Agrokor (II)

Publié le 9 Avril 2017

5. La chute d'Agrokor fait trembler la Croatie 

 

Ils sont des dizaines de milliers de caissiers, fermiers ou fournisseurs à suivre avec angoisse la crise d'Agrokor, le plus gros acteur d'une économie croate fragile, qu'une faillite du géant déstabiliserait. Dans les Balkans, ce sont 60.000 personnes qui sont employées par Agrokor, géant de l'agroalimentaire et de la distribution, perclus de dettes. Et des dizaines de milliers d'autres emplois induits sont également en jeu dans ce pays où le chômage touche quelque 15% de la population.

 

De quoi forcer le gouvernement croate à se mobiliser, en faisant voter jeudi une loi pour tenter d'empêcher le géant de s'effondrer et "maintenir la stabilité économique et celle du système financier" du pays. En septembre, les dettes du groupe étaient estimées à six milliards d'euros, pour un chiffre d'affaires annuel de 6,7 milliards d'euros, soit 15% du PIB de la Croatie.

 

"Exode rural relancé"

 

Les fournisseurs, souvent dépendants du mastodonte, peinent à se faire payer. Zvonimir Belic, un des principaux producteurs de tomates de la région, vend un tiers de sa production à Agrokor, qui possède notamment la chaîne de distribution Konzum: "Continuer à produire sans argent est dur, mais c'est encore plus dur de trouver un nouveau marché." "Il ne s'agit pas seulement de sauver Agrokor, mais aussi des entreprises croates. Nous n'avons plus beaucoup de temps (...) des décisions doivent être prises", ajoute-t-il.

 

"Un effondrement d'Agrokor plongerait la Croatie dans la récession, on reviendrait à 2008", prévient Vladimir Nisevic, rédacteur en chef du journal économique Poslovni dnevnik. La chambre d'Agriculture de Croatie a prévenu qu'un effondrement d'Agrokor entraînerait la faillite de fermes, "et un exode rural relancé". Selon les analystes, l'énorme endettement de la compagnie dans des conditions défavorables, dont les principaux créditeurs sont des banques nationales russes Sberbank et VTB, est imputable à une politique d'acquisition agressive, fondée sur l'emprunt bancaire.

 

Une "expansion (...) trop rapide soutenue par un financement fragile", selon l'analyste économique Luka Brkic. Quand en janvier, Agrokor se retire d'un accord avec des créditeurs, la confiance finit de s'évaporer. Certaines entreprises du groupe voient leurs comptes gelés en raison de dettes non payées, envers l'Etat et des fournisseurs.

 

Propriété de l'homme d'affaire Ivica Todoric, le géant est presqu'aussi important que le tourisme pour l'économie croate, qui s'est relevée en 2015 après six ans de récession quasi permanente. L'économie du tout dernier membre de l'Union européenne est l'une des moins performante du bloc. Mais l'onde de choc frapperait aussi la Bosnie-Herzégovine, la Serbie et la Slovénie où Agrokor emploie plusieurs milliers de personnes. Le Premier ministre serbe Aleksandar Vucic a abordé le sujet cette semaine avec son homologue croate Andrej Plenkovic.

 

Le silence du "Patron"

 

Surnommé "le Patron", Ivica Todoric, 66 ans, brille en revanche par son absence et son silence. Il s'était lancé dans les affaires dans les années 1970 du temps de l'ex-Yougoslavie, en commençant dans le commerce des fleurs. Il a fondé Agrokor juste avant la disparition de la Yougoslavie dans les années 1990 et profité du processus de privatisation pour bâtir un empire et devenir un des hommes les plus influents des Balkans.

Il a d'abord eu l'image de l'homme d'affaires modèle, qui a aidé l'économie croate à se redresser après le conflit d'indépendance de 1991-95. Mais pour ses détracteurs, il s'est bâti une situation monopolistique au point d'en devenir intouchable, et d'abuser de son influence.

 

Après avoir obtenu de six banques créancières un moratoire sur ses paiements, Agrokor a été pris en main par un administrateur pour restructurer la compagnie. "Il n'y a aucune garantie que nous allons réussir", a prévenu mardi celui-ci, Antonio Alvarez. "A terme, d'une manière ou d'une autre, se sont les gens ordinaires comme nous qui vont payer", dit Josipa, caissière dans un supermarché Konzum à Zagreb. Craignant pour son emploi, elle ne souhaite pas dévoiler son nom de famille.

 

 

 

Source : lefigaro.fr, le 7 avril 2017.

 

 

 

 

 

 

6. La crise d'Agrokor menace les Balkans


 

Les graves difficultés économiques du géant croate de la distribution et de l'agroalimentaire, Agrokor, menacent l'ensemble des Balkans, une des régions les plus pauvres d'Europe, a prévenu lundi le nouvel administrateur du conglomérat.

"Nous sommes devant une bataille (...) pour que cette crise d'entreprise ne s'étende pas à l'économie de la Croatie et de toute la région" des Balkans, a averti Ante Ramljak, désigné lundi par le gouvernement comme l'administrateur du groupe et qui sera en charge de sa restructuration.

Expliquant que la priorité était d'assurer le paiement des salaires et de payer les fournisseurs, ce financier a averti qu'il "n'y avait pas beaucoup de temps".

Agrokor emploie directement dans cette région du sud-est de l'Europe 60.000 personnes, dont les deux tiers en Croatie. Il faut y ajouter les emplois induits, de producteurs agricoles par exemple.

L'Etat a pris le contrôle d'Agrokor pour tenter d'éviter un effondrement du groupe dont le chiffre d'affaires (6,7 milliards d'euros en 2016), représente environ 15% du Produit intérieur brut de la Croatie, dernier pays à avoir rejoint l'Union européenne.

Fruit d'une politique agressive d'acquisitions financées par l'emprunt bancaire, l'endettement du groupe est colossal, estimé en septembre à 6 milliards d'euros.

Agrokor est un acteur économique important dans toute la région, où le chômage est élevé.

Samedi, le Premier ministre de la Serbie voisine, Aleksandar Vucic, a expliqué que les autorités travaillaient à "un plan visant à assurer que l'argent des compagnies reliées au système Agrokor ne quitte pas la Serbie". "Car nous ne pouvons pas tous couler", a ajouté le responsable.

Les géants de la distribution serbe Idea et Merkator appartiennent par exemple à Agrokor.


 

Source : lalibre.be, le 10 avril 2017.

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Economie et mouvements sociaux

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