44 mjeseca u Jasenovcu

Publié le 29 Octobre 2015

Arrestation

 

 

 

Le tramway que j'empruntais depuis le quartier de Kustosija, où j'avais passé la nuit, s'arrêta au coin des rues Draskovic et Radisa. Je travaillais dans un magasin au n° 3 de la rue Radisa. Sur le trottoir, je remarquai un homme à l'allure suspecte trahissant l'agent au premier coup d'oeil. Il était de ceux qui, à l'époque, arrêtaient les Serbes et les Juifs pour les envoyer dans des camps.

Il me suivit dans le magasin et me demanda si j'étais Egon Berger. Je le lui confirmai. Il m'ordonna de le suivre au poste de police ; comme je le questionnais, il annonça qu'il allait me conduire dans un camp et que je devais me rendre chez moi pour emporter le strict nécessaire.
Avec le peu d'affaires que j'avais pu rassembler à la hâte, il m'emmena à la prison de Nova Ves où étaient réunis ceux qui allaient être envoyés au camp de Jasenovac.
Nous y passâmes trois nuits; le quatrième jour, au matin, on nous fît sortir dans la cour où nous attendait une patrouille armée. On nous fit monter dans des voitures scellées qui nous emmenèrent dans le quartier de Zavrtnica, où on nous parqua dans un énorme entrepôt de l'usine «Kristalum».
Nous étions soixante-trois. Nous ignorions ce qui nous attendait. Nous pensions que quelques semaines de travail forcé, ce n'était pas si terrible !
Les oustachis nous accueillirent avec des coups et des injures, nous signifiant que nous étions à présent en leur pouvoir.
Le sol était en béton; quelques-uns parmi nous avaient des couvertures sur lesquelles nous pouvions nous allonger. Nous devions faire nos besoins dans l'entrepôt même.
Le deuxième jour, on amena un autre groupe de Juifs. Ils les arrêtaient partout. Il était facile de les débusquer : les Juifs devaient porter sur la poitrine et dans le dos des chiffons jaunes portant la lettre «J».
Après onze jours, c'est-à-dire le 10 septembre, on nous embarqua dans des fourgons. Enfermés dans ces wagons, nous partîmes dans la nuit et l'inconnu.


 


 

Source : Jasenovac, un camp de la mort en Croatie

Auteur : Egon Berger*

préface de Veljko Djuric Misina

postface de Luba Jurgenson

traduit du serbo-croate par Marko Despot

Ed. des Syrtes, Paris,  2015.

 

* Egon Berger (192-1988), juif de Zagreb, est le seul survivant de Jasenovac à avoir témoigné de son vivant, dans le livre "44 mjeseca u Jasenovcu" paru en 1966.

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Littérature et médias

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