Anto Mikić

Publié le 13 Avril 2011

Anto Mikić


 

http://profile.ak.fbcdn.net/hprofile-ak-snc4/49147_100000626149278_1506_n.jpgAnto Mikić est un journaliste croate. Directeur de la Radio catholique croate, il appartient au courant conservateur modéré de l'Eglise croate, favorable à l'adhésion du pays à l'UE. Ses chroniques sont régulièrement publiées par Tportal.

 

 

Article :



L’Europe, pour quoi faire ?


"Pour ou contre l'entrée dans l'UE ?" D'ici à la fin de l'année, les Croates devraient être appelés à répondre à cette question. Mais après de nombreux obstacles sur le chemin de l’adhésion, ils se désintéressent d’une Europe qu'ils associent à leurs élites discréditées.

A première vue, à l’exception de l’actuel mouvement de contestation [depuis fin février, des manifestations ont eu lieu dans les grandes villes croates pour réclamer le départ du gouvernement de Jadranka Kosor, accusé de corruption et de mauvaise gestion], tout tourne autour de l’Union européenne. Tous les regards sont fixés sur Bruxelles et les messages qui parviennent de là-bas. A première vue seulement.

Car, abstraction faite des médias et des hauts responsables politiques, rares sont les gens qui pensent encore à l’adhésion à l’UE. Accablés par la crise et les problèmes de survie, la majorité des citoyens croates accordent aux messages de Bruxelles autant d’importance qu’aux neiges d’antan !

De leur point de vue, les négociations se déroulent dans une sphère qui leur est inaccessible, et ils ne veulent ni ne peuvent en savoir grand-chose. Sur le chemin des négociations, l’Union européenne a perdu les citoyens censés s’y intéresser.

 


Une histoire qui traîne depuis trop longtemps

Pourquoi ? Sans doute cette histoire avec l’Europe traîne-t-elle depuis trop longtemps. La plupart des jeunes qui manifestent ces jours-ci dans les rues ne se souviennent plus ni du Sommet de Zagreb [qui a rassemblé les Etats des Balkans de l'Ouest et l'UE en 2000], ni des Accords de Stabilisation et d'Association, ni du moment où la Croatie a posé sa candidature à l’adhésion à l’UE [en février 2003].

Il y a eu tellement d’obstacles et d’humiliations sur ce long chemin, à commencer par la traque du général Gotovina [en mars 2005, l’UE a repoussé l’ouverture des négociations d’adhésion, réclamant que la Croatie arrête et remette au Tribunal pénal international ce général accusé de crimes de guerre], en passant par le différend avec la Slovénie au sujet de la Zone de protection écologique et de pêche (Zerp), jusqu’au blocage slovène des négociations d’adhésion [en 2008 et 2009, les deux pays se sont opposés sur le tracé de leur frontière maritime dans la zone de la baie de Piran], que l’on a un peu oublié d’où l’on est parti, mais également où l’on est censé arriver.

Après une décennie de réformes et de réajustements, nous sommes dans une crise profonde et douloureuse. D’autant plus que depuis un an ou deux ans, plus aucune bonne nouvelle n’arrive d’Europe. Il suffit de voir ce qui se passe en Grèce, en Irlande, au Portugal et en Espagne.

Mais, plus que ces facteurs extérieurs, c’est l’attitude des élites politiques croates qui a rebuté les citoyens. Dans la tentative de se faire plus européens que ceux de Bruxelles, nos hommes politiques ont montré qu’ils étaient prêts à payer n’importe quel prix pour atteindre l’"objectif stratégique".

 

 

Le mépris du pouvoir à l'égard des citoyens

Si l’on ajoute que de nombreuses décisions impopulaires prises par le gouvernement n’avaient pas grand-chose à voir, ni avec les négociations, ni avec les conditions imposées par l’Europe pour l’adhésion, il ne faut pas s’étonner d’avoir réussi à dégoûter de nombreux europhiles de l’idée même d’Union européenne.

Les médias ont également leur part de responsabilité. Cinq ans et demi après le début des négociations avec Bruxelles, on n’y trouve toujours pas de vrai débat argumenté sur les aspects positifs et négatifs de l’adhésion à l’UE.

Et nous voilà au bout de la route, fatigués du long chemin parcouru, épuisés par la crise et le manque de confiance, ignorants du but qui nous est présenté comme une réalité sans alternative.

Au moment où la clôture des négociations semble à portée de main, et à quelques mois seulement du référendum sur l’Union européenne, nous voici confrontés à la question qui sera posée à cette occasion : "Etes-vous pour ou contre l’entrée de la Croatie dans l’UE ?"

Comment le gouvernement envisage-t-il ce référendum – le premier depuis l’indépendance de la Croatie ? Quel sera le taux de participation des citoyens ? Et s’il est important, ne sauteront-ils pas sur l’occasion pour dire ce qu’ils pensent du pouvoir en place et de l’opposition – qu’ils connaissent sans aucun doute mieux que la construction européenne !

Ceux qui ont arraché et brûlé sur les places publiques les drapeaux de la HDZ (Union démocratique croate, parti au pouvoir), du SDP (Parti social-démocrate, opposition) et de l’Union européenne seront-ils tentés de sanctionner ces partis et l’Union ? Le mépris persistant du pouvoir à l’égard des citoyens concernant la décision la plus importante à prendre depuis vingt ans montre bien l’état de la démocratie en Croatie.



Source : presseurop.eu, le 12 avril 2011.

Article original paru sur tportal.hr, le 4 mars 2011.

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Journalistes, chroniqueurs et photographes

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