Žan Ojdanić

Publié le 3 Avril 2016

SANS ŽAN OJDANIĆ, LA TORCIDA DE SPLIT EST ORPHELINE


 

Žan Ojdanić est mort vendredi à l’âge de 45 ans des suites d’un accident de parachute. Il était une légende des tribunes balkaniques, notamment pour avoir initié la reprise du Hajduk Split, au bord de la faillite, par ses supporters. Hommage.

Dans le monde du football, la plupart des légendes naissent sur le terrain, mais d’autres voient le jour dans les tribunes, celle de Žan Ojdanić était née au nord du stade Poljud. Debout, dos à la mer, cheveux longs, écharpe et lunettes noires, les murs de Split ont depuis longtemps immortalisé ce visage, fierté d’une ville et d’une région qui vibre plus que d’autres pour son club.

À la faveur de la diffusion des modèles ultra et hooligan de supportérisme dans les années 1980, l’ancienne Yougoslavie a vu éclore une génération de jeunes meneurs de tribunes. Belgija (mort en 2011), Čume, Žan et quelques autres ont donné corps à des groupes de supporters aujourd’hui encore respectés et craints partout en Europe pour leur ferveur, leur dévotion, leur violence aussi.

Dans une Yougoslavie en crise, les tribunes prennent leur part dans la montée des périls. Cette première génération est celle qui donne corps tous les weekends à des tensions ethniques savamment alimentées ailleurs. Ljubljana, Zagreb, Sarajevo, Titograd (aujourd’hui Podgorica), Belgrade, Žan est de tous les déplacements pour porter ses couleurs, celles de Split et de la Croatie, avec sa voix, ses couilles et ses poings. Aucune surprise de le retrouver engagé dans la 4e Brigade de la Garde Nationale Croate, devenue armée croate à partir de novembre 1991.

Ces dernières années, Žan avait entrepris un autre combat, celui de rendre le Hajduk à ses fans. Au bord de la faillite, le club avait fini par être privatisé, la mairie de Split possédant 56% des parts. Žan et quelques autres ont alors fondé l’association Naš Hajduk afin de faire pression sur la mairie dans la gestion du club. L’adoption d’un code de bonne gouvernance (Kodex) fut une première retentissante victoire. Puis des investisseurs américains ont pointé le bout de leur nez pour racheter le club. « On ne savait pas qui était ces gens ni qui ils représentaient. Ils nous ont pris de haut alors qu’ils n’avaient aucun projet sérieux. On leur a demandé comment il comptait développer le club, ils ont répondu qu’ils feraient venir Beyonce en concert au stade, t’imagines le truc ? », m’avait-il expliqué.

Alors le Hajduk a suivi un autre chemin, celui d’une gestion démocratique dans laquelle, malgré son statut privé, ce sont ses membres (ceux de Naš Hajduk ainsi que l’association des amis de Hajduk dans le monde) qui élisent un conseil de surveillance, qui désigne lui-même la direction du club. Celui-ci est désormais dépolitisé, géré de façon saine et durable, les dettes sont progressivement apurées, une gestion novatrice et exemplaire dans un pays à l’industrie vacillante et aux privatisations viciées. Ce combat montre qu’une autre voie qu’un capitalisme sauvage et sans âme est possible. Il en a inspiré d’autres dans la région, chez les ennemis du Dinamo Zagreb, mais aussi à Zenica en Bosnie. Cet héritage est sans doute ce que Žan a laissé de plus précieux non seulement au club de sa vie, mais aussi au football tout simplement.

Hier soir, des centaines de supporters se sont réunis dans la tribune nord du stade Poljud pour lui rendre hommage. Une prière puis un craquage massif de fumigènes dans un émouvant silence de cathédrale, comme pour montrer à Dieu qui est celui qui vient frapper à la porte du paradis des légendes.


 

Par Loïc Trégourès


 


 

Source : courrierdesbalkans.fr, le 3 avril 2016.

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Mafia et football

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