Akademska solidarnost

Publié le 28 Décembre 2012

 

Croatie : l’école et l’Université sont en crise


 

Baisse des salaires des enseignants, classes surchargées, l’école est en crise, alors que le budget de l’éducation est réduit à 3,3% du PIB, un point de moins qu’en 2009... À l’Université, la situation n’est pas meilleure : hausse des droits d’inscription, ouverture au secteur privé, priorité à l’enseignement sur la recherche. Du coup, les Universités croates plongent dans les classements mondiaux. Retours sur une crise multiforme.

 


"Le savoir n'est pas une marchandise"

 

En 2003, Dragan Primorac, alors ministre des Sciences, de l’Education et du Sport, lançait le slogan « Croatie, pays du savoir », promettant une réforme radicale du système éducatif. Dix ans plus tard, ce slogan sonne étrangement creux, alors que le budget de l’éducation est limité 3,3% du PIB, contre plus de 4,3% en 2008-2009.

Le 5 octobre 2012, à l’occasion du « Jour des enseignants », ces derniers ont annoncé une grève pour le 11 octobre. Après un long bras de fer opposant le gouvernement et les enseignants, 90% des membres du syndicat des enseignants se sont prononcés par référendum contre les propositions de modification du contrat de travail. Le 11 octobre, enseignants et travailleurs du secteur sanitaire ont manifesté contre le gouvernement de centre-gauche et le Ministre Željko Jovanović, accusés de les avoir trahis, après leur avoir promis, en mai 2012, de préserver les salaires. Les promesses du Premier ministre Zoran Milanović de les augmenter dès le début de la stabilisation économique n’y ont rien fait.

À la mi-septembre, le gouvernement avait unilatéralement décidé de suspendre le contrat collectif des fonctionnaires, normalement valable jusqu’en juillet 2013, en utilisant l’argument des changements drastiques survenus dans la situation économique du pays. Les primes qui pouvaient atteindre jusqu’à 10% des salaires, selon la catégorie, ne seront donc pas versées.

« Cette crise dure depuis vingt ans. Avec près de 35 élèves par classe, l’enseignant doit aussi devenir psychologue et assistant social », souligne Dalibor Perković, professeur de physique, ancien journaliste et écrivain. Il participe depuis 2009 à un forum d’enseignants qui a donné naissance à l’association Nastavnici organizirano, qu’il préside.



L’Université en lutte


Dans le monde universitaire, la réforme aurait dû, selon les déclarations du ministre, adapter l’enseignement au marché du travail. Or, elle s’est perdue dans les désaccords internes au Parti social-démocrate (SDP) et a rencontré beaucoup de résistances des étudiants ou des doyens.

Akademska solidarnost, premier syndicat croate fondé en 2011 sur le principe de la démocratie directe, réunit des travailleurs du monde universitaire. Sans président désigné, les responsabilités sont assurées par roulement et les décisions sont prises en assemblée générale, chaque section bénéficiant d’une complète autonomie. Ce syndicat a été le principal opposant aux réformes proposées par le gouvernement précédent, notamment concernant les frais universitaires - entre 672 et 1344 euros par an, parmi les plus élevés d’Europe. Le financement de la recherche par des projets et un plus fort contrôle de l’État, au détriment de l’autonomie de chaque université, sont aussi des sujets qui font débat.

En novembre dernier, Akademska solidarnost et le Syndicat universitaire de la Faculté de Ljubljana et le groupe slovène Angazirani ont signé une résolution commune contre la privatisation du système universitaire public. Ce texte dénonce les dérives qu’entraine l’intrusion du secteur privé dans le domaine de l’éducation : compétition pour les fonds publics, conflits d’intérêts et corruption, réorientation des universités vers les secteurs « porteurs » et priorité donnée à l’enseignement au détriment des activités de recherche.



Nouveau gouvernement, même politique


La victoire des sociaux-démocrates du SDP sur les conservateurs du HDZ, en décembre 2011, n’a changé « ni les politiques économiques, ni celles concernant la recherche ou l’éducation », affirment Hrvoje Jurić et Marijana Hameršak, d’Akademska solidarnost. « Le SDP défend aujourd’hui des réformes qu’il dénonçait quand il était dans l’opposition. À terme, ce sera la disparition assurée des projets scientifiques, des revues, des institutions sans valeur directe sur le marché. Cet Etat corporatiste qui a oublié l’intérêt commun ne financera que les plus puissants », dénoncent-ils.

Les dysfonctionnements du système s’accumulent. « Depuis 2004, les embauches d’enseignants-chercheurs ont augmenté pour faire face à l’augmentation du nombre d’étudiants et à l’adoption du système de Bologne », explique Marija Brajdić Vuković, chercheuse à l’Institut des études sociales de Zagreb. « Or, pour la plupart d’entre eux, l’enseignement a été plus prenant que la recherche. Entre 2002-2009, 23% seulement des doctorants, travaillant à la faculté, ont pu respecter les délais prévus par le contrat d’études. Leur productivité scientifique en a pâti, bien que la situation soit légèrement meilleure dans les instituts de recherche. De plus, les contrats de deux générations de ces assistants arriveront à terme entre 2013-2014. Avec le gel des embauches, ils ne pourront trouver du travail qu’en attendant les départs à la retraite », souligne la chercheuse.

Cette situation d’incertitude est probablement l’une des raisons expliquant la position peu enviable des Universités croates dans les classifications internationales, principalement fondées sur la productivité scientifique. En 2012, seule l’université de Zagreb figurait dans la liste mondiale des meilleures universités, élaborée par l’Université de Shanghai. Elle se trouvait entre le 401ème et 500ème rang, loin derrière l’Université de Ljubljana et celle de Belgrade.

 

Traduit par Mandi Gueguen

 

Source :  balkans.courriers.info, le vendredi 21 décembre 2012

Article publié à l’origine sur balcanicaucaso.org, le 26 novembre 2012.


Rédigé par brunorosar

Publié dans #Economie et mouvements sociaux

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