Hrvoje Špehar

Publié le 27 Décembre 2014

Hrvoje Špehar

 

 

Hrvoje Špehar est le directeur du Centre d’Études européennes de la faculté des Sciences politiques de Zagreb


Deux favoris dans les sondages pour les élections présidentielles croates le 28 décembre prochain : le chef de l’État sortant Ivo Josipović (SDP) et Kolinda Grabar-Kitarović (HDZ). Face au manque de confiance des électeurs, ces deux candidats ont pris leur distance par rapport à leur parti. Un nouveau venu sur l’échiquier politique, Živi zid, mené par Ivan Sinčić, pourrait aussi jouer les trouble-fêtes. Entretien.

 


Le Courrier des Balkans (CdB) : Le 28 décembre, un an et demi après l’adhésion de la Croatie à l’Union européenne, les électeurs croates sont appelés aux urnes pour choisir leur nouveau président. Un référendum pour ou contre Ivo Josipović ?

Hrvoje Špehar (H.Š.) : Notre économie est en panne sèche depuis des années et la Croatie manque cruellement de résultats. Sommes-nous satisfaits ou sommes-nous prêts au changement ? Le moment est crucial.

 

CdB : À propos de changement, les pouvoirs du chef de l’État sont réduits par rapport à ceux du gouvernement. En quoi ces présidentielles peuvent influencer la politique du pays ?

H.Š. : Les fonctions du président ne sont pas marginales… Il ne faut pas croire que le chef de l’État symbolise seulement le pays à l’étranger. Bien que la réforme constitutionnelle de 2001 ait réduit ses pouvoirs, il reste le décideur de la politique étrangère et de la défense. Les questions liées à la crise ukrainienne lui reviennent, tout comme les relations régionales avec l’OTAN et les pays hors de l’Union européenne. Le président est enfin associé au gouvernement. Si la justice ne fonctionne pas, cela relève de sa responsabilité.

 

CdB : Quatre candidats sont en lice. Les sondages donnent favoris Ivo Josipović et l’ancienne diplomate Kolinda Grabar-Kitarović, aujourd’hui représentante de l’Union démocratique croate (HDZ).

H.Š. : Les citoyens ne font plus confiance aux partis politiques traditionnels. Ivo Josipović peut gagner les élections à condition de prendre ses distances avec le Parti social-démocrate (SDP). Une position délicate, car il est responsable de la politique des cinq dernières années. Et rien ne fonctionne ! Kolinda Grabar-Kitarović, c’est pareil : plus elle se détache du HDZ, plus elle a de chances de gagner. C’est un aspect de cette campagne : Ivo Josipović fait son possible pour ne pas être présenté sous l’étiquette du SDP à cause de l’impopularité du parti.

 

CdB : Ivo Josipović est pourtant apprécié des Croates, selon la presse nationale, et malgré la chute de popularité gouvernement de Zoran Milanović. Comment l’expliquez-vous ?

H.Š. : Je ne suis pas athéiste, et je ne crois pas non plus aux sondages. La vérité n’est pas dans ces questionnaires publics qui influencent sans informer les électeurs sur les possibles victoires.

 

CdB : Les deux autres candidats ont une chance de passer le cap du premier tour ?

H.Š. : Attendons la fin... Rappelez-vous en 2000 : personne ne pensait que Stjepan Mesić allait gagner les élections. Je ne crois pas aux enquêtes d’opinion, elles sont à la solde des candidats et faussent la donne.

 

CdB : La nouveauté, c’est le parti Živi zid (« bouclier humain »). Son représentant Ivan Sinčić a tout juste 24 ans. Qu’en pensez-vous ?

H.Š. : C’est le résultat d’une mauvaise politique sociale, ou de son absence. Živi zid montre qu’il y a non seulement des problèmes économiques, mais aussi des problèmes vitaux à résoudre, comme l’hébergement, les droits des travailleurs... Si les jeunes se transforment en activistes, c’est parce qu’il y a un vide en politique.

 

CdB : Et cette campagne présidentielle ? A-t-elle été vide ?

H.Š. : Nous n’avons aucun bilan du mandat d’Ivo Josipović, aucun débat scientifique sur sa politique où interviendraient des politologues, des sociologues ou encore des philosophes. Des questions qu’il faudrait poser dans les médias et les sondages, au lieu de : « Qui soutenez-vous ? ».

 

CdB : Votre bilan du premier mandat du Président Josipović ?

H.Š : Nous nous souviendrons de lui comme d’un petit président. Durant ces cinq ans, il est resté à côté de la politique. Face à une situation difficile, ce n’est plus un politicien, mais un musicien ou un président proche des citoyens. Quand la situation est sans complexité, il s’affiche comme un chef de l’État engagé en faveur des droits de l’homme. Il y a une chose qu’on ne peut pas lui reprocher : il a gardé la même attitude avec le gouvernement de droite, au début de son mandat, et l’exécutif de gauche, après la victoire de Milanović.

 

CdB : Les élections législatives se tiendront en 2015. Que se passe-t-il si Ivo Josipović n’est pas réélu ?

H.Š. : Je pense qu’il s’en prendra au gouvernement, car il pourrait s’ériger comme une victime de ces cinq ans de politique. Je ne suis pas sûr que le gouvernement tiendrait jusqu’à la fin de son mandat. Cela pourrait faire exploser le SDP, qui a traversé plusieurs scandales, notamment l’affaire Linić.

 

CdB : Si Kolinda Grabar-Kitarović est élue ? Quel impact une victoire du HDZ aurait sur la géopolitique régionale, après le retour de Šešelj en Serbie ?

H.Š. : Tout le monde veut la stabilité. La Croatie n’est pas seulement tournée vers les Balkans. Nous sommes aussi un pays méditerranéen à la fois très proche des pays d’Europe centrale, de l’Autriche, de la Hongrie. De même, la Serbie n’est pas seulement tournée vers la Croatie. Elle demeure très liée à la Russie. La géopolitique régionale ne se résume pas à la relation entre la Croatie et la Serbie. Quant à Madame Grabar-Kitarović, elle pourrait effectivement changer de discours, juste un peu, sur les questions européennes.


 


 

Propos recueillis par Laetitia Moreni

 

Source : balkans.courriers.info, le 22 décembre 2014.

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Intellectuels et activistes

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