Le KHL Medveščak

Publié le 23 Décembre 2016

Les Québécois et la galère croate dans la KHL

 

 

À l’été 2013, la KHL en a surpris plus d’un lorsqu’elle a intégré dans ses rangs le Medvescak de Zagreb. Le club croate jouit à l’époque d’une belle réputation en Europe centrale. Après quatre saisons dans l’EBEL, la ligue liée au Championnat de hockey autrichien, les dirigeants du club ont vu grand. Ils ont décidé de passer d’une ligue régionale à une ligue continentale.

À l’époque, la presse russe n’a pas été tendre envers cette acquisition. Les journalistes ont allègrement rappelé au public que la Croatie n’est pas un pays de hockey. La KHL n’a pas été impressionnée par ces arguments, puisque le club a toujours eu pour but de mettre sous contrats des étrangers, dont plusieurs Québécois. Lors de la première saison, Mathieu Carle et Charles Linglet ont ouvert la voie au gars de chez nous.

Après une première participation aux séries éliminatoires à sa première saison, le club a rapidement connu des problèmes financiers. À l’hiver 2015, Mathieu Carle, Martin St-Pierre et Pascal Pelletier n’ont pas reçu leur salaire annuel au complet. La dette envers Pelletier n’a pas duré puisqu’il est racheté sa deuxième année de contrat. Celles envers Carle et St-Pierre n’ont toutefois pas bougé avant qu’une poursuite judiciaire ne soit déposée devant la cour croate. Malgré tout, les Québécois continuent de rejoindre la formation. Francis Paré en est un exemple.

« Je suis arrivé avec le Medvescak avec une bonne attitude. J’ai travaillé très fort en vue de cette saison. C’est payant. L’entraîneur me donne beaucoup de temps de glace. Zagreb est une des plus belles villes du monde. Les gens sont formidables ici. La température y est aussi très clémente. On se promène en veste d’été durant le mois de novembre. J’adore ça. »

Depuis deux ans, le club est dirigé par Gordie Dwyer. Le natif du Nouveau-Brunswick se débrouille bien, mais il doit faire avec les outils qu’on lui donne. Chaque mois, des joueurs de premier plan quittent l’équipe pour d’autres clubs de la ligue. À cause du budget limité du club, les dirigeants du club vendent volontiers leurs meilleurs joueurs pour renflouer les coffres de l’équipe. Zagreb est donc devenu un tremplin pour obtenir de gros contrats en Russie.

Cette saison, Medvescak a mis sous contrat cinq gardiens de but. Danny Taylor, le premier gardien de l’équipe, a été vendu au Sibir de Novossibirsk. Les meilleurs marqueurs quittent aussi l’équipe. Brandon McMillan est passé au Torpedo de Nijni Novgorod, le mois passé, tandis que Gilbert Brule a pris la route de Nijnekamsk. Francis avoue que cette situation n’est pas toujours facile à vivre.

« C’est difficile de perdre des joueurs de cette qualité, mais nous le prenons comme un défi intéressant à relever. Ça nous pousse à travailler plus fort et à devenir de meilleurs joueurs. Ici, des gens nous regardent. Se surpasser nous permet d’avoir une chance d’obtenir de bons contrats ailleurs dans la ligue. »

Le club ne fait pas que vendre ses joueurs pour joindre les deux bouts. Sur la route, l’équipe utilise des vols commerciaux pour se rendre à l’étranger. Le Medvescak est le seul club à utiliser le système plutôt particulier.

« Le voyagement est difficile. Voler en vols commerciaux, ça fait des longues journées. En plus, nous avons été sur la route pendant presque toute la première moitié de la saison. En décembre et en janvier, nous serons presque toujours à la maison. Ça va faire du bien. »

Francis n’est pas le seul Québécois à vivre la galère des vols commerciaux du Medvescak. Yan Sauvé, Samson Mahbod, Alexandre Giroux et Alexandre Bolduc vivent l’aventure rocambolesque du petit club croate de la KHL. Francis ne cache pas que vivre en colonie québécoise aide à lui remonter le moral.

« Avec autant de Québécois dans l’équipe, on se sent à la maison même lorsqu’on est sur la route. On forme une vraie “french connection.” On se tient toujours ensemble. Lors d’un souper, on peut communiquer en Français et ça rend les voyages un peu plus faciles. »

 

Une deuxième année pour Bolduc

Au sein du groupe, le vétéran de la KHL est Francis Paré. Il a rejoint le Metallurg de Magnitogorsk en 2014 où il est devenu le premier Québécois à remporter le Coupe Gagarine. La saison suivante, il a été échangé au Traktor de Tcheliabinsk où il terminera la campagne de 2014-15. À l’été 2015, Alexandre Bolduc viendra le rejoindre dans l’Oural, mais les deux Québécois n’y resteront pas longtemps.

Paré a joué seulement 14 matchs avant d’être transféré au Slovan de Bratislava. Il ne connaitra pas beaucoup de succès avec le club slovaque. Il le quittera rapidement pour la Finlande. Slovan lui doit encore une partie de son salaire de cette saison, mais l’arrivé d’un nouveau commanditaire pourrait aider à fermer ce dossier d’ici le nouvel an. Alexandre Bolduc, quant à lui, a été licencié par le Traktor après seulement trois matchs. C’est après ce court passage en Russie qu’il a rejoint le Medvescak de Zagreb. Heureux de son expérience en Croatie, le natif de Châteauguay a décidé d’y revenir cette saison.

« Ça n’a pas été difficile pour moi de choisir Zagreb. J’aime l’équipe d’entraineurs et je m’entends bien avec les joueurs de l’équipe. Lorsque le club m’a proposé de revenir, je n’ai pas hésité à le faire. »

Outre Bolduc, le seul Québécois de la formation de l’an dernier est Stefano Giliati. Le Montréalais joue aujourd’hui pour les Wild Wings de Villingen-Schwenningen dans la DEL. Beaucoup de rumeurs ont aussi couru par rapport aux salaires impayés de la saison 2015-16. À ce propos, le président du club, Damir Gojanovic, a même été suspendu par la ligue pour avoir géré l’équipe de manière irresponsable. Bolduc dit ne pas avoir eu de problèmes de ce côté.

« L’an dernier, le Traktor m’a versé un montant d’argent lors de mon rachat de contrat. Ce dossier est réglé depuis longtemps. J’ai aussi été payé par Medvescak. Il y a certes eu des problèmes à ce propos lors des saisons précédentes. La situation n’est pas facile avec la crise économique et les sanctions. C’est pour ça que le club vend des joueurs. Le but c’est de parer à ces problèmes pour ne pas répéter les erreurs du passé. »

Alexandre comprend les raisons liées à la politique de transferts du club, mais il avoue que ce n’est pas toujours facile pour les gars demeurant avec l’équipe.

« Le directeur général n’a pas le choix de vendre les meilleurs joueurs de l’équipe. Le personnel d’entraineur doit donc s’ajuster. C’est aussi triste pour nous, car on perd de bons coéquipiers et des amis. Les dirigeants sont tout de même débrouillards, car ils réussissent à trouver de bons gars pour les remplacer. On remplace donc des bons joueurs par d’autres bons joueurs. »

Cette année, le Croate Mike Glumac, né à Niagara Falls, est capitaine du Medvescak. Un de ses adjoints est Goran Bezina, l’ancien capitaine de Genève-Servette. Ce dernier est né en Croatie, mais sa famille s’est exilée en Suisse durant la guerre. Alexandre a hérité du deuxième poste d’adjoint. Le Québécois est flatté de la confiance que lui portent les dirigeants du club.

« On m’a donné un rôle de leader au sein de l’équipe. Ça me met en confiance et je deviens un meilleur joueur. Mon jeu offensif s’est aussi amélioré. J’aimerais certes marquer plus de buts, mais cela va venir avec le temps. »

Avec 17 matchs à jouer en saison régulière, la tâche ne sera pas facile pour le Medvescak. Il doit rattraper un retard de 14 points pour rejoindre le huitième rang de la Conférence de l’Ouest. Il n’est d’ailleurs pas exclu que d’autres joueurs importants quittent de nouveau la formation. La date limite des transactions est le 25 décembre prochain et plusieurs clubs russes cherchent à boucher des trous en vue des séries. Alexandre n’a toutefois pas encore lancé la serviette.

« Malgré tous les transferts, nous formons tout de même un bon collectif. C’est une des raisons pour lesquelles je suis revenu au sein de l’équipe. Dans ce contexte difficile, nous continuons à nous serrer les coudes et à viser une participation aux séries éliminatoires. Il nous reste beaucoup de matchs à jouer à la maison. Je crois que nous pouvons encore remonter la pente. Il s’agit d’échapper moins de points sur la route et de continuer à bien jouer à la maison. »


 


 

Par Alexandre Pouliot-Roberge

 

Source : rds.ca, le 23 décembre 2016.

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Hockey sur glace

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