Branko Mijić

Publié le 11 Janvier 2010

Branko Mijić

 


Branko Mijić est un journaliste originaire de Rijeka, auteur de nombreux articles. En son temps, il fut rédacteur du journal Novi list ainsi que le rédacteur pour la culture.

 

 

 

Articles

 

 

 

I. Ivo Josipović, l'homme de tous les espoirs


En votant pour Ivo Josipović, les Croates ont voté pour l'Europe et contre les fantômes du passé, estime le quotidien de Rijeka. Le nouveau président aura la loudre tâche de mettre le pays dans le giron européen tout en rétablissant l'Etat de droit.

Les Croates ont élu leur troisième président depuis l'indépendance du pays, mais aussi leur premier président européen. La mission historique d'Ivo Josipović est sans ambiguïté : faire entrer la Croatie dans un nouvel ensemble étatique et juridique, l'Union européenne. La mobilisation des abstentionnistes au second tour et le score du vainqueur - plus de 60% des voix - suggèrent que la première mission du nouveau président doit être la réalisation de sa promesse électorale, à savoir la lutte contre la corruption et le rétablissement de la primauté de la justice. Les citoyens croates ont donné leur vote à un homme politique qui les a convaincus qu'il était capable de faire ce qu'aucun de ses prédécesseurs (ou des gouvernements précédents) n'a réussi jusqu'à présent : mettre définitivement fin à l'Etat de non-droit. Autrement dit, on a voté contre l'homme politique qui incarnait cette Croatie-là, c'est-à-dire son principal rival, Milan Bandić, le maire de Zagreb aux accents populistes.

Bandić n'a pas seulement subi une lourde défaite : c'est l'esprit de son pouvoir autocrate (l'homme a fait de la capitale croate son fief personnel en dépensant à tout-va l'argent public) qui a été mis en déroute. En votant contre le candidat Bandić, une majorité de citoyens a aussi exprimé son opinion sur ceux qui l'ont soutenu dans sa campagne : l'archevêque rétrograde Bozanić, l'homme d'affaires douteux Kerum, le maire populiste de split, le chanteur Thompson, connu pour ses opinions d'extrême droite, et jusqu'à Branimir Glavaš, ancien responsable local de l'HDZ, accusé de crimes de guerre pendant la guerre ou le prêtre Sudac, incarnant l'obscurantisme clérical.

Dans les cinq prochaines années, Ivo Josipović aura la lourde tâche de faire entrer la Croatie dans l'UE, de la faire sortir du dédale du tribunal de La Haye, d'intégrer définitivement un pays né de la guerre dans la communauté européenne des nations pacifiées et civilisées. Le nouveau président n'a cependant pas besoin d'être le surhomme que les médias ont parfois dépeint, mais un homme qui sache prendre le pouls de son peuple et reconnaître ses besoins. S'il ne s'égare pas en chemin, il réussira sa mission.

Le président social-démocrate doit cohabiter avec le gouvernement de droite (HDZ) mené par le Premier ministre Jadranka Kosor. Quant au chef du SDP, Zoran Milanović, il saura sans aucun doute lui aussi trouver une langue commune avec Kosor, au moins jusqu'aux élections législatives. Avec le départ de la scène politique de l'actuel président, Stjepan Mesić, et le retour manqué en politique de l'ancien Premier ministre Ivo Sanader, une page se tourne dans l'histoire politique de la Croatie. Les hommes politiques forts ont disparu de la scène, qui s'ouvre désormais à ceux qui plaident en faveur d'un travail d'équipe, que ce soit dans la vie des partis ou de la marche de l'Etat.

Source : courrierinternational.com, le 11 janvier 2010.

 

 

 

 

II. Ex-Yougoslavie - Le football et le spectre de la guerre


En Serbie et en Croatie, ce ne sont plus les bagarres mais les morts qu'on dénombre en marge des matchs de football. Hooliganisme classique ? Non, encore et toujours la guerre, s'alarme un journal croate.

Un jeune supporter bosniaque tué à Široki Brijeg, en marge d'une rencontre opposant Široki au Football Club de Sarajevo [deux équipes supportées respectivement par les Croates et les Musulmans du pays]. Un jeune Français qui succombe à ses blessures à Belgrade après avoir été agressé par des hooligans serbes à l'occasion du match opposant le Toulouse Football Club au Partizan de Belgrade. La police de Timisoara qui arrête près de 160 personnes après une violente bagarre opposant "ultras" de Belgrade et de Zagreb... En l'espace d'une semaine, le foot a quitté les terrains de sport et envahi les pages des faits divers, devenant le principal sujet politique dans l'espace ex-yougoslave.

On ne signale plus les visages ensanglantés et les nez cassés : désormais, on compte les morts et les blessés graves. Les journaux télévisés s'ouvrent sur ces images, comme lors de la dernière guerre. Les acteurs sont les mêmes qu'alors : les Croates, les Serbes et les Musulmans. S'agit-il d'une poignée de hooligans, comme partout dans le monde, ou de quelque chose de beaucoup plus grave ? La guerre qui a ravagé l'ex-Yougoslavie a-t-elle jamais cessé ? Ici, les armes se sont tues, mais elles n'ont pas disparu. Les treillis ont été remplacés par les écharpes des Hodre zla [les "hordes du mal", ultras de Sarajevo], des Grobari [les "fossoyeurs", du Partizan de Belgrade], des Delije ["héros" de l'Etoile rouge] ou des Bad Blue Boys, du Dinamo de Zagreb.

"La lutte contre la violence est notre priorité", a déclaré le président serbe, Boris Tadić, en allumant une bougie en mémoire du supporter toulousain Brice Taton. "Aujourd'hui, cette lutte est plus importante que l'intégration européenne ou que toute autre question en Serbie. Je vois un lien entre cette violence et celle des années 1990 qui a produit des crimes insupportables dans l'espace de l'ex-Yougoslavie", a-t-il poursuivi. Car ce n'est pas le fait de soutenir un club de foot que le jeune Français a payé de sa vie : il a été châtié en tant qu'"ennemi", responsable du bombardement de l'OTAN [contre la Serbie en 1999], bien qu'il n'y soit pour rien.

Ce qui se passe dans les Balkans sous le prétexte du foot et du soutien aux clubs locaux a peu de chose à voir avec le phénomène des hooligans ailleurs en Europe, phénomène que l'on combat, comme en Grande-Bretagne, par des méthodes qui ont fait leurs preuves. Chez nous, plus la répression est sévère, plus la violence grandit. Qui plus est, elle franchit les frontières. Aujourd'hui, les Clubs de supporters des deux équipes croates ennemies, Dinamo de Zagreb et Hajduk de Split, s'arrangent pour organiser des "embuscades" sur les routes qui mènent aux rencontres de leurs équipes partout en Europe. Et, si en Croatie il n'y a pas encore de morts, ce n'est qu'une question de temps.

Après le scandale international par la mort de Brice Taton, la Serbie a annoncé une grande action contre la violence dans les stades, à l'image de l'opération Sablja ["sabre"], lancée après l'assassinat du Premier ministre Zoran Đinđić, qui a servi à éliminer les chefs de la mafia locale. En Bosnie-Herzégovine, où l'Etat existe à peine, la rue menace de prendre le pouvoir, ce qui laisse présager un conflit permanent aux conséquences effroyables.

Cependant, la solution à tout ce qui se passe aujourd'hui avant et après les matchs de foot ne se trouve ni dans le sport ni dans l'action de la police. Le philosophe Ugo Vlaisavljević, de Sarajevo, a récemment suscité une vive polémique avec un texte intitulé "La guerre comme principal événement culturel", dans lequel il affirme : "La spécificité de l'expérience locale de la guerre réside dans le fait que, après la guerre, la politique continue à vivre de la guerre. J'affirme que nous vivons de manière permanente sous le régime des politiques de la guerre. En produisant constamment des ennemis, celles-ci ne peuvent apporter la pacification. Lorsque l'on parle aujourd'hui, en Bosnie-Herzégovine, de la nécessité de la réconciliation, on oublie que ceux qui sont censés nous réconcilier sont issus de la guerre. Par conséquent, ils établissent leur politique, leur identité et leur vision de la réalité sur l'expérience de la guerre. Pour eux, la réconciliation signifie l'autodestruction."

Brice Taton : Le 17 septembre, peu avant le match Belgrade-Toulouse, une quinzaine de Serbes armés de barres de fer et de battes de base-ball se sont attaqués à un groupe de Toulousains qui avaient pris l'habitude de se retrouver dans un bar du centre de Belgrade. Les Français se sont enfuis, sauf trois d'entre eux qui ont été blessés, notamment Brice Taton. Emmené à l'hôpital dans le coma, celui-ci a succombé à ses blessures douze jours plus tard.

Source : courrierinternational.com, le 14 octobre 2009.

 

 

 

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Journalistes, #chroniqueurs et photographes

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