Ivan Vilibor Sinčić

Publié le 26 Décembre 2014

1. Ivan Vilibor Sinčić, « candidat anarchiste à la présidentielle »

 

 

Ivan Vilibor Sinčić, le fondateur de l’ONG Živi zid, le « Bouclier humain », qui lutte contre les expulsions locatives, est candidat à la présidentielle. Âgé de 24 ans, cet « extraterrestre de la société croate », comme il se définit, pourrait bien être la surprise du scrutin du 28 décembre. Portrait.

 

Dans les rues de Zagreb, il fait nuit noire. À la sortie d’un bar, quatre jeunes interpellent Ivan Sinčić : « Allez-vous légaliser le cannabis ? ». Le candidat à la présidentielle, de grande taille et à l’allure élancée, n’a pas le temps de s’arrêter, prend un air gêné et bredouille un « oui ». Cheveux longs, barbe négligée et manteau noir, Ivan Vilibor Sinčić se démarque du communicant habituel par un côté taciturne. « Je me suis toujours considéré comme un extraterrestre dans la société croate », dit-il à demi-sourire.

Depuis que la campagne électorale a débuté le 9 décembre, la vie de l’étudiant de 24 ans a totalement changé. Plus le temps de cultiver les patates douces du potager, ni de suivre les cours à la faculté d’ingénierie : Ivan est un homme politique à plein temps. « Je suis la seule possibilité de changement dans ce pays et l’unique candidat qui présente une nouveauté », affirme le plus jeune aspirant au titre de chef d’État dans l’histoire de la Croatie.

Désormais à l’intérieur d’une taverne enfumée, Ivan Sinčić commande un thé chaud. Le « candidat anarchiste à la présidentielle », comme l’a défini le premier quotidien croate Jutarnji List, ne boit pas, ne fume pas, se montre réservé, mais déterminé à remporter le scrutin. Son programme s’inscrit dans la lignée de son engagement civique : il souhaite arrêter les expulsions tout comme la confiscation des immeubles aux personnes endettées et rendre aux citoyens les biens publics qui ont été privatisés de manière obscure dans les années 1990. Il veut aussi redonner à la Croatie sa souveraineté monétaire. « Je ne suis pas contre l’Union européenne, mais je veux qu’elle soit reformée : nous ne voulons pas d’une union de banquiers », affirme-t-il.

D’un geste mécanique, le militant replace sa veste sur les épaules. Il explique, le visage impassible et clignant sans cesse l’œil droit, son engagement depuis deux ans pour défendre ceux qui risquent l’expulsion de leur foyer. En mars 2012, il crée avec son ami Ivan Pernar l’ONG Živi zid (« bouclier humain »). En formant une chaîne humaine bloquant l’accès à l’entrée des habitations, Živi zid empêche la police de déloger les familles qui n’ont plus les moyens de payer leur loyer. « C’est comme une partie d’échecs. Toute expulsion doit respecter une longue série de formalités. Et nous sommes là pour veiller à ce que tout soit fait dans les règles. À la moindre erreur, la procédure est annulée. » Sur 22 interventions, le jeune homme a été arrêté cinq fois pour résistance passive, un délit mineur qui lui a valu 200 kunas d’amende (30 euros). « Aujourd’hui les politiciens sont d’abord élus, ensuite arrêtés… Moi, c’est le contraire ! »

Les parents du jeune candidat au charisme déconcertant vivent toujours dans la maison familiale de Karlovac avec leurs trois fils et suivent avec attention le parcours politique d’Ivan. « Ils me soutiennent », affirme-t-il. Son père, un ingénieur employé au ministère des Finances, craint cependant de perdre son poste depuis que son fils se porte candidat. « Ainsi, ça lui ferait des vacances », s’amuse celui-ci.

D’après un sondage publié par Jutarnji List le 20 décembre, Ivan Sinčić gagnerait environ 10% des voix, arrivant troisième devant Milan Kujundžić (droite). « Mais avec un taux de participation important, nous pourrions arriver deuxième... » Dimanche 21 décembre, lors du premier débat télévisé, Ivan Sinčić a su garder son sang-froid face aux trois autres candidats à la fonction suprême, autrement plus chevronnés. « Ils essaient de vous faire croire que nous sommes tous les mêmes, mais ce n’est pas le cas », a-t-il conclu face à la caméra.

 

 

Par Laetitia Moreni

Source : balkans.courriers.info, le 25 décembre 2014.

 

 

 

 

 

 

2. Présidentielle en Croatie : "bonnet blanc et blanc bonnet" ?

 

Les Croates retournent aux urnes dimanche à l’occasion du deuxième tour de l’élection présidentielle entre le sortant social-démocrate Ivo Josipović et la candidate de droite Kolinda Grabar-Kitarović. Un scrutin qui promet d’être serré et qui comporte une inconnue : que feront les 16 % d’électeurs qui ont voté pour le candidat de la société civile, Ivan Vilibor Sinčić, qui n’a pas donné de consigne de vote ? Entretien avec le candidat qui a créé la surprise au premier tour du scrutin.

Avec 38,5 % des voix recueillies au premier tour, Ivo Josipović (SPD, social-démocrate) est en ballotage défavorable. Kolinda Grabar-Kitarović (HDZ, droite nationaliste) peut compter sur les 37 % d’électeurs qui lui ont fait confiance au premier tour, ainsi que sur le report des 5 % de supporters du candidat ultranationaliste Milan Kujundžić.

Kolinda Grabar-Kitarović martèle depuis des jours un message de fermeté à l’égard de la Serbie et promet, si elle est élue, d’imposer des conditions drastiques à l’entrée du pays voisin à l’Union européenne. Un appel du pied à la frange la plus nationaliste de son électorat, mais qui ne parviendra peut-être pas à séduire au-delà de son propre camp.

Reste une inconnue pour ce scrutin : le choix que feront les électeurs du candidat arrivé en troisième place le 28 décembre, avec 16 % des voix. Ivan Vilibor Sinčić, militant de 24 ans et candidat « anarchiste » issu de la société civile, se pose comme le véritable vainqueur de cette élection. Il n’a pas donné de consigne de vote à ses partisans, et entend bien devenir un acteur incontournable de la politique croate lors des prochaines élections législatives fin 2015. A quelques heures du deuxième tour de scrutin, il explique au Courrier des Balkans comment il entend faire fructifier ses bons résultats au premier tour de la présidentielle.

 

 

Courrier des Balkans (CdB) : Vous avez réalisé un score exceptionnel lors du premier tour. Vous avez remporté plus de 16% des voix alors qu’un sondage publié à la veille de l’élection présidentielle par le quotidien Jutarnji List vous attribuait 9,2% des votes. Êtes-vous surpris ?

Ivan Vilibor Sinčić (I.V.S.) : Je ne m’y attendais pas. A vrai dire, j’ai commencé cette campagne sans trop d’attentes et aujourd’hui je suis très, très content. C’est un énorme succès pour nous.

 

CdB : Comment expliquez-vous ce résultat ?

I.V.S. : Nous avions le meilleur programme : nous avons donné des réponses concrètes à des problèmes réels, tandis que les deux autres principaux partis (SDP et HDZ) se sont contentés de faire leur rhétorique habituelle. Ils ont tenu un discours simpliste et dangereux, en parlant de communisme, de Deuxième guerre mondiale et en s’accusant l’un l’autre de corruption… Exactement le contraire de ce que nous avons fait.

 

CdB : Comment alors avez-vous mené votre campagne électorale ?

I.V.S. : Même avant de connaître les résultats, notre campagne était un succès. Nous avons réussi à élever le niveau du débat public, tout en restant concret et en parlant d’expulsions, de crise économique et de réforme monétaire.

 

CdB : Votre score peut-il aussi s’expliquer comme un vote de protestation contre l’establishment politique ?

I.V.S. : Oui, sûrement. Mais c’est aussi le résultat de trois ans de travail et d’activisme.

 

CdB : Dimanche 11 janvier, Ivo Josipović et Kolinda Grabar-Kitarović s’affronteront pour le poste de chef d’Etat. Ces deux candidats sont-ils vraiment différents ?

I.V.S. : Non, pas vraiment. Ils ont le même programme et ils vont faire la même politique. Ils peuvent paraître différents, mais seulement en surface, pour le public. Au fond, ils défendent les mêmes idées. Que ça soit l’un ou l’autre qui gagne, cela ne changera rien pour la Croatie.

 

CdB : Vous n’allez donc pas donner de consignes de vote pour ce deuxième tour ?

I.V.S. : Non. Les deux continueront la récession, la corruption et les expulsions. Mon éthique m’interdit de choisir entre ces deux candidats. Je conseille à mes électeurs de rester à la maison, ou de voter librement selon leur conscience.

 

CdB : A 24 ans, qu’avez-vous appris de cette élection ? Quel message voulez-vous lancer aux jeunes croates ?

I.V.S. : Je pense qu’il est très important d’avoir une vision claire du monde dans lequel on veut vivre. C’est seulement ainsi que nous pouvons changer les choses. Je vais me battre pour défendre mon programme et mes idées et j’espère que la participation citoyenne augmentera. Le 28 décembre, le taux de participation a été élevé (47%) mais l’on pouvait mieux faire. Il faut que les citoyens s’activent, qu’ils disent quelque chose, qu’ils fassent partie de la solution qu’ils veulent voir dans leur société. Sans l’apport de tout le monde, il n’y a pas de changements possibles.

 

CdB : Dans moins d’un an, les Croates se rendront de nouveau aux urnes. Cette fois-ci, pour renouveler leur Parlement et ainsi choisir l’exécutif. Que fera Živi zid ?

I.V.S. : Nous allons participer, sachant que nous avons obtenu 300 000 votes à la présidentielle. Nous allons mettre à profit notre expérience, tout comme les fonds et les bénévoles qui nous ont permis d’obtenir ce résultat, pour continuer sur cette voie.

 

 

 

Propos recueillis par Laetitia Moréni

 

Source : balkans.courriers.info, le vendredi 9 janvier 2015.

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Hommes politiques, #militaires et diplomates

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