Renato Baretić

Publié le 27 Janvier 2018

Renato Baretić

 

 

Renato Baretić est né à Zagreb en 1963. Il a étudié la phonétique et la littérature comparée, ainsi que la politologie et le journalisme. Il a notamment contribué au célèbre hebdomadaire satiriste aujourd’hui disparu Feral Tribune, et été co­scénariste d’une série TV qui évoque avec ironie les aventures d’une équipe de journalistes à Split et jette un regard critique sur la vie publique croate à l’aube du XXe  siècle.
Il est l’auteur de plusieurs romans, 
Le huitième envoyé est son premier, lauréat de nombreux prix littéraires. Depuis une dizaine d’années, Renato Baretić réside et travaille à Split.


 

Le huitième envoyé


 

Welcome to Absurdistan

Un homme politique est exilé sur une île mystérieuse des Balkans : le conte cruel, autour d'une minisociété démente, du romancier croate Renato Baretic.


 

Il est inhabituel ce livre, au point qu'il est difficile de le ranger dans une catégorie. S'agit-il d'une parabole, d'une satire, d'une ode au multiculturalisme balkanique ? Probablement les trois à la fois. Tout commence à Zagreb, où un homme politique en pleine tourmente médiatique est envoyé par le Premier ministre se faire oublier sur l'île de Terzola. Il a pour mission d'organiser des élections et de mettre en place une autorité municipale car, depuis l'avènement de la jeune République croate, cette île isolée vit dans une sorte d'autarcie énigmatique qui commence à agacer le gouvernement. Voilà donc Sinisa Mesnjak dépêché dans ce bout du monde où les portables ne passent plus. Il n'est pas rassuré : les sept envoyés qui l'ont précédé sont morts ou portés disparus.

Avec ce premier roman, Renato Baretic a créé une société miniature démente. Sur cette île escarpée survivent de vieux autochtones hautement rustres : “Pour le carnaval, ils ne se déguisent pas, mais ils mettent le feu à la chèvre la plus vieille et la plus faible, et ils la laissent courir ici.” L'envoyé découvre qu'ils sont ravitaillés en victuailles mais aussi en matériel de haute technologie par des contrebandiers italiens grassement payés. Car l'île bénéficie des largesses d'un généreux donateur, natif ayant fait fortune en Australie qui maintient artificiellement en vie la terre de ses ancêtres.

On s'en doute, les îliens ne voient pas arriver d'un bon oeil le représentant de l'autorité, qui tente d'effectuer sa mission dans une ambiance ubuesque. Le plus drôle, assurément, réside dans le dialecte parlé par les autochtones. Si éloignés du pouvoir central, qu'ils en ont oublié leur croate, ils s'expriment dans un mélange d'italien de cuisine et d'anglais de bas étage. “Olso, nun serà puossibile… Andeustoude ?”

Peu à peu, Sinisa va découvrir les mystères du lieu, et ils sont nombreux. C'est en cela que ce roman surprend, comme cette île où la plus rustre ruralité cotoie la modernité australienne, où parmi les autochtones se cachent un malfrat bosnien, une aborigène, une star du porno en cavale, un mathématicien fou. Au milien de l'humour et des situations cocasses émerge un passé horrible. Parmi d'étranges récits de morts atroces, un vieux raconte avoir égorgé un par un, et pour le plaisir, les derniers bébés phoques de Méditerranée. Sylvie Tanette.


 

Le Huitième Envoyé (Gaïa), traduit du croate par Chloé Billon, 288 pages, 20 euros.

Source : Les Inrockuptibles, 9 novembre 2016 (87)

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Ecrivains

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