Vendredi 20 avril 2012 5 20 /04 /Avr /2012 14:23

 

Un texte de  Boris Buden datant de 1997.

 

 

L’urbanité comme alibi

 

Le mouvement de révolte qui a fait descendre des Zagrébois dans la rue en novembre 1996 obéissait en fait à un principe d'exclusion interne à la Croatie, des urbains contre les ruraux, qui n'est pas moins stérile pour la société que les antagonismes nationalistes.


Après la guerre, il est trop tard pour s'aimer. Non que la guerre ait détruit les prémisses de l'amour entre les hommes, mais parce que les gens ont compris que cet amour tant invoqué n'a jamais pu empêcher la guerre. La question qui les taraude n'est donc pas "Pourquoi ne nous sommes-nous pas suffisamment aimés?", mais "Pourquoi n'avons-nous pas su nous haïr ainsi qu'il l'aurait fallu?" Cela sonne comme un paradoxe, surtout pour l'observateur bien intentionné qui voit tout cela de loin. L'amour n'est-il pas ce qui unit les hommes, de la même manière que l'Eros de Platon unit ce qui a été séparé? Et la haine ne conduit-elle pas à la discorde et à la destruction? Non, pas du tout. Aujourd'hui, après la guerre (mais est-elle vraiment terminée?), les raisons de se haïr sont plus nombreuses que jamais. Se retournant sur le passé, sur les monceaux de cadavres et de ruines, tout homme sensé grincera de colère, plutôt qu'il ne versera des larmes de chagrin et de tristesse. Qui a fait cela? Où est-il? Comment cela a-t-il bien pu se produire?


A l'époque de la décadence du communisme yougoslave, dans les années quatre-vingts, l'abcès des vieilles haines s'était un peu partout vidé. Il n'y avait plus d'ennemi extérieur à l'horizon, les grandes puissances et les Etats voisins se révélant bien disposés à notre égard ou affaiblis. Plus personne ne se souciait des antagonismes de classes, et les communistes s'enorgueillissaient déjà de compter un grand nombre de technocrates et de managers en leurs rangs. Bientôt le front allait céder contre l'ennemi du dedans le plus redoutable: le nationalisme. Une partie de la nomenclature communiste - ceux qui avaient vraiment l'ambition de devenir des leaders et n'étaient pas encore rassasiés du pouvoir – décida de conclure avec cette idéologie un mariage de raison.


La fiancée pleine de vie, promettait d'apporter une dot merveilleuse: une force politique inépuisable, sur les flots de laquelle on pourrait surfer vers l'avenir, puisque le slogan de la société sans classe ne permettait plus de mobiliser les masses pour aucune cause, ni au profit de qui que soit. Mais la jeune fille aux airs d'oie blanche se transforma en mégère que nul ne saurait apprivoiser. Aujourd'hui encore, les leaders communistes continuent à dériver sur les flots du nationalisme sans savoir eux-mêmes où ils les emportent. S'apercevant que les nationalistes étaient aussi des hommes, l'autre partie de l'élite communiste laissa, de mauvais gré d'abord, ces derniers occuper le devant de la scène publique avant de lesfaire bénéficier de conditions démocratiques qui leur permirent, en tout fair-play, de prendre le pouvoir. Or rien n'est jamais fair, ni en amour ni à la guerre. Pas plus qu'en politique. L'humanisme et l'esprit démocratique de ces communistes ne reflétaient qu'une seul chose, leur faiblesse. On ne saurait en trouver de meilleure preuve que le fait qu'ils ne jouent plus aucun rôle important sur la scène politique d'aujourd'hui.


Oui, pendant les années quatre-vingts, on put croire un certain temps que la démocratie qui s'instaurait était la forme d'ordre social qui encourageait ce qu'il y avait de meilleur, de plus noble en l'homme, que c'était, en quelque sorte, l'organisation sociale de l'amour. Il y eut alors une période de vide, pendant laquelle les vieilles haines n'auraient plus cours, tandis que les nouvelles ne s'étaient pas encore développées. Ce fut une espèce d'interrègne, durant lequel l'espoir seul détint le pouvoir absolu.


Sarajevo, l'ouverture d'un second front


Quelques années plus tard, dans Sarajevo assiégée et bombardée quotidiennement, un groupe de citoyens eut l'idée d'apporter une explication différente au tragique de leur situation. Il s'agissait de gens qui, pour des raisons diverses, ne correspondaient pas à l'image idéalisée qu'on se fait des acteurs de la guerre yougoslave. Soit ils n'appartenaient tout à fait à aucun des groupes ethniques impliqués dans le conflit (ce qui est compréhensible en Bosnie où un tiers des mariages étaient mixtes), soit ils refusaient de construire leur identité sociale sur la haine envers une autre nation. Dans la mesure où, de quelque façon que ce soit, les affrontements en ex-Yougoslavie méritent d'être considérés comme des événements historiques, ces gens-là apparaissent comme une sorte de rebut de l'histoire. Et en tant que tels, ils ont pensé que ce qui se jouait autour d'eux était la conséquence de la haine ancestrale que les campagnards vouent aux citadins. En avançant cette idée, ils comptaient ouvrir un nouveau front. Il ne s'agirait plus alors d'un conflit interethnique opposant Serbes, Croates et Musulmans, il n'y aurait plus de démarcation abstraite entre les bons et les méchants. Ils créaient ainsi un nouvel antagonisme, qui offrait à ces malheureux davantage que l'apitoiement humiliant de la victime sur elle-même et donnait un sens à leur lutte pour la simple survie. Ils étaient aussi réintégrés dans l'histoire de l'humanité pour laquelle, semblait-il, ils ne comptaient pas plus qu'un appendice inutile. Ils se tenaient maintenant aux portes de Sarajevo comme sur le rempart protégeant la civilisation (mondiale) des assauts des barbares des collines environnantes. Leur combat avait désormais un sens, leur destinée ne dépendait plus du pur hasard. On pouvait mourir non plus de quelque chose, mais pour quelque chose. Non plus de la balle d'un sniper, mais pour le bien de l'humanité civilisée, mise en péril par des sauvages qui n'avait pas grand chose d'humain. L'agresseur perdait également son identité ethnique: les assaillants n'étaient plus tout simplement des Serbes, mais des ploucs, des "papci" (terme péjoratif désignant les habitants des collines qui entourent Sarajevo). On pouvait désormais haïr de manière plus sélective, et donc plus juste.


En transformant le phénomène d'urbanité en une forme d'identité de groupe, une partie de la population de Sarajevo a tenté, dans son désespoir, de s'opposer à la domination absolue de l'identité ethnique. Il s'agit là de la première tentative sérieuse visant à remplacer le paradigme nationaliste partout dominant par autre chose; pour la première fois, on s'est efforcé de constituer une société autour d'un antagonisme différent, non national et non religieux, qui de surcroît était généralisable, communicatif, ce qui était bienvenu pour les Sarajéviens douloureusement isolés, symboliquement coupés du monde. N'oublions pas que le plus atroce n'était pas de se retrouver pris au piège d'un siège militaire, mais dans la souricière d'un non-sens incompréhensible.


Belgrade: mise à mort publique de la ville


"Le Ghetto, vie secrète de la ville", tel est le titre d'un court-métrage de deux auteurs belgradois. On y voit un jeune homme errer dans Belgrade et réfléchir à sa vie et au sort de sa ville pendant la guerre yougoslave. La plupart de ses amis, jeunes gens de son âge, ont quitté le pays et, quoiqu'il comprenne leurs raisons, il les accuse d'avoir trahi car ils ont fui, refusant de "combattre pour la ville". En effet, Belgrade est la victime de "criminels et dégénérés", gens surtout venus d'ailleurs et qui ont conquis la cité, en dépouillent ses habitants. "Ce Belgrade-ci n'a plus rien à voir avec la capitale de l'ancienne Yougoslavie", dit la voix off qui accompagne le héros tout au long de sa descente dans l'underground. Là, dans des caves obscures, une sorte de monde parallèle, bat encore le pouls de la vraie vie - culturelle - de l'ancienne métropole. C'est ici que les orchestres jouent du rock authentique pour le jeune public urbain, que les photographes d'art travaillent, que les danseurs répètent, etc. A la surface, règnent les éléments étrangers qui ont détruit l'identité urbaine de la ville, transformant la métropole internationale en une morne province. Des hordes de "primitifs agressifs" (il s'agit bien sûr de la foule des réfugiés qui sont arrivés là poussés par la nécessité et la guerre) ont refoulé l'élément urbain, citadin, authentique et civilisé dans un ghetto souterrain où il doit mener un combat héroïque pour assurer sa simple survie.


A Sarajevo comme à Belgrade, l'urbanité comme forme d'identité citadine représente la dernière ligne de défense pour toute une partie de la société, qui ne s'est pas reconnue dans le paradigme des conflits nationaux ou qui a été vaincue et rejetée tant par l'histoire que par la politique. Mais tandis qu'à Sarajevo, qui connaissait concrètement la guerre, l'antagonisme entre les citadins et les primitifs de la campagne avait pour fonction la défense - sans espoir, mais vitale - de la dignité humaine, celui-ci, à Belgrade où la guerre n'a été ressentie qu'indirectement, indique seulement une résignation décadente et nostalgique, une sorte d'acceptation du destin. Dans la film, la voix évoque les lettres que le jeune homme échange avec ses concitoyens dispersés de par le monde et dans lesquelles on ne parle pas "de politique ni de ce que l'on ressent, car ces deux thèmes sont si douloureux qu'on ne les aborde plus". Le repli dans l'identité urbaine est ici une manière de fuir la réalité, une soumission passive et résignée face à des événements sur lesquels la société et les habitants de la ville n'ont aucun pouvoir. Le ghetto urbain de Belgrade est une enclave artificielle au sein d'une réalité qu'on ne sent plus et à laquelle on ne veut plus penser. Alors qu'à Sarajevo l'urbanité représentait le dernier point d'appui de la dignité humaine, celui qui permettait de résister héroïquement et d'exiger le soutien, la compréhension et la reconnaissance du monde, elle ne reflète à Belgrade que la défaite totale, une désespérance nostalgique. Dans le film, le jeune homme dit: "C'est comme si j'étais dans une maison dont la façade serait encore bien entretenue. Au-dedans, j'ai le coeur, les nerfs, le sang d'un vieillard ... tout est usé... Je désire follement que l'ancien temps revienne ... je voudrais que les choses changent afin que cette ville redevienne ma ville ... mais je comprends que tout est chamboulé et qu'un retour en arrière n'est plus possible". La tentative de réflexion du jeune Belgradois se termine par la banale dichotomie entre le mal et le bien. A l'origine de la catastrophe qui s'est abattue sur Belgrade et la société serbe, il voit, à la fin, la victoire du diable sur Dieu. On a oublié Dieu, et c'est là tout le problème. La triste réalité de la ville anéantie, puis qu'on a avili ou ruiné tout ce qui faisait son urbanité, n'est que le châtiment de ce péché.


Zagreb: L'urbanité comme conformisme


A l'automne 1996, les autorités croates tentèrent d'empêcher Radio 101, radio locale très populaire surtout parmi les jeunes d'émettre. Elles suscitèrent ainsi un mouvement de révolte inattendu, qui fit sortir les citoyens dans les rues, pour la première fois depuis l'indépendance. Certes, la foule ne se massa qu'un seul soir sur la place principale, puisqu'on donna satisfaction à sa revendication concrète: que le pouvoir laissât fonctionner cette radio zagréboise. Mais des Croates osaient protester ouvertement contre des Croates! Une opinion toute entière obnubilée par l'idée de l'unité nationale ne pouvait considérer comme normale pareille chose. Cela demandait des explications supplémentaires. Un politicien de l'opposition- le leader du parti social-démocrate croate (puisque c'est ainsi que se désignent les anciens communistes après s'être réformé) - en fournit une qui allait dans le sens de ce qu'attendaient les masses: "Radio 101 est devenue une radio culte, le symbole du Zagreb urbain, citadin, moderne, libertaire, européen et démocratique ; et de bons citoyens, qui en ont assez du primitivisme et du conservatisme campagnards, du viol qu'on fait subir à leur ville en la ruralisant de force, se sont levés pour la défendre."


Pour la première fois s'est articulé dans le nouvel Etat croate un antagonisme interne, qui avait l'ambition de réunir en soi toutes les contradictions apparues au sein de la société croate après la guerre. Radio 101 elle-même se posait déjà en défenseur de l'identité authentique, urbaine, des Zagrébois. Dirigé à l'origine contre les Serbes, son esprit sarcastique(ses blagues, ses sous-entendus, ses moqueries) s'exerçait depuis des années, tout en conservant un caractère xénophobe et agressif, contre les nouveaux venus, que la guerre les eût poussés à chercher refuge dans la grande ville (pour ceux chassés des régions occupées de Croatie) ou qu'ils en fussent les vainqueurs (phalangistes de la révolution nationale, le plus souvent originaires d'Herzégovine, venus chercher à Zagreb la rétribution de leurs bons et loyaux services). La création d'un antagonisme entre les citadins aux bonnes manières et ces campagnards primitifs se révélait la solution idéale pour résoudre la situation conflictuelle dans laquelle la société croate se trouvait. Cette démarcation permettait mieux qu'aucune autre d'associer, de façon géniale, conformisme et révolte, tout en fournissant une explication à tous les malheurs découlant de la guerre.


Car la société croate avait commencé soudain à se défaire, craquant sur la même couture qui avait déjà cédé jadis, lors du démantèlement de la société yougoslave. Et il ne s'agit pas de la différence d'appartenance nationale, comme on pourrait le croire de prime abord, mais de la logique qui fonde une identité sur l'exclusion de l'autre, de l'étranger, de celui qui vient d'ailleurs. Cet élément authentiquement urbain, citadin, qui rejette maintenant de son sein les réfugiés venus de la campagne et les profiteurs qui s'y sont infiltrés, est le même qui, dans son euphorie chauvine et au nom de mille ans de culture européenne et chrétienne, avait rejeté l'élément primitif balkanique, incarné par les Serbes et la minorité serbe de Croatie. Aujourd'hui asservi par ses propres primitifs, bien croates ceux-là, qu'il a amenés au pouvoir afin de chasser les autres, il recrée le même antagonisme que naguère, en le présentant comme nouveau. Les Zagrébois sont sortis massivement dans les rues parce que la possibilité leur était donnée de faire croire, en manifestant leur antagonisme envers les nouveaux venus, qu'ils sont des démocrates, des Européens, des gens cultivés, civilisés et modernes, alors qu'en raison de leur xénophobie et de leur chauvinisme ils demeurent les mêmes primitifs, les mêmes provinciaux qu'avant la guerre. Nulle part ailleurs qu'à Zagreb le caractère conformiste de l'antagonisme entre identité urbaine et identité rurale n'a été aussi frappant.


Litost


L'une des nouvelles du recueil de Kundera le Livre du rire et de l'oubli est intitulée "Litost". Derrière ce terme difficilement traduisible se cache un sentiment qui est, comme nous le précise Kundera lui-même, la synthèse de nombreux autres sentiments : le chagrin, la compassion, la nostalgie, et le reproche qu'on se fait à soi-même. C'est "un état tourmentant né du spectacle de sa propre misère soudainement découverte". Il "fonctionne comme un moteur à deux temps. Au tourment succède le désir de vengeance. Le but de la vengeance est d'obtenir que le partenaire se montre pareillement misérable. L'homme ne sait pas nager, mais la femme giflée pleure. Ils peuvent donc se sentir égaux et persévérer dans leur amour."


Si, tout au long de la période des affrontements et de la guerre, on a éprouvé en Yougoslavie le besoin de mettre en avant cet antagonisme entre la ville et la campagne, cela a sans doute quelque chose à voir avec ce sentiment typiquement tchèque. Le nationalisme est indubitablement une idéologie (petite-)bourgeoise, mais sa mise en pratique politique nécessite la mobilisation de larges couches de la population. Le populisme naît de l'élite, dans des espaces éminemment urbains: dans les salons des intellectuels et sur les scènes des théâtres d'Etat, dans les facultés et les académies, dans les ministères et les rédactions, dans la matière grise d'une société qui jouit du confort de la capitale (pourrait-elle vivre ailleurs?). Cependant, quand ces gens-là sortent dans la rue et vont plus loin, dans les champs qui entourent la ville, leur mouvement prend généralement des caractéristiques qui n'ont plus rien à voir avec les pures et sublimes idées de liberté et de bien au nom desquelles ils se sont mis en route. Les champs de la périphérie des villes salissent les idées urbaines, et les champs de bataille bien davantage. Au demeurant, il est bien connu que, dans une situation politique donnée, il ne saurait y avoir manipulation totale. Les marionnettes sont têtues, capricieuses et très souvent incontrôlables, comme le sont les conséquences de toute action politique, même la mieux dirigée.


Cette logique, des plus banales, a joué son rôle dans les événements politiques et guerriers de l'ex-Yougoslavie. Les forces engagées pour la réalisation des idées nationalistes issues d'un milieu citadin ont eu raison de leurs instigateurs; aujourd'hui, elles les couvrent d'opprobre, les humilient et les éloignent de plus en plus de leurs idéaux. Nos villes se sont ruralisées, nous avons été victimes d'un urbicide. Les citadins pleurent sur leur sort et, désespérés, impuissants, continuent de se soumettre au primitif colérique qu'ils ont amené au pouvoir, pensant qu'il se sacrifierait pour eux sans compter et s'emploierait toujours à faire leur bonheur. Au travers de ses larmes, la dame de bonne extraction qu'on a giflée reproche à ce cruel goujat de ne même pas savoir manger avec un couteau et un fourchette. Ils peuvent donc se sentir égaux et persévérer dans leur amour. C'est cela, la litost, non? L'antagonisme entre l'élément urbain et l'élément campagnard, que les optimistes naïfs considèrent aujourd'hui comme une contradiction nouvelle - plus productive t constructive sur le plan social que les dissensions entre les nations dont on ne saurait plus rien espérer tant elles sont irrémédiablement destructives - et susceptible de remplacer les antagonismes nationaux sur le territoire de l'ex-Yougoslavie, n'est une fois de plus qu'une illusion trompeuse. Ce n'est encore et toujours que l'expression de l'amour, pervers et stupide, qui va de pair avec le paradigme nationaliste de la communauté heureuse. De cet antagonisme ne pourra sortir aucune haine constructive sur le plan social, dont on aurait pourtant grand besoin. Son paradigme reste encore à inventer.

 

 

Traduit du serbo-croate par Mireille Robin

 

Source : http://arkzin.net/bb/french/urbanite.htm 

 

 

Par brunorosar - Publié dans : Intellectuels et activistes
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Jeudi 19 avril 2012 4 19 /04 /Avr /2012 11:16

Osijek - Hajduk Split, 24ème anniversaire de la Kohorta…

 

Les ultras de la Kohorta Osijek ont profité de la venue du Hajduk Split au Stade Gradski vrt pour célébrer le 24ème anniversaire du groupe créé en 1988, incontestablement l’un des plus fidèles et actifs de Croatie…

Le mouvement organisé chez les supporters du FC Osijek  est apparu dès les années 70 et de 1972 à 1978, un premier groupe appelé "Soksi" est apparu, rebaptisé en 1986 "Torcida Osijek" (référence à la Torcida Split de l’Hajduk) avant de prendre sa forme définitive en 1988 sous le nom de Kohorta. Une référence cette fois aux trois cohortes urbaines de l’empire romain, garde d’honneur de Rome et force militaire, composées de cinq cents hommes chacune.

 

Comme la plupart des groupes ultras en ex-Yougoslavie, le groupe a connu la guerre des Balkans et le départ au front de nombre de ses membres, qui y furent tués ou blessés…

 

La véritable renaissance du mouvement à Osijek (située à 30 km de la frontière avec la Hongrie et à 20 km de la frontière avec la Serbie) a eu lieu en 1998 avec la 3ème place obtenue en Championnat suivie d’une victoire en Coupe de Croatie la saison suivante (seul trophée à ce jour) qui créeront un engouement jusqu’ici non démenti…

 

Au niveau des antagonismes avec les autres groupes ultras, les pires relations sont celles avec les BBB du Dinamo Zagreb et les ultras de Vinkovci (ville voisine située à 43 km d'Osijek).  

 

Source : collectifl899.com, le 17 avril 2012.

 

 

http://www.osijek031.com/galerija/albums/userpics/10352/2006-07-02_Kohorta_na_Osijek-Ethnikos_Intertoto_4147.jpg

 

 

Par brunorosar - Publié dans : Mafia et football
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Mercredi 18 avril 2012 3 18 /04 /Avr /2012 22:16

Petar Čulić

 

 

 

Petar Čulić est né à Split le 26 juin 1986 et vit à Dugi Rat, près de sa ville natale. Il a été diplômé de l’Académie des Arts de l’Université de Split en juillet 2008 dans la classe du Professeur Goran Listes. Il a obtenu deux prix du rectorat pendant l’année académique 2005/ 2006, l’un en reconnaissance des excellents résultats obtenus dans ses études, l’autre pour récompenser ses créations artistiques exceptionnelles. A l’Université, il a été inscrit dans la catégorie réservées aux élèves particulièrement doués, n’ayant pas terminé leurs études secondaires. 

 

Après avoir obtenu son diplôme, il poursuit ses études à Koblenz en Allemagne à l’Académie privée pour l’étude de la guitare « Koblenz international guitar Academy », dans la classe du Professeur Hubert Kappel ; il termine ses études avec un grand succès en mai 2010 ; en 2009, il avait obtenu une bourse d’étude Adris. 

 

Jusqu’à maintenant, il a donné, en soliste, plus de 400 récitals réussis et a participé à plus d’un millier de concerts en Croatie et en Europe. 

 

Pendant ses études, il a obtenu des résultats exceptionnels à des concours internationaux et dans son pays tels que : « Simone Salmaso »- Viareggio ( Italie)- Kutna Hora ( Tchéquie)- « Andréas Segovia » à Velbert (Allemagne)- « Anna Amalia » à Weimar (Allemagne)- le festival maritime de la guitare à Murska Sobotica (Slovénie)- Niksic festival pour la guitare à Niksic ( Monténégro) « Winter guitar festival » à Volos (Grèce) –« Citta di Gorizia » à Goritsa ( Italie) – « festival de guitare Gevelsberg à Gevelsberg (Allemagne) . En tout, il a obtenu 36 prix, dont 23 premiers prix, 6 deuxièmes prix et 7 troisièmes prix. Huit fois, il a obtenu le premier prix de l’Etat, 5 fois comme soliste et 3 fois avec un ensemble de musique de chambre.

 

Il a joué comme soliste avec le Rheinische philharmonique, l’Orchestre symphonique du Monténégro et l’Orchestre à cordes d’Omis.

 

Il est membre de jurys de concours croates et internationaux et donne des cours de haut niveau en Croatie et à l’étranger. Il a reçu le prix de la mairie de Dugi Rat pour son oeuvre de création musicale et culturelle. Le 16 mai 2005, il a donné au théâtre national croate à Split un récital de guitare et fait la promotion de son premier CD. 

 

Dès le début de ses études de guitare, il a commencé à composer. Il a écrit sa première composition à 12 ans qui lui a valu un premier prix dans trois concours.

 

Petar Culic a participé à de nombreux cours de perfectionnement avec les plus grands professeurs de guitare, en Croatie et à l’étranger : (Pepe Romero, Ana Vidovic, Marcin Dylla,William Kanengiser, ScottTenant, John Dearman, Mathew Greif, Pavel Steidl, Aniello Desiderio, Carlo Marchione, Tilman Hoppstock,Zoran Dukic, Costas Cotsiolis, Marco Tamayo, Jaime Zenamon, Predrag Stankovic, Ramon Carnota Mendez, Goran Krivokapic, Alexander S.Ramirez, Goran Listès, Denis Azabagic, Alexis Muzurakis, Lorenzo Micheli, Fabio Zanon, Judicaël Perroy, Darko Petrinjak…)

 

Le compositeur français Colette Mourey a créé une oeuvre pour guitare solo, appelée la Sonata Appasionata, Hommage à Petar CULIC. Cette oeuvre a déjà été éditée aux éditions Marc Reift (EMR).

 

 

 

 

 

 

 

 

Par brunorosar - Publié dans : Musique
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Mercredi 18 avril 2012 3 18 /04 /Avr /2012 17:03

I. Kutina

 

 

Le froid neigeux et désagréablement vif de février qui vous assaille durant ces quelques mètres jusqu'à l'entrée du Centre d'acceuil pour demandeurs d'asile à Kutina griffe les yeux et les remplis de larmes. De l'autre côté de la porte cinq jeunes sont assis et fument dans le vestibule où règne la chaleur. Ils ont dans les 25 ans, peut-être approchent-il la trentaine. Trois d'entre eux ont la peau foncée, l'un porte le maillot sportif de la représentation du Congo. Conscient que nous pourrions l'interroger, il détourne rapidement le regard, éteint sa cigarette à demi brûlée et d'un pas allongé il quitte le couloir aux airs connus. Les autres murmurent quelque chose, ensuite semblant désintéressés ils laissent errer leur regard, les yeux perdus vers un point imaginaire tracé sur les murs.

 

Ainsi sont les demandeurs d'asile, nous a t-ont dit à notre arrivée, méfiants, taciturnes, perpétuellement inquiets par le  lourd poids de leur destin. Et à la recherche constante de leurs années perdues, ajouterions-nous.

 

Au Centre d'accueil pour les demandeurs d'asile à Kutina sont actuellement hébergées 47 personnes. Elles viennent de divers coins du monde : Afghanistan, Iran, Georgie, Kosovo, Serbie, Bosnie-Herzégovine..., dans l'espoir que leur cas connaîtra une issue positive au cours de ces quelques mois que dure la procédure du ministère des Affaires étrangères  pour établir les bases afin d'obtenir l'asile. Ils croient qu'en Croatie ils entameront une vie nouvelle et plus heureuse. Tous - hommes, femmes, mineurs d'âge, familles avec enfants - ont demandé l'asile par crainte et pour cause de persécution endurée parce qu'ils sont d'une autre race, croyance, nationalité, confession ou parce qu'ils partagent une opinion politique différente. Bien qu'ils ne se confient que difficilement, nous tentons de briser la méfiance qu'ils ressentent envers tous ceux qui viennent du monde extérieur suspect.

 

 

Le plus loin possible du pays qui les persécute

 

- Je pense que là bas il n'y a pas de vie pour moi - dit timidement dans un mélange slave un Ukrainien de 26 ans dont nous ne pouvons révéler ni le nom ni la ville d'origine, de même que pour tous les autres demandeurs d'asile, car la loi interdit de dévoiler l'identité. Il pense qu'il n'y a pas de vie pour lui dans son pays natal qu'il a fui il y a quatre ans.

 

- Depuis des années je suis discriminé et persécuté parce que je suis catholique, tout comme ma soeur et ma mère qui s'est mariée et vit en Angleterre. Son père et son frère sont orthodoxes et vivent en Ukraine. En Ukraine cela pose un gros problème si tu appartiens à une autre Eglise. Ils m'ont battu à plusieurs reprises, m'ont attaqué au couteau et tous les jours des croyants non catholiques m'ont menacé, des membres des groupes d'extrême droite ainsi que la police - dit le jeune aux cheveux blonds, qui a terminé le lycée en mathématiques et des cours d'informatique.

 

Le Centre d'asile pour les étrangers est son foyer, car il n'en a pas d'autre. Pendant une brève période il a trouvé refuge dans un centre pour les demandeurs d'asile en Allemagne puis en Hongrie. Maintenant cela fait six mois qu'il est en Croatie.

 

Durant la promenade le long du sentier dont on a balayé la neige en face du Centre à Kutina il nous montre le bout de sa paume droite où est encore visible une cicatrice, née après qu'un fanatique religieux l'eut attaqué avec un morceau de verre. Il porte un simple tee-shirt, une veste légère ainsi qu'un pantalon de l'armée. En Ukraine l'hiver est bien plus rude. Cinq en-dessous de zéro tel que cela a été mesuré ce matin-là à Kutina est pour lui un temps agréable. En Ukraine il y a beaucoup de problèmes, dit-il, car la police couvre l'arbitraire et la mafia dont l'Etat tire profit.

 

- La police est pour l'essentiel composée de membres de l'ancien pouvoir communiste qui après les changements démocratiques au début des années 90 n'ont fait que changer d'habits. Le pouvoir et la police sont corrompus, ils épient massivent les citoyens, quant aux opposants ils les chassent de chez eux. Ce n'est pas un pays démocratique car Julia Timoshenko, (l'ex) Premier ministre d'Ukraine, a plus marqué les esprits pour les concours de plus jolie politicienne que pour la lutte contre la corruption, nous raconte notre Ukrainien.

 

En Hongrie, afin de gagner quelque chose, il vendait des meubles anglais via un catalogue que lui envoyait son beau-père d'Angleterre. L'argent gagné il le dépensait en vêtements plus l'une ou l'autre sortie au café. Dans le centre d'asile hongrois il a fait la connaissance de son épouse actuelle, originaire de Russie, laquelle a presque le double de son âge. Le même destin pénible les a liés l'un a l'autre.  Sa femme appartient à l'Eglise des Mormons, raison pour laquelle en Russie, tout comme lui en Ukraine, elle a subi des persécutions et des agressions physiques. Au moment de notre visite elle se trouvait en ville - les demandeurs d'asile peuvent se déplacer librement.

 

- Mon désir est de rester vivre en Croatie, cela peut être à la mer, peu importe. J'ai été une fois à Rijeka, cela me plaît. Les gens sont bons, ils ne sont pas agressifs comme en Ukraine. J'aime conduire et mon grand désir est d'être engagé comme chauffeur de tramway - déclare modestement le jeune Ukrainien.

 

La vie d'un demandeur d'asile est très difficile, l'incertitude omniprésente l'épuise. D'ici deux semaines le statut pour obtenir l'asile en Croatie, après avoir été refusé en Allemagne et en Hongrie, devrait faire l'objet d'une décision. Positive, espère-t-il, car il ne souhaite nullement rentrer en Ukraine.

 

 

Ali Agca ne vit pas ici

 

Nous visitons les locaux du Centre afin de vérifier dans quelles conditions vivent les demandeurs d'asile. Suivis par les regards muets des occupants, nous remarquons qu'il y fait propre et net. Au milieu du couloir au rez-de-chaussée se trouve le cabinet du médecin où une doctoresse examine les nouveaux venus. Ceux qui arrivent de pays à risque, où les maladies infectieuses sont répandues, sont testés en outre à Zagreb contre la malaria et le choléra. Pour l'instant on n'a pas noté de cas autrement sérieux de maladie.

 

Les demandeurs d'asile ont trois repas par jour, les enfants reçoivent le cas échéant des repas supplémentaires. Ils peuvent utiliser la salle de sport et par ailleurs disposent d'une salle de baskett et de volley. A l'étage se trouve un petit local où nous trouvons les enfants en train de dessiner et de chanter. Les chambres sont à quatre lits, séparées pour les hommes, les femmes et les familles. Une femme timide avec un petit enfant nous ouvre la porte de sa chambre. Elle n'est pas d'humeur à discuter et garde ses distances avec les étrangers. Il en va de même pour la majorité des demandeurs d'asile. A l'étage est située le local pour le linge et faire la cuisine au thé - tout est arrangé comme dans un petit hôtel.

 

Cela fait un mois qu'est arrivé au Centre un jeune d'une bourgade de Serbie, dont nous ne pouvons révéler le nom pour motif de sécurité. Bien qu'il soit né dans un milieu multiethnique, les problèmes ont commencé parce qu'il est de nationalité croate, nous dit-il d'un ton convainquant. 

 

- Les mauvais traitements physiques et psychiques ont commencé vers l'année 1993, lorsque la plupart des réfugiés de Croatie sont arrivés dans notre localité. Ils m'ont menacé et mon battu comme si j'étais coupable de leurs destins. Les gens avec qui j'ai grandi n'étaient en rien meilleurs. Ils me disaient que j'étais un Oustachi, qu'il fallait me jeter dans le Danube. Mes nerfs ont lâché, je suis allé chez le psychiatre, chez le psychologue de l'école. Je me sentais comme quelqu'un de moindre valeur, je me suis renfermé en moi, j'évitais les gens - nous raconte ce jeune.

 

Il dit que durant la dernière Pâques catholique il a été agressé et frappé dans un café. Il y a trois an il a déposé une demande pour obtenir la nationalité croate, une demande dont il attend toujours l'issue.

 

- Pour moi il n'y a pas de vie en Serbie. Je voudrais rester en Croatie, m'inscrire à la Faculté de philosophie car j'aime étudier toutes les religions et lire Friedrich Nietzsche. Pour son époque il était trop libéral car il professait que l'homme doit s'occuper de plus hautes valeurs que celles de son origine et de son apparence - termine notre interlocuteur.

 

Probablement que la plupart des autres habitants du centre s'accorderaient avec le grand philosophe. Notre visite touchant à sa fin, ils viennent dans le vestibule afin de jouer une partie de cartes. Nous cherchons à savoir s'ils connaissent Mehmet Ali Agca, qui soi-disant aurait récemment exprimé le souhait que la Croatie lui offre l'asile politique. Le bref silence est interrompu par un résident plus âgé.

 

- C'est celui qui a tiré sur le Pape. Celui-là ne vit pas ici - nous dit notre dernier interlocuteur avant de lâcher  une bouffée de cigarette.  

 

 

Les demandeurs d'asile ne sont pas des criminels et ils ne sont pas venus pour faire des histoires

 

Miroslav Horvat, le responsable du Centre d'accueil pour les demandeurs d'asile à Kutina ouvert depuis 2006, dit que pour s'occuper tous les jours des occupants du centre il y a deux travailleurs sociaux, quatre surveillants pour les affaires internes, deux professeurs de géographie, deux juristes et cinq travailleurs de la Croix Rouge qui leur offrent un appui psycho-social. Il ajoute qu'il n'existe pas de schéma tout faite suivant lequel les demandeurs d'asile arrivent en Croatie. Certains se déclarent volontairement au premier poste de police frontalier, d'autres franchissent illégalement la frontière.

 

Ce ne sont pas des criminels ni des personnes qui sont venues pour faire des histoires, tel qu'on le croit souvent. Néanmoins, il en est qui s'imaginent être persécutées pour une raison ou l'autre et qui n'ont donc pas d'élément de base pour obtenir le statut de demandeur d'asile. Avant que nous n'accordions le statut de demandeur d'asile, nous testons chaque personne au travers d'ONG et du centre informatif et documentaire, après quoi nous décidons si cette personne est menacée de persécutions et si sa vie est en danger dans le pays dont elle provient - déclare Horvat. Pour la personne à qui le statut de demandeur d'asile est accordé, l'Etat lui paie encore pendant un an les frais de logement, les cours de croate et il lui assure l'aide sociale afin de pouvoir s'intégrer le plus facilement possible dans son nouveau milieu.

 

 

Statistiques

 

  • 778 demandes d'asile ont été déposées depuis 2004, lorsque est entrée en vigueur le première Loi sur l'asile.
  • 120 demandes d'asile ont été déposées l'année dernière.
  • en 2009 le plus grand nombre de demandes (25) ont été déposées au départ de la Serbie, ensuite de l'Afghanistan (25), du Pakistan (13) et de la Bosnie-Herzégovine (10).
  • 15 statuts de demandeurs d'asile ont été accordés depuis 2004 (un du Soudan, deux d'Afghanistan, un de Somalie, un de Turquie, 3 d'Ouzbékistan, 5 de la Fédération de Russie, un d'Arménie, un d'Ukraine).
  • jusqu'à présent ont été accordés 5 statuts d'étranger sous protection subsidiaire (un tel type de protection est accordé aux étrangers qui ne répondent pas aux conditions pour l'asile, mais dont on soupçonne à bon droit qu'en retournant dans leur pays ils seraient exposés à de sérieuses injustices).

 

 

Source : novosti.com, le 18 février 2010.

Traduit par balkanikum.vefblog.net, le 18 février 2012. 

 

 

 

 

II. Ježevo

 

 

Par Tamara Opačić

 

 

« Anciennement à la place du mur qui entoure le centre il y avait une petite barrière de fils de fer. Il s’en trouvait un pour se pencher, l’autre pour se jucher sur son dos, sauter la barrière et tenter de fuir. La police les poursuivait à travers la localité si bien que les habitants se sentaient menacés. Cette vieille barrière me faisait penser à des camps. Le nouveau mur qui a été construit durant mon mandat s’élève sur quatre mètres et il n’est pas là pour le décor. Il est là pour les empêcher de s’enfuir. Ceci est un établissement de type fermé et c’est ainsi qu’il doit rester. En définitive tous sont ici pour une bonne raison ». Ainsi débute Josip Biljan la description de ses fonctions. Cela fait huit ans que Biljan exerce les attributions de responsable du Centre d’accueil pour étrangers Ježevo, un établissement tout ce qu’il y a de plus sérieux, un ancien motel qui aujourd’hui n’est autre que l’endroit principal destiné à l’accueil et la déportation des immigrants étrangers.

 

Dans le centre ont séjourné plus de mille ressortissant de différents pays dont la plupart ont eu pour seul pêché d’avoir tenté de passer la frontière croate sans les papiers réglementaires. Le jour de ma visite, le centre comptait 43 « occupants » dont la plupart attendaient d’être déportés dans leurs pays d’origine tandis que douze se trouvaient inscrits en procédure d’asile. « Autrefois la majorité provenait de Roumanie et du Kosovo. Mais avec l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne et l’obtention de l’indépendance du Kosovo, leur nombre a diminué. Maintenant la majorité vient d’Afghanistan et d’Albanie, et leur déportation pose pas mal de problèmes étant donné que la Croatie ne possède pas de ligne aérienne directe avec ces pays. A cela s’ajoute que l’Afghanistan n’a pas d’ambassade en Croatie. L’ambassade la plus proche se trouve à Vienne et c’est par eux que nous tentons en permanence de faciliter les déportations, toutefois cela ne les intéresse guère », explique Biljan, qui dans son bureau se débat avec ses statistiques. "On a là une Belge, plusieurs venus d’Italie, du Kosovo, de la Somalie, de la Lybie, un de Jamaïque… Celui-là est intéressant – un Jamaïcain qui a autrefois vécu en Amérique alors qu'en Croatie il a travaillé comme danseur sans permis de travail ». Le responsable du centre poursuit son exploration des statistiques : « Sur le total il y a cinq femmes et pour l’instant aucun mineur. Lorsqu’ils ne sont pas accompagnés, on les place d’ordinaire à Dugave, le Foyer pour l’éducation de l’enfance et de la jeunesse. »

 

Dans ce centre surpeuplé jusqu’il y a peu il est prévu que soit bientôt construit une structure séparée pour les mineurs, ce qui répond à l’une des exigences découlant des négociations d’adhésion avec l’Union européenne. « L’ouvrage s’élèvera sur deux étages et à la place de l’actuelle aire de jeu nous projetons de construire un bâtiment séparé pour les familles », explique Biljan tout en montrant le plan de la construction. A la question de savoir si les capacités d’accueil vont encore s’étendre du fait qu’en rejoignant l’espace Schengen la Croatie pourrait devenir le pays le plus en butte à l’immigration illégale, le premier flic de Ježevo répond : « D’après nos estimations cela n'aura pas lieu d'être parce que nous tendons au renforcement des frontières. Je suis plus inquiet quand il s’agit des normes législatives qui sont déplorables. Ainsi, l’étranger dépose-t-il une demande d’asile en Croatie puis il gagne l’Autriche, eux nous le renvoie et lui continue d’avoir le droit d’être dans notre système. Si c’était moi, mon ami, ce serait niet car visiblement ton intérêt n’est pas d’être en Croatie », tranche sévèrement Biljan qui ne souhaite toutefois pas trop se perdre en commentaires sur la politique migratoire. « C’est un problème complexe qui ne me concerne pas. Que s’en occupent les agences dont c’est la compétence, la mienne étant d’empêcher les migrations illégales. En fin de compte je représente l’appareil répressif. Et il n’est pas vrai que nous les Croates n’aimons pas les étrangers, nous sommes un pays ouvert. N’avons-nous pas été constamment sous un pouvoir étranger ? Ce n’est pas aujourd’hui non plus que quelqu’un de bien intentionné va nous embarrasser. Mais on ne peut quand même pas amener des étrangers et ensuite faire d’eux de plus grands démunis qu’on ne l’est soi-même. »

 

Avant de débuter la visite du centre, le responsable admet que l’établissement n’est pas équipé pour que les étrangers en attente d’être déportés, ou bien plus rarement d’être acceptés, puissent tuer le temps. « Nous avons deux travailleuses sociales, mais nous ne sommes pas tenus de travailler avec eux [les étrangers] parce qu’ils ne restent que quelques jours ou tout au plus trois mois. Nous avons une librairie, plusieurs jeux de société, une aire de jeu qu’ils peuvent fréquenter quelques heures par jour. Mais nous n’avons pas de panneaux de basket ni de cages de but. J’ai contacté tout le monde pour obtenir une aide mais personne ne s’en soucie. C’était le devoir de l’Union européenne mais ils n’ont rien fait. Toutefois c’est encore en improvisant que les gens s’amusent le mieux ». A la différence des maigres moyens qui ont été accordés pour les passe-temps et l’investissement culturel des occupants de Ježevo, la Croatie, en dépit de la crise, continue d’allouer des moyens considérables pour satisfaire aux frais de déportation. D’après Biljan, la somme s’élève à 1.7.00.000 kunas, une somme qui a augmenté étant donné qu’actuellement 99% des déportations se font par avion.

 

Le long du couloir qui abrite le bureau du responsable est située la partie du bâtiment placée sous étroite surveillance. Le bruit des clés qui remuent aura suffi pour créer un tumulte dans ce goulet. Une quinzaine d’hommes, tous habillés du même survêtement de couleur bleu claire, ainsi que deux infirmières, se pressent dans le couloir désireux de jeter un coup d’œil sur les rares visiteurs qui viennent s’enquérir de cet abri transitoire. « Ici se trouve l’infirmerie, ensuite vient le local de surveillance où l’on place ceux qui souffrent de maladies contagieuses, puis la salle des visites, où le plus souvent ils rencontrent leurs avocats », explique Biljan sous le regard d’une partie des habitants du centre.

 

Mais le plus intriguant est encore la salle dont les murs sont recouverts d’étagères remplies de sacs blancs. « Là se trouvent leurs vêtements et objets personnels. Nous leur lavons tout ça bien gentiment et leur restituons le jour où ils quittent le centre. Un traitement dont ils ne pourraient rêver dans aucun hôtel », plaisante le chef en train de gagner le lieu qu’il partage à sa façon avec eux.

 

Bien qu’une table de tennis occupe la grande salle donnant sur l’aire de jeu, où seul un homme d’âge moyen se défoule, la plupart des résidents temporaires sont assis à bavarder en petits groupes autour de tables ou bien ils regardent la télévision d’où parviennent des sons d’un programme musical. « Nous autorisons les prises de photos mais pour leur sécurité je vous déconseille de le faire. En fin de compte la majorité est en procédure d’asile », explique Biljan. Il rajoute « il en est peu qui connaissent l’anglais, je doute que vous puissiez vous comprendre ». Ayant entendu que nous sommes à la recherche de quelqu’un pour s’entretenir, un jeune Libyen montre du doigt un jeune homme installé à la table voisine.

 

« En quête de meilleures conditions de vie, j’ai fui tout seul et sans documents d’un Afghanistan détruit. Il y a un mois ils m’ont attrapé à la frontière slovéno-croate. Je souhaite rester en Croatie et j’ai donc déposé la demande d’asile », déclare Mohammed Ali Fayzi (24), qui affirme être satisfait des conditions de vie dans le centre. En revanche ses compatriotes qui n’ont pas tardé à nous entourer de leur présence ne partagent pas cet avis. « Notre seul pêché est d’avoir fui la catastrophe de la guerre. Méritons-nous vraiment d’être dans cette prison à cause de cela ? La police se comporte avec nous comme si nous étions des bêtes », traduit Fayazi leur griefs pendant qu’un policier monte la garde derrière son dos. « Ces quatre-là font la grève de la faim depuis quinze jours parce qu’ils veulent être transférés dans le centre d’accueil pour demandeur d’asile à Kutina. Le plus âgé d’entre eux pèse maintenant à peine 56 kilos », dit le jeune Afghan. « Pensez-vous que quelqu’un qui depuis quinze jours ne prend plus de nourriture ni d’eau serait réellement en état de se tenir sur ses jambes ? Nous en avons eu qui ont fait la grève de la faim pour de bon mais cette fois ce n’est pas le cas. Lors du repas commun il est vrai qu’ils ne consomment rien mais ensuite les autres leur apportent de la nourriture dans la chambre. D’ailleurs, ils sont constamment sous surveillance médicale et nous ne manquerions pas de savoir s’ils faisaient réellement la grève de la faim », rétorque Biljan aux affirmations proférées par le groupe d’Afghans.

 

Au moment de nous quitter, Fayazi ne déborde pas d’optimisme. « Que la chance soit avec nous deux », répond-il au vœu exprimé que sa demande d’asile aboutisse positivement. Sachant qu’en Croatie ces huit dernières années seules 30 demandes d'asile déposées sur un total de 2.035 ont été autorisées, ce jeune Afghan n’a pas trop de raisons d’espérer. Si en quête d’une vie meilleure il a d’abord été stoppé par les frontières, puis par les murs d’un centre bien clôturé, en définitive son sort sera celui que lui accorde un système où les étrangers ne sont toujours pas les bienvenus.

 

 

Source : h-alter.org, le 16 avril 2012. 

Traduit par balkanikum.vefblog.net, le 18 avril 2012.

 

 

 

Par brunorosar - Publié dans : Démographie et peuplement
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Mardi 17 avril 2012 2 17 /04 /Avr /2012 16:35

Mario Kovač

 

 

 

 

Metteur en scène et réalisateur

 

En 1995 il crée le «schmrtz teatar», (renommé Nova Grupa en 2000), groupe théâtral indépendant formé par les jeunes intéressés par le primitivisme moderne, par les modes de vie alternatifs, les activités de la culture underground et l'influence politique du théâtre. Il travaille en collaboration avec différentes revues croates (Frakcija, Nomad Arkzin......).  

 

Mario Kovač écrit sur le théâtre contemporain la Pop culture, l'art alternatif et subversif. En 2001 il publie le livre de brefs récits Baršunasto podzemlje (Velvet Underground). Il dirige plus de vingt spectacles de théâtre croates dont le théâtre national de Split et celui de Rijeka, remportant des prix aux festivals nationaux les plus réputés (Marulićevi Dani, Festival Malih Scena.....) Ponctuellement il travaille comme metteur en scène de drames radiophoniques sur la troisième chaine de la Radio nationale croate. 

 

Une de ses particularités réside dans le travail théâtral avec les personnes handicapées.

 

Par brunorosar - Publié dans : Artistes et personnalités diverses
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