Des rancoeurs soigneusement entretenues

Publié le 8 Août 2016

1. Belgrade et Zagreb n'arrivent pas à tourner la page


 

Les relations entre Zagreb et Belgrade ne cessent de se détériorer depuis des semaines, l’âpreté des échanges témoignant de l’incapacité des anciens ennemis à tourner la page.

 

« Renaissance du nazisme » en Croatie, accuse Belgrade. Rhétorique « rappelant les années 1990 », et l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, rétorque Zagreb.

Plus de vingt ans après la guerre qui a opposé Croates et Serbes entre 1991 et 1995 faisant 20 000 morts, les deux pays, piliers de la stabilité régionale, entretiennent des relations exécrables.

La Croatie, membre de l’UE depuis 2013, et la Serbie qui négocie son adhésion au club des 28, affirment être attachées aux valeurs européennes mais, dans la pratique, elles peinent à se défaire du passé.

« Les querelles sont utiles pour détourner l’attention » alors que Belgrade et Zagreb sont « incapables de résoudre le moindre problème », note l’analyste politique serbe Dušan Janjić.

La Croatie traverse une crise politique sans précédent et retournera aux urnes en septembre après seulement cinq mois aux affaires de la droite nationaliste (HDZ), alors que la Serbie n’a toujours pas formé son nouveau gouvernement issu lui aussi d’élections anticipées.

Les célébrations vendredi en Croatie de sa victoire dans l’opération Tempête (août 1995), qui lui avait permis de reconquérir des territoires contrôlés par des sécessionnistes serbes, ont comme à l’accoutumée donné lieu à des échanges acerbes.


 

Éclatante victoire ou pogrom ?

À Zagreb, plusieurs ministres ont salué l’« éclatante victoire de la Croatie qui a libéré son territoire de l’occupant serbe ». Un « pogrom », a rétorqué le Premier ministre serbe, Aleksandar Vučić.

Des centaines de Serbes – 667 personnes selon le Comité Helsinki, et 2 500 selon le gouvernement serbe – ont été tués pendant et après cette opération, et plus de 200 000 ont fui la Croatie. Les Serbes, qui représentaient 12% de la population de Croatie avant la guerre, ne constituent donc plus qu’environ 4% des quelque 4 millions d’habitants du pays.

Jeudi, lors d’un hommage aux victimes serbes, Aleksandar Vučić a même évoqué « une solution finale criminelle » et « le plus grand nettoyage ethnique de l’histoire de l’Europe moderne », dans une allusion au camp Jasenovac, l’« Auschwitz croate » créé par le régime des Oustachis pendant la Seconde guerre mondiale.

Le musée du Mémorial de l’Holocauste à Washington évalue à 100 000 le nombre des victimes, serbes pour la plupart, les estimations des historiens locaux allant de 82 000 morts, selon le musée de Jasenovac, à 700 000, selon les sources serbes.

Avant même les commémorations de cette semaine, la tension était palpable entre les deux pays, conséquence, selon l’analyste croate Davor Gjenero, de la décision de Bruxelles d’ouvrir en juillet deux nouveaux chapitres de négociations avec la Serbie, en dépit de la ferme opposition de la Croatie.

La justice croate a depuis cassé la condamnation d’un ancien député reconnu coupable de crimes de guerre à l’encontre de civils serbes, et annulé la condamnation il y a 70 ans du cardinal Alojzije Stepinac pour collaboration avec le régime pronazi croate.


 

Questions litigieuses en suspens

Autant de décisions qui ont été perçues à Belgrade comme une révision du passé, et qui ont amené la Serbie à dénoncer à Bruxelles ce qu’elle considère être une dérive nationaliste de la Croatie.

La goutte qui a fait déborder le vase a été, il y a une semaine, l’inauguration d’un monument en hommage à Miro Barešić, un nationaliste croate condamné à perpétuité en 1971 en Suède pour avoir participé à l’assassinat de l’ambassadeur de Yougoslavie à Stockholm.

« La complaisance du pouvoir envers les activités de l’extrême droite […] a directement provoqué la détérioration des relations », estime l’analyste Ivo Rimac de l’université de Zagreb. La réaction de Belgrade est « logique », ajoute-t-il tout en rappelant que, l’an dernier, la réhabilitation par la Serbie du général royaliste Dragoljub Mihailović, dit « Draža », condamné à mort pour collaboration avec les nazis, avait elle aussi provoqué l’ire de Zagreb.

En juin, la présidente croate Kolinda Grabar-Kitarović et le Premier ministre serbe Aleksandar Vučić avaient bien signé une déclaration conjointe sur « l’amélioration des relations », à l’occasion d’une rare rencontre entre responsables serbo-croates.


Mais, souligne l’analyste serbe Aleksandar Popov, « aucune question litigieuse n’a été résolue » entre les deux capitales, alors que « les Balkans sont à la périphérie des problèmes de l’UE ».

 

 

Par EurActiv France avec l'AFP

Source : euractiv.fr, le 8 août 2016.

 

 

 


 


 

2. Serbie et Croatie à couteaux tirés 


 


 

Alors que la Serbie est officiellement candidate à l’adhésion à l’UE, la Croatie pourrait bien doucher les espoirs de Belgrade. Encore une fois, le ton monte entre les anciens rivaux.


 

 

Le conflit des Balkans a pris fin il y a 21 ans, mais, aujourd’hui encore, les relations entre la Croatie et la Serbie sont tendues. Cet antagonisme se reflète dans le débat autour de l’entrée de la Serbie dans le bloc européen, une perspective que le plus récent État membre de l’UE ne voit pas d’un bon œil.

Le ministre des Affaires étrangères croate, Miro Kovač, a menacé de suspendre durablement les négociations pour l’intégration de la Serbie à l’UE. Si le pays continue ses provocations, « la Serbie ne sera jamais membre de l’UE », a-t-il assuré. Ces déclarations font suite à un événement apparemment sans importance, mais qui n’a pas manqué de jeter de l’huile sur le feu dans une atmosphère déjà électrique : un Croate a été arrêté en Serbie, sans motif visible. Les autorités serbes l’auraient confondu avec un homme portant un homonyme, recherché pour crime de guerre. La réponse de la Serbie ne s’est pas fait attendre.

Le ministre des Affaires étrangères serbe, Ivica Dačić, a déclaré que la Croatie était « la plus grande honte de l’UE ». Selon lui, la Croatie aurait banalisé  tous les crimes du mouvement [croate séparatiste] fasciste des Oustachis sous le régime du Troisième Reich et de l’Italie pendant la Seconde Guerre mondiale, contribuant ainsi au génocide de groupes ethniques tels que les Serbes, les Juifs ou les Tsiganes. C’est pourquoi elle ne disposerait d’« aucun droit moral » pour menacer la Serbie, s’est insurgé le ministre serbe.

Depuis les élections présidentielles début 2015, la Croatie connaît effectivement un mouvement de radicalisation. Des vétérans sortent dans les rues en uniforme oustachi, et dans les stades le salut oustachi « Pour la patrie –Prêts ! » est scandé de plus en plus souvent. D’autres minorités se plaignent que l’État croate banalise son passé fasciste, et ne prend aucune mesure contre sa glorification.

Les facteurs mettant en péril l’entrée de la Serbie dans l’UE ne sont pas uniquement extérieurs. Au sein même de la population serbe, l’intérêt pour le bloc s’affaiblit, et pour la première fois auprès des jeunes. Une petite majorité de jeunes Serbes ne souhaitent plus faire partie de l’UE, selon un sondage effectué il y a deux semaines de l’Institut pour les affaires européennes, une ONG de Belgrade. 51 % des Serbes âgées entre 18 et 29 ans pensent que le pays devrait interrompre le processus d’intégration au bloc.

En outre, la Serbie ne répond toujours pas aux normes européennes dans de nombreux domaines. Belgrade serait notamment en retard dans le domaine du contrôle des finances, selon une analyse du Freedom House Index pour la Serbie. Selon cette étude, la corruption n’a pas diminué sur les dix dernières années et l’indépendance des juges et du système judiciaire laisse à désirer. Par ailleurs, la liberté de la presse n’est toujours pas garantie, même si le Premier ministre, Aleksandar Vučić, affirme le contraire. La Serbie est 59e dans le classement de la liberté de la presse 2016 de Reporters sans frontières, la violence contre les représentants des médias posant encore problème.

 

 

Par Nicole Sagener 
Traduit par Céline Nguyen


Source : euractiv.fr, le 25 août 2016. 

 

 

 

 

 

 

 

3. Un espion croate arrêté en Serbie, la tension entre les deux pays relancée


 

 

A neuf jours des élections législatives anticipées en Croatie qui auront lieu le 11 septembre et alors que les relations diplomatiques avec la Serbie sont au plus bas, le procureur général de Serbie annonce l’arrestation d’un espion croate.

 

 

 

L’affaire a un parfum de guerre froide. Les services secrets serbes ont arrêté vendredi 2 septembre à Belgrade, la capitale, un espion croate. Ancien officier de l’armée yougoslave, disposant de la double nationalité, le suspect s’était installé en Serbie en même temps que les 200 000 Serbes expulsés de Croatie en 1995, pendant la guerre civile.

L’homme a été démasqué alors qu’il s apprêtait à fuir. Ancien commandant paramilitaire serbe de Croatie, il aurait accepté d’espionner pour son ancien ennemi, en échange de l’impunité dans une affaire de crimes de guerre.

L’arrestation intervient alors que les relations entre les deux pays sont exécrables. La Croatie, membre de l’Union européenne, tente depuis le début de l’année de bloquer les négociations d'adhésion de la Serbie à l’Europe. Les remarques acides sont devenues monnaie courante entre les deux gouvernements. Cette arrestation devrait aussi apporter des voix à la coalition nationaliste aux législatives croates qui se tiendront dans un peu plus d’une semaine.


 

Par Laurent Rouy

Source : rfi.fr, le 3 septembre 2016.

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Serbie-Croatie

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