Croatie-Libye

Publié le 9 Septembre 2011

I. La Croatie subit les « dommages collatéraux » de la guerre en Libye


 

Entre la Croatie et la Libye, l’amitié remonte à l’époque yougoslave. Elle avait été réactivée par Stipe Mesić, qui cultivait de bonnes relations avec le colonel Kadhafi, malgré les pressions et les mises en garde américaines. Beaucoup d’entreprises croates étaient fortement présentes sur le marché libyen, et plusieurs contrats importants étaient en vue. Or, la guerre remet tout en cause. Un sale coup pour une économie croate déjà bien fragile.


L’incertitude qui prévaut en Afrique du nord, et en particulier la guerre en Libye, dont la durée et l’issue sont difficiles à prévoir, ont infligé un coup dur à l’économie croate, déjà fragilisée par une longue récession.

Dans les années 2000, les relations entre Zagreb et Tripoli inspiraient l’optimisme. Lorsque le fils du colonel Muammar Khadafi, Saif Al-Islam avait investi sur les côtes croates de l’Adriatique et invité le Président croate de l’époque, Stjepan Mesić, à visiter Tripoli, Zagreb avait espéré réaliser de grandes affaires. On pensait que 20000 travailleurs croates auraient pu trouver du travail dans les chantiers en Libye, mais aussi que de grandes entreprises croates comme la compagnie pétrolifère INA, l’industrie pharmaceutique Pliva ou l’industrie alimentaire Podravka parviendraient à se faire une place sur le marché libyen.

L’ancien Président croate a visité la Libye à deux reprises et s’est lié d’amitié avec Khadafi, ce qui permit aux affaires de repartir de plus belle. Même si cela ne fut pas à la hauteur escomptée, l’énorme marché libyen avait commencé à s’ouvrir à la Croatie. Celle-ci avait toujours entretenu des relations très amicales avec le régime de Khadafi, depuis l’époque où elle était une république yougoslave. Beaucoup d’entreprises croates étaient ainsi installées en Libye. Dans ce contexte, les contacts commerciaux étaient naturellement restés actifs, d’où la facilité à relancer la collaboration d’autrefois.

Certes, l’administration américaine ne voyait pas d’un bon œil l’amélioration des relations entre la Croatie et la Libye, en particulier les rapports amicaux entre Stipe Mesić et le colonel Khadafi, au point qu’elle mit la pression à Zagreb qui se trouva ainsi entre l’enclume et le marteau. Cela se passait juste avant l’entrée de la Croatie dans l’Otan, et il était certainement inopportun d’agir de manière trop autonome en politique étrangère, en particulier avec des pays inscrits la liste de ceux qui soutenaient le terrorisme par l’administration américaine. D’un côté, la Croatie avait donc intérêt à entrer à l’Otan, mais de l’autre les possibilités offertes par le marché libyen étaient fort attrayantes... Les deux objectifs ne pouvaient guère être poursuivis en parallèle. Lorsque Khadafi se rendit en visite officielle en Italie et en France pour rencontrer Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy, les pressions américaines sur la Croatie se firent moins ressentir.



Les entreprises croates en Libye

L’entreprise croate Adria-mar a travaillé, au cours de ces dernières années, à la construction de navires de guerre pour la flotte libyenne, activité qui remonte à la période de la Yougoslavie, mais qui a récemment connu un renouveau, avec des contrats allant jusqu’à 70 millions d’euros. La grande entreprise immobilière Vijadukt de Zagreb avait emporté un appel d’offre pour la construction de 300 km d’autoroutes, pour un coût de 130 millions d’euros. À l’heure actuelle, tout cela est suspendu, comme du reste les travaux de l’entreprise Crosco, qui recherche des puits pétrolifères et des gisements de gaz naturel, ainsi que l’activité des entreprises immobilières telles que Geofizika ou Montmontaža.

Selon les analystes politiques et économiques, il est peu probable que la Croatie revienne à court terme sur le marché libyen. Quelle que soit l’issue de la guerre, un nouveau repositionnement politique, condition préalable à toute collaboration économique, sera délicat pour Zagreb. Si les forces pro-Khadafi l’emportent, on n’oubliera pas que la Croatie a fortement soutenu les attaques aériennes occidentales. Au contraire, si les insurgés prennent le pouvoir, ils n’oublieront pas que la Croatie n’a pas fait partie des pays qui les ont reconnus ou acceptés dès le début comme la France, l’Italie ou le Qatar.



Belgrade, Zagreb, Ljubljana, ensemble sur le marché nord-africain

L’Afrique du Nord ne représente pas un intérêt majeure pour la seule Croatie, mais aussi pour les autres pays de la région, comme en témoigne la récente rencontre entre le Président serbe Boris Tadić, la Premier ministre croate Jadranka Kosor et le Premier ministre slovène, Borut Pahor. Après leur rencontre à Smederevo, en Serbie, au début du mois d’avril 2011, le trio a annoncé une coopération entre les entreprises de chaque pays pour pouvoir accéder ensemble à un marché plus ample, en se référant en particulier aux pays nord-africains.

Ce sera peut-être une autre opportunité pour la Croatie de revenir sur ce marché qui l’intéresse, par le biais d’une stratégie commune avec les autres pays de la région. Reste à savoir cependant quand et comment cette partie du monde retrouvera sa stabilité.



Par Drago Hedl
Traduit par Mandi Gueguen

Source : balkans.courriers.info, le vendredi 22 avril 2011
Article original daté du 13 avril 2011.

 

 

 

II. Des chiens de guerre pris dans la souricière


 

Le pénible voyage à travers la Tunisie torride devait s'achever par une rencontre avec Zafir, le chef des rebelles de Tripoli. En effet, les postes de l'armée tunisienne forment un épais quadrillage et les contrôles de documents se sont avérés atrocement irritants.

J'ai fait la connaissance de Zafir par téléphone mais j'ignore à quoi il ressemble. Par chance lui me reconnaît et il m'attrape aussitôt dans une accolade.

- Pourquoi t'es nerveux, l'ami ? il me serre et rit. Tu sais, quand tu entres en Libye, t'as pas intérêt à être nerveux. Ça ne sert à rien. La dernière fois j'ai attendu sept jours dans la colonne pour remplir le réservoir d'essence. Mais cela a valu la peine, enfin nous sommes libres.

Nous nous sommes installés dans le véhicule de Zafir et avons attendu encore quelques heures avant d'enfin fouler le sol libyen et de continuer à rouler en direction de la ville de Zoara. Là-bas Zafir m'a arrangé une rencontre avec Abdulah Abu Kashas, le commandant des rebelles de cette ville. C'est justement dans cette ville que deux ressortissants croates accusés d'être des mercenaires de Kadhafi ont été arrêtés. Au poste à l'entrée de la ville celui-ci nous attendait fin prêt. Tout en prenant place sur le siège arrière à côté du garde du corps Abu Kashas me salue puis il s'adresse à Zafir :

- Quittons cette route parce qu'elle n'est pas sûre. Il en existe encore qui nous tirent dessus. Hier ils ont canardé un de mes combattants. Par chance il n'est que légèrement blessé - raconte Abu Kashas. Et pendant que nous entrons dans la ville, il montre de la main :

- Voilà, ici des combats acharnés ont eu lieu parce qu'en plus des soldats de Kadhafi nous avons été attaqués par des mercenaires.



Une superbe Ukrainienne

- D'où viennent-ils ?, ai-je demandé.

- Mais de partout. Des pays africains, de Russie, de Biélorussie, d'Ukraine...

- Et de Croatie ?, l'ai-je coupé.

- Nous tenons deux prisonniers, d'après ce que je sais. L'un s'appelle Zoran et l'autre Jura. Mais ils n'avaient pas de documents sur eux parce que Kadhafi confisque tous les documents aux mercenaires afin qu'ils ne puissent pas s'enfuir, explique Abu Kashas. Puis il ajoute :

- On trouve de tout parmi les mercenaires mais j'ai surtout été interloqué lorsque nous avons arrêté un groupe d'Ukrainiens, parmi lesquels se trouve une superbe Ukrainienne. Elle était tireur d'élite et lorsque je lui ai demandé comment une aussi jolie femme peut être une tueuse, elle m'a répondu que pour autant d'argent reçu n'importe qui peut être tueur.

- Et qu'en est-il des deux Croates !?, ai-je poursuivi pour le ramener au sujet. Où sont-ils maintenant ?

- Ils ont été ici pendant trois jours avant d'être amenés à Tripoli pour de plus amples interrogatoires. Maintenant ils sont sous la responsabilité du Conseil national libyen.

- Sait-on d'où ils viennent, de quelle partie de la Croatie ?

- J'ai discuté avec eux en anglais car ils parlent parfaitement l'anglais, mais ils n'ont pas voulu dire de quel endroit de la Croatie ils sont originaires, explique Abu Kashas. Ils disent qu'ils sont venus dès que le conflit a éclaté, qu'au début ils ont reçu quatre mille euros par mois et que leur salaire devait être augmenté d'encore mille euros, cela justement lorsque nos forces sont entrées à Tripoli. A ce moment des appartements, des voitures, des lingots d'or... leur avaient été promis.


 
Des professionnels balèzes
 

- Est-ce qu'ils ont cru pouvoir gagner cette guerre ?

- Oui et c'est ce qui est le plus tragique. Certains ont reconnu qu'ils ne s'attendaient pas à une telle résistance et qu'ils pensaient que tout s'achèverait rapidement. C'est pourquoi on en dénombre autant. Rien que dans la ville de Zoara on en a arrêté 150.

- A quoi ressemble ceux venus de Croatie ?, ai-je cherché à savoir. Des gars ordinaires, complètement paumés, ou bien des professionnels.

- Des gars ordinaires ma parole ! De vrais chiens de guerre. Baraqués, surentraînés.

- Et qu'est-ce qui va leur arriver ? Quel sort les attend ?

- S'il est prouvé qu'ils ont tué, ils seront jugés en vertu de la loi libyenne, ce qui signifie la peine de mort. Malheureusement tellement de gens innocents ont été tués rien que dans cette ville que je doute qu'ils prouvent leur innocence, dit encore Abu Kashas.


Source : vecernji.hr, le 8 septembre 2011.

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Divers

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