La visite de Kolinda Grabar-Kitarović à Moscou

Publié le 20 Octobre 2017

1. Alliance imminente entre la Russie et la Croatie ? 



La visite de grande envergure des autorités croates en Russie annonce-t-elle
une évolution importante des relations qu’entretiennent Moscou et Zagreb? 
La Croatie est-elle en train de se transformer en alliée proche de la Russie en Europe?
Réflexion du directeur adjoint du centre analytique Carnegie de Moscou. 

Une nouvelle manœuvre de la politique russe dans les Balkans: pendant que certains tentaient d'évaluer l'ampleur de l'influence russe sur le Monténégro ou sur la Macédoine, Moscou s’est soudainement rapproché de l'un des pays les plus pro-américains de la région, à savoir la Croatie, estime Maxim Samoroukov, observateur et directeur adjoint du centre de réflexion Carnegie de Moscou, dans un éditorial consacré à la première visite du leader croate en Russie depuis 2009. 

Qui plus est, le déplacement de la Présidente Kolinda Grabar-Kitarović, dans le cadre duquel elle s’est entretenue avec son homologue russe, Vladimir Poutine, mais aussi avec la Présidente du Conseil de la Fédération (sénat russe) et le patriarche Cyrille, a coïncidé avec un forum consacré à la coopération économique russo-croate, événement qui a attiré quelque 150 hommes d’affaires de ce pays des Balkans, explique-t-on dans l’éditorial. L’envergure de cette visite est-elle annonciatrice d’une évolution radicale de la coopération entre Moscou et Zagreb?

 

Comme le souligne M.Samoroukov, les liens économiques réels entre les deux pays sont très modestes et même de telles rencontres présidentielles ne peuvent pas pallier les conséquences des sanctions et la chute des cours du pétrole. La rencontre entre les deux leaders n'a non plus donné de résultats révolutionnaires, ce qui n’a toutefois pas empêché les deux parties de tirer plusieurs avantages de cette rencontre, juge-t-il.

 

Avantages géopolitiques

«Tout d'abord, Moscou se débarrasse ainsi des dernières allusions concernant son isolement en Europe depuis la crise ukrainienne. Il y a encore deux ans, annoncer qu'un dirigeant européen avait rencontré Poutine sonnait comme une accusation. Désormais, ce n'est qu'une simple nouvelle», explique l’auteur.

D’ailleurs, note M.Samoroukov, pour la dirigeante croate Kolinda Grabar-Kitarović comme pour la plupart des leaders d'Europe de l'Est, un entretien personnel avec Poutine est une tentation à laquelle il est impossible de résister. Tout le reste du temps, Vladimir Poutine peut être présenté sous un mauvais jour, mais «dès qu'un entretien personnel est convenu, cela devient l'événement diplomatique le plus important de l'année, couvert dans les moindres détails. Qui songe à l'isolement quand il a une chance d'être pris en photo en serrant la main de Poutine en personne pour signifier on ne peut plus clairement à ses électeurs: vous voyez, je suis au centre de la géopolitique mondiale».

 

 

Intérêts économiques

Les raisons purement diplomatiques n'auraient certainement pas suffi pour organiser une visite de cette ampleur. Cette dernière s'explique certainement, entre autres, par une question apparue soudainement dans les relations russo-croate – une question à 1,3 milliard d'euros. Telle est la somme due par la compagnie croate en faillite Agrokor aux banques russes Sberbank et VTB, est-il expliqué dans l’éditorial.

L’expert rappelle que Moscou est prêt à aborder avec les Croates un cercle relativement restreint de questions économiques.

«Personne n'annulera les contre-sanctions simplement parce que la Croatie s'est légèrement
 rapprochée de la Russie. La Grèce, Chypre ou la Hongrie ont entamé ce rapprochement
bien avant et ont avancé bien plus loin, mais aucune exception n'est faite même pour ces pays. 
Alors que les produits agricoles constituaient la majeure partie des exportations croates
en Russie avant la crise ukrainienne». 

Traditionnellement, la Croatie intéresse la Russie avant tout dans le domaine énergétique. Il y a un mois, Gazprom a enfin réussi à signer avec les Croates un nouveau contrat sur 10 ans pour leur fournir 1 milliard de mètres cubes de gaz par an. En 2010, la Croatie avait fait partie des rares pays d'Europe de l'Est à renoncer complètement à l'achat de gaz russe et n'avait rien acheté en 2011-2012. Les approvisionnements ont repris en 2013 mais c'est seulement aujourd'hui qu'ils sont revenus à leur niveau normal. La Russie souhaite également décrocher de nouveaux contrats pour la modernisation des centrales électriques croates, écrit M.Samoroukov.

Cette visite est donc plutôt une voie vers la normalisation des relations. Une tentative de faire revenir la coopération entre les deux pays à leur niveau normal après plusieurs années de stagnation. Ce qui est déjà beaucoup dans les conditions actuelles, conclut-il.

 

 

Source : fr.sputniknews.com, le 20 octobre 2017. 

 

 

 

 

2. La Croatie comme un pont de coopération entre la Russie, l'UE et l'OTAN ?


 

À l’issue de sa visite de trois jours à Moscou, la Présidente croate Kolinda Grabar-Kitarovic a déclaré que son pays pourrait servir de pont de coopération entre la Russie, l’Union européenne et l’Otan. Sputnik en a demandé l’avis à des experts.

Il ne serait tout simplement pas logique si la Croatie, membre de l'UE et de l'Otan, devenait un pont entre la Russie et l'Occident, a déclaré à Sputnik le politologue serbe Dragomir Andjelkovic.

«Dans un tel cas de figure, un conflit d'intérêts ne serait pas à exclure, et il serait pour le moins difficile de s'attendre à ce que Zagreb puisse être un médiateur impartial. Par contre, Belgrade y serait beaucoup mieux placé, la Russie et la Serbie entretenant des relations de partenariat stratégique», a expliqué l'interlocuteur de l'agence.

Et de rappeler que la Serbie ne faisait que se préparer à l'adhésion à l'Union européenne, tout en entretenant des rapports corrects avec l'Otan.

«Somme toute, Belgrade se trouve entre la Russie et l'Occident», a résumé M.Andjelkovic.

Il a par ailleurs tenu à ajouter que la Serbie refusait toujours d'introduire des sanctions antirusses, en s'attirant par là des critiques.

«Si la Russie acceptait qu'un État membre de l'Otan serve de médiateur dans ses relations avec l'Occident, elle laisserait entendre à des pays, tels que la Serbie, qu'observer une neutralité n'est pas du tout un avantage», a conclu le politologue.

À ce jour, la Croatie n'est pas un leader régional, et d'autant plus international, a indiqué à Sputnik Irina Roudneva, du Centre d'étude de la crise balkanique actuelle, estimant que Zagreb ne pouvait tout bonnement pas prétendre au rôle de médiateur.

«Il n'est pas non plus à oublier que la Croatie développe de façon très intense ses rapports avec l'Ukraine, dont certains politiciens se proposent même d'utiliser l'expérience croate  pour la réintégration du Donbass», a-t-elle souligné.

Selon Mme Roudneva, il est toutefois fort significatif que la Présidente d'un pays qui suit fidèlement la politique européenne, qui a vite rallié la rhétorique et les sanctions antirusses, soit venue en Russie pour une visite de trois jours.

«Le fait que de petits pays de l'UE commencent à se comporter ainsi prouve que l'état des choses dans les relations entre Moscou et Bruxelles change», a résumé l'interlocutrice de Sputnik.


 

Source : fr.sputniknews.com, le 21 octobre 2017.

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Russie-Croatie

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