration entre Sanader et le SDP émane de l'ambassade américaine, même si elle était vraie, n'autorise pas madame Kosor à ânnoner quelque chose dont la fausseté est manifeste.

Le Gouvernement croate actuel ne bénéficie que d'un appui populaire minime. Parmi les citoyens croates, comme le montrent tous les sondages les plus récents, il règne la certitude que le Gouvernement n'est pas valable.

Il en découle que le Gouvernement est fortement pressé de s'en aller.

Pour tenter de se soustraire à cette pression le Gouvernement se surpasse en mensonges et en enfumages de tout poil.

On sait pourtant ce qui arrive aux politiciens qui sont pris en flagrant délit de mensonge : ils se voient toujours forcés de s'en aller et de laisser les citoyens libres de décider de ce qu'il faut faire d'eux au moment des élections. 

Mis à part le chaos, les mensonges et les accusations réciproques, qui ont tellement empesté l'espace public croate qu'il en est devenu désagréable et accablant de regarder les informations télévisées objectives, le sentiment de nausée qui a fini par submerger le monde politique et la population croate, a reçu une forte contribution de la présidente de la Cour constitutionnelle, Jasna Omejec.

Quel que soit le contenu juridique de la décision rendue par la Cour constitutionnelle de ne pas convoquer de référendum concernant la Loi sur le travail (même si en se prononçant de la sorte la Cour constitutionnelle a contesté la volontée exprimée par presque 800.000 citoyens, ce qui ne fait qu'entamer un peu plus la situation politique dans le pays et le reste de confiance dans ses institutions), il faut néanmoins dire que la déclaration de madame Omejec, qui s'est laissée aller à disqualifier politiquement les organisateurs du référendum, est non seulement injurieuse, mais qu'elle représente un scandale politique de premier ordre, après quoi plus personne ne croira en la Cour constitutionnelle.

Non seulement parce que Jasna Omejec parle en lieu et place de Vladimir Šeks et Jadranka Kosor mais parce qu'une juge, et en particulier la présidente de la Cour constitutionnelle, n'a pas à accuser les protagonistes légaux de la scène politique d'intentions subversives (sauf si éventuellement ils ont appelé à un coup d'Etat, ce que les syndicats n'ont certainement pas fait).

Ainsi, malheureusement, la Cour constitutionnelle est-elle venue se joindre au Gouvernement, à la direction du HDZ et aux anciens chefs du HDZ dans le tournoi qui consiste à celui qui polluera le plus la scène politique croate.

Il est tout à fait clair que pour la Croatie de nouvelles élections sont nécessaires sans plus tarder. Parce qu'il faut que le pays, qui traverse une profonde crise politique morale et économique, soit dirigé par un Gouvernement qui disposera d'une véritable légitimité, homologuée par le vote des électeurs.

La seule véritable question qui se pose, lorsqu'il est question d'élections anticipées, est celle de l'achèvement des négociations avec l'Union européenne.

Bruxelles a clairement fait savoir à l'opinion croate que les élections pourraient menacer le bouclage des négociations.

D'un côté, il s'agit d'un paresseux réflexe naturel de l'euro-bureaucratie qui ne souhaite aucun changement avant que n'aboutisse un travail énorme, lent et difficile mené avec la Croatie.

Mais admettons même que Bruxelles ait raison, admettons que des élections anticipées puissent retarder la fin des négociations.

Dans ce cas la Croatie aurait à faire face à un choix stratégique.

Ne rien risquer ou, en revanche, changer le Gouvernement qui nuit à la Croatie à bien des égards, et cela même au prix de prolonger l'entrée dans l'UE.

Ce journal a toujours soutenu presque sans réserve l'entrée la plus rapide de la République de Croatie dans l'UE. Toutefois nous ne sommes pas sûr que la Croatie puisse endurer encore un an ou plus le Gouvernement actuel qui ne semble définitivement plus capable de gouverner et à qui plus personne n'accorde crédit.

Pour la Croatie la meilleure solution serait à vrai dire que les élections soient convoquées aujourd'hui et qu'au plus tôt, déjà début de l'année prochaine, soit formé un nouveau Gouvernement qui pourrait immédiatement prendre les dernières décisions cruciales concernant la fin des négociations.

S'agissant des affaires intérieures, nous sommes convaincus que le nouveau gouvernement, quelle que soit l'issue des élections, ne reculera pas d'un millimètre dans la lutte contre la corruption.

Garantir les conditions pour que réussisse la campagne anti-corruption est l'une des tâches essentielles de toute équipe gouvernementale en Croatie.

Source : balkanikum.vefblog.net, le 23 octobre 2010. Article original publié dans le Jutarnji list.




Rédigé par brunorosar

Publié dans #Journalistes, chroniqueurs et photographes

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