Le KK Split

Publié le 12 Décembre 2015

Histoire d’un club : le KK Split


 

Split était un des rares clubs a avoir été triple champion d'Europe de basket de façon consécutive au regard du palmarès de l'Euroligue, qui a remplacé depuis 2000 la Coupe d'Europe des Clubs Champions de basket. Aujourd'hui il est tombé dans l'anonymat sur la scène nationale. Voici l'histoire d'un ancien grand de l'Europe du basket, qui est également un des géants de l'ancienne Yougoslavie.

 


Le basket club de Split (Kosarkaski Klub en croate, d’où l’acronyme KK), a été fondé en 1945 sous le nom de Hajduk, mais n’a aucun lien direct avec le principal club de football de la ville portant le même nom. Le nom de Hajduk se maintiendra jusqu’en 1948 avant de reprendre le nom de KK Split. En 1967, l’entreprise Jugoplastika entre dans le club. Cette entreprise, basée à Split et crée en 1952, employait à son apogée 13000 personnes (dont 80% étaient des femmes) et fabriquait des chaussures de toute matière, des pièces pour automobiles, des sacs et des bateaux. Elle donne une nouvelle impulsion au club de Split et c’est là que débute son premier âge d’or.

 

1968-1980 : premier âge d’or

En trois ans, l’équipe de Split parvient à remporter son premier titre de champion de Yougoslavie en 1971 et remporte par la suite deux Coupes de Yougoslavie l’année suivante et cette même année, elle atteint pour la première fois de son histoire la finale de la Coupe d’Europe des Clubs Champions de basket. Mais l’équipe de Damir Šolman et de Petar Skansi, champions du monde 1970 avec la Yougoslavie à Ljubljana, s’incline d’un point d’écart seulement face à l’Ignis de Varèse en pleine apogée sur la scène européenne sur le score de 70 à 69 avec, au grand dam des Dalmates, une faute non sifflée de la part d’un joueur de Varèse sur un joueur du Jugoplastika qui tentait le tir à trois points, qui aurait pu offrir le premier sacre européen pour une équipe yougoslave de l’époque. En 1973, le Jugoplastika perd une autre finale européenne mais cette fois celle de la Coupe des Coupes, appelée aussi Coupe Saporta (deuxième échelon européen du basket équivalent à l’Eurocoupe actuelle) contre le Spartak de Saint-Pétersbourg sur le score de 77 à 62. La troisième finale européenne est la bonne pour l’équipe dalmate puisqu’elle remporte en 1976 la Coupe Korac (troisième échelon européen, actuelle FIBA Europe Cup qui remplace l’Eurochallenge) face au Chinamartini de Turin sur un score total de 179:-166 sur les deux confrontations aller-retour. Un titre qu’elle va conserver en 1977 face au Fortitudo de Bologne sur le score de 87-84, et qui se jouait pour la première fois sur terrain neutre. La même année Split réalise le “petit” triplé, son premier de l’Histoire, en remportant la coupe et le championnat yougoslaves. Depuis cette année plus rien ne sera gagné par l’équipe, bien qu’elle fut classée dans les trois premiers du championnat yougoslave jusqu’en 1980 avec en plus deux demi-finales de Coupe Korać consécutives.


 

1980-1991 : de la transition à la domination européenne

Entre 1980 et 1986, le Jugoplastika de Split ne gagne pas un seul titre. Pire, il est relégué en 1981 en deuxième division yougoslave, qu’il gagnera en 1982, et en première division végète vers le bas du tableau. Dès l’été 1986, un homme va modifier complètement le statut du club dalmate: c’est un certain… Božidar Maljković. Celui-ci entraîne depuis l’âge de 19 ans différents clubs comme adjoint, puis entraîneur chef (exemple au Radnički Belgrade entre 1980 et 1982). Il arrive à Split après avoir été entraîneur-adjoint de l’Etoile Rouge de Belgrade, dirigée par Ranko Zeravica. Les débuts sont assez difficiles, surtout dans ses relations avec deux des futurs cadres de l’équipe dalmate : Dino Radja (19 ans) et Toni Kukoč (17 ans). Sa seule recrue de l’été 1986 fut Zoran Stretenović, de l’Etoile Rouge de Belgrade justement. La première saison n’est pas brillante sur la scène européenne mais il atteint les demi-finales des play-offs du championnat yougoslave (perdu face au Partizan de Belgrade). La deuxième saison marque le début d’un second âge pour le Jugoplastika qui remporte ainsi le troisième titre de champion de Yougoslavie de son histoire face justement au Partizan de Belgrade. Et là, c’est la consécration suprême : après avoir dominé la Yougoslavie, il est temps de dominer l’Europe entière puisqu’à la surprise générale, le Jugoplastika de Split des Toni Kukoč, Dino Radja, Luka Pavičević (arrivé depuis un an en provenance du Cibona Zagreb), et de Duško Ivanović, élimine le FC Barcelone 87-77 et obtient le premier sacre européen face au Maccabi Tel-Aviv 75-69 à l’Olympiahalle de Munich. Le Jugoplastika s’offre son premier doublé championnat – Coupe d’Europe des Clubs Champions de basket en 1989 et est inarretable jusqu’en 1991 aussi bien en Yougoslavie qu’en Europe. En 1990, l’équipe dalmate s’offre même un triplé et conserve son titre de champion d’Europe face au FC Barcelone sur le score de 72-67 à Saragosse. Božidar Maljković s’en va à Barcelone dans le but de gagner une Coupe d’Europe pour cette fois-ci le compte du Barça à l’issue de la saison 1989-1990. La saison suivante est un paradoxe : deux des joueurs cadres du Jugoplastika s’en vont, que sont Dino Radja et Duško Ivanović. Mais Toni Kukoč est resté et l’équipe a gardé son style de jeu imposé par Maljković. D’autres joueurs sont arrivées comme Zoran Savić et Željko Pavlićević entraîne l’équipe, qui d’ailleurs change de nom en POP 84 en raison de la volonté des autorités croates d’effacer toute trace yougoslave car la Croatie, par l’intermédiaire d’un ancien général de l’armée yougoslave de Tito et révisionniste de la Shoah Franjo Tudjman, réclame son indépendance. C’est paradoxalement le début de la chute sportive de l’équipe dalmate, qui s’offre un nouveau triplé et après avoir battu le Barça…de Božidar Maljković 70-65, devient la deuxième équipe à avoir été sacrée champion ned’Europe trois fois consécutivement après l’ASK Riga.


 

Depuis 1991 : une chute relative

Dès la guerre d’indépendance de Croatie, le POP 84 change de nom en se faisant sponsoriser par le quotidien dalmate Slobodna Dalmacija (la libre Dalmatie en croate), puis par les assurances Croatia Osiguranje. C’est également la période où le club qui domine l’Europe depuis 1989 s’écroule doucement mais sûrement, puisque ses meilleurs joueurs comme Kukoč partent à l’étranger. Or, le déclin est assez relatif puisque le club gagne quand même quelques titres nationaux : quatre Coupes de Croatie pendant la décennie de guerre que connaît la Croatie nouvellement indépendante (1992, 1993, 1994 et 1997). Split obtient son premier titre de champion de Croatie en 2003 et gagne la coupe de Croatie en 2004 (qui sera d’ailleurs son dernier titre) et depuis 2004, le club tombe dans l’anonymat le plus complet sur la scène européenne. Sa dernière participation à la grande coupe d’Europe date de la saison 2000-2001 en SuproLigue, s’inclinant en quart de finale face à l’Efes Pilsen d’Istanbul (actuelle Anadolu Efes) ; la saison 2003-2004 marque sa dernière participation à toute coupe d’Europe, puisqu’il participe à la Coupe ULEB (future Eurocoupe) et ne passe pas les phases de poules. Mais la chute financière est aussi considérable puisque l’entreprise Jugoplastika a d’abord été privatisée par le milliardaire puis futur maire de Split Željko Kerum dans les années 1990 puis dissoute en 2000. En janvier 2013, une partie des habitants de Split réclame à ce que l’équipe de Split soit rebaptisée Jugoplastika…mais sans succès. Aujourd’hui cette ancienne puissance du basket yougoslave des années 1970 et de la fin des années 1980 est devenue l’ombre d’elle-même aussi bien en Europe que sur la scène nationale malgré quelques participation en championnat adriatique de basket (appelé ABA League). La saison dernière, elle a évité de peu sa relégation en deuxième division en s’imposant en barrage aller-retour face à une équipe zagreboise, du nom d’une entreprise pharmaceutique Hermes Analitica, sur le score total de 194-169 en mai dernier. Même la chute sportive se profile de plus en plus et nous ignorons de quoi l’avenir sera fait, avec la crise économique que la Croatie subit ce club risque la dissolution dans un avenir proche. J’espère de tout coeur que cela ne se produira pas, mais nous ne reverrons plus jamais le Grand Split, qui a produit beaucoup de joueurs de talents comme Toni Kukoč ou Dino Radja, qui ont joué pour l’équipe de Yougoslavie de basket avec même pour certains un titre de champion d’Europe et de champion du monde.


 


 

Par M. Pantic

Source : yourzone.beinsports.fr, le 24 novembre 2015.


 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Basket-ball

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