Brioni

Publié le 26 Décembre 2009

Brioni

 


Brijuni.jpg

C'est sur l'îlot de Vanga, dans le petit archipel de Brioni, devant la côte, que le maréchal Josip Broz Tito, le leader communiste yougoslave, avait un de ses rendez-vous de chasse. C'était, en fait, une maison de style très moderne, où il se détendait dans l'intimité en pratiquant différent hobbies, dont la menuiserie et l'horticulture. Pour les grandes chasses à l'ours, au sanglier, au cerf, et au loup, il avait d'autres rendez-vous de chasse à Bellye, à Bugojno et à Karađorđevo.

Brioni comptait un cheptel de plus d'un millier de daims, chevreuils et mouflons, qu'il arrivait à Tito de chasser pour la cuisine ou pour la sélection.

Dans une grange, sur l'île principale, sont encore gardées les quatre carrioles hippomobiles dont il disposait pour ses propres promenades cynégétiques et pour celles de ses invités. La plus luxueuse des quatre est un cadeau de la reine Elisabeth II d'Angleterre.

L'ancien chef de la résistance et secrétaire général du parti communiste, devenu par la suite président de la République yougoslave, n'était pas né dans une famille de chasseurs.

Comme l'explique l'ancien dissident du parti communiste yougoslave, Milovan Djilas : "Aucun de nous, pas même Tito, n'avait été chasseur avant la guerre. Nous n'allions pas chasser pour nous détendre, mais plutôt pour exhiber notre pouvoir et notre prestige. Parmi les dirigeants communistes, en Europe de l'Est, les grands banquets de chasse étaient des manifestations de pouvoir."

C'est le diplomate yougoslave Vladimir Velebit, vice-ministre des Affaires étrangères à Belgrade, qui, après la fin de la guerre, initia Tito à la chasse.

Ces premiers contacts avec les plaisirs de Diane eurent lieu près de la rivière Sava, dans les territoires giboyeux d'Obrež, réservé en tant que domaine de protocole de l'Etat.

Le leader yougoslave fit preuve d'un appétit grandissant pour la chasse, qu'il se mit à pratiquer, profitant de tous les avantages et privilèges attachés à sa position.

Brioni est connue comme "la perle de l'Adriatique". Cet ensemble d'îles boisées et baignées d'eau cristalline était déjà réputé dans l'Antiquité auprès des Romains assez fortunés pour se permettre de construire, dans ce petit paradis, des résidences impériales et de somptueuses villas. On en retrouve encore des vestiges. Par la suite, les Goths, les Francs, les Byzantins, les Slaves et les Vénitiens y vinrent aussi habiter. Mais vers le XVIIe siècle, l'île fut périodiquement ravagée par des épidémies de malaria et finit par demeurer complètement dépeuplée. C'est seulement à la fin du XIXe siècle que l'industriel autrichien, Paul Kupelwieser, après avoir acheté ces îles, commença à s'intéresser à un projet visant à les débarrasser de la plaie des moustiques et à en revaloriser la flore et la faune. C'est lui qui introduisit à Brioni une population de daims, de chevreuils, de mouflons et de lièvres.

Tito monopolisa l'archipel pour ses propres loisirs et pour y accueillir ses invités personnels et officiels. L'accès devint interdit à toute personne ne faisant pas partie de la suite du chef de l'Etat. Trois villas furent construites sur l'île principale : une pour loger les membres du gouvernement (vila Jadrunka), une pour les invités étrangers (vila Brijunka) et une pour les conférences et réunions de travail (Bijela vila). La résidence privée de Tito était celle de Vanga, où n'étaient admis que les intimes du président, il s'offrit en outre un yacht de taille respectable, le Galeb, stationné dans l'archipel, qu'il utilisait pour des croisières avec ses invités de marque.

Malgré ses origines modestes, Tito, bien installé au pouvoir, avait développé un art de vivre et un style seigneurial. Il avait belle prestance, une certaine élégance, et plaisait aux femmes. Un chroniqueur yougoslave fait état de seize femmes dont il aurait eu des enfants ou qu'il aurait épousées.

Il en imposait, par ses allures mondaines, à certains de ses camarades, tel le Roumain Nicolae Ceausescu, qui se sentait quelque peu complexé devant le whisky Chivas et les élégantes chaussures italiennes du Yougoslave.

Brioni entra définitivement dans l'histoire politique à l'occasion de la fameuse réunion sur ces îles, du 18 juillet 1956, quand Tito, Nehru et Gamal Abdel Nasser signèrent, à la "Bijela vila" l'accord qui donna naissance au "Mouvement des pays non alignés". Il s'agissait de pays qui avaient choisi une position de neutralité politique entre les deux superpuissances - L'URSS et les États-Unis. Ce mouvement eut une importance non négligeable à l'époque de la guerre froide.

Les gouvernements respectifs de ces pays se réunissaient une fois par an, au niveau ministériel. Depuis, les réunions n'ont plus lieu qu'une fois tous les trois ans. Cent seize États sont actuellement membres de cette organisation. La dernière réunion ministérielle eut lieu à Durban, en Afrique du Sud, le 19 août 2004.

En 1978, c'est à Brioni que le maréchal Tito reçut son confrère Ceausescu pour des pourparlers politiques, agrémentés d'une partie de chasse. Ils conclurent un accord pour intensifier la coopération entre leurs services respectifs de renseignement extérieur. Tito aurait présenté ainsi au Roumain sa façon de voir : "On n'obtiendra rien de l'Occident en restant les laquais de Moscou. Il faut faire un grand sourire en direction des Occidentaux, leur prendre tout ce qu'on peut, et éviter toute contamination par le capitalisme."

Il arrivait que, parfois, des diplomates étrangers postés à Belgrade fussent reçus dans l'archipel, lors de leurs démarches protocolaires ou séances de travail. Très exceptionnellement, Tito reçut des ambassadeurs dans l'intimité de son pavillon privé de Vanga. Ce fut le cas avec l'ambassadeur des États-Unis, George Kennan, en 1963.

Kennan, éminent diplomate des États-Unis, ambassadeur à Belgrade de 1961 à 1963, avait ouvertement déconseillé à son gouvernement de retirer à la Yougoslavie, comme le voulait le Congrès, la "clause de la nation la plus favorisée". Son argument était qu'il ne serait pas dans l'intérêt des Etats-Unis de déstabiliser Tito, seul dirigeant doté d'assez d'autorité et de charisme pour éviter une désintégration chaotique du pays et pour tenir tête à Moscou. (En effet, la Yougoslavie avait, en 1948, rejoint le groupe informel des non alignés et n'était pas membre du Pacte de Varsovie.) Le conflit d'opinion avec le Sénat, à Washington, étant insoluble, Kennan choisit de demander sa démission de la carrière. C'est à ce moment que Tito l'invita à Vanga pour partager une bouteille de vin et lui montrer son atelier de menuiserie.

Le maréchal aimait aussi recevoir à Brioni des célébrités du cinéma et s'y laisser photographier avec Sophia Loren, ainsi qu'avec Elisabeth Taylor et Richard Burton.

 

josip_broz_tito_sophia_loren.jpg

 

Par son charisme personnel, son style de vie flamboyant et le prestige qu'il avait su accumuler pour son pays à travers le monde, le leader yougoslave acquit une popularité considérable dans la région et compte encore aujourd'hui nombre d'admirateurs nostalgiques.

Son image de grand Nemrod, que ce soit à Brioni, à Bellye ou à Bugojno, n'aura pas manqué de contribuer à sa popularité dans ce pays de montagnards.

 



Source : Maxime Van Hanswijck de Jonge, Pavillons de chasse de l'histoire : Ou les rendez-vous de chasse légendaire, Le gerfaut, 2007, pp. 47-50.

 

 

 

 

 

 

La Croatie propose en concession une « île paradisiaque » de Tito 

 

 

 

Le gouvernement croate a annoncé vendredi avoir décidé de proposer en concession des infrastructures touristiques sur la plus grande île de l'archipel de Brijuni, un ancien paradis privé dans l'Adriatique de l'ex-président yougoslave, Josip Broz Tito.

"Nous voulons faire venir (un investisseur) international de top niveau et placer (les îles de) Brijuni là où elles méritent d'être", a déclaré à la presse le ministre croate de l'Environnement, Mihael Zmajlovic.
L'investissement dans une infrastructure touristique vétuste, dont plusieurs hôtels et des villas, sur l'île de Veliki Brijun, d'une surface de près de 6 km carrés, pourrait s'élever à près de 300 millions d'euros, a précisé le ministre du Tourisme, Darko Lorencin.
Le gouvernement souhaite en faire "un produit unique qui va élever la Croatie au niveau touristique global", a-t-il dit.
Pour trouver un investisseur d'ici l'automne, le gouvernement a choisi vendredi un consultant international.
Confronté à la crise économique depuis 2008 et des difficultés budgétaires, le gouvernement croate avait déjà donné fin 2013 en concession l'aéroport de Zagreb et cherche un concessionnaire pour le réseau autoroutier.
Le secteur touristique est le moteur de l'économie croate et contribue à hauteur de 15% au Produit intérieur brut, avec près de 12 millions de visites touristiques par an, dont plus de 10 millions d'étrangers.
Les îles de Brijuni forment un petit archipel que Tito, décédé en 1980, gardait jalousement comme un paradis privé de 1954 à 1979 pour lui et ses invités de marque. Les îles ont été transformées en parc national en 1983.
Une résidence présidentielle et deux autres villas ayant été utilisées par Tito, et aujourd'hui par l'Etat croate, ne seront pas concernées par la concession, selon une source officielle.
Outre des responsables politiques du monde entier, le dirigeant yougoslave y avait accueilli de grandes vedettes du cinéma, dont notamment Sophia Loren, Elizabeth Taylor ou encore Richard Burton.
L'actuel président croate Ivo Josipovic y a accueilli en 2011 l'actrice américaine Angelina Jolie.

 

 

Source : lesechos.fr, le 3 janvier 2014.

 

 

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Localités

Repost 0
Commenter cet article