Zvonimir Kavurić

Publié le 11 Novembre 2014

Zvonimir Kavurić, un architecte antifasciste oublié

 

 

Exécuté par le régime pro-nazi d’Ante Pavelić en 1944, l’architecte zagrébois Zvonimir Kavurić a été honoré par la Yougoslavie socialiste pour son combat aux côtés des Partisans. Mais depuis 1990, plus personne n’évoque son travail en Croatie. Portrait d’un élève croate du Corbusier.

 

Le 5 octobre 1944, Zvonimir Kavurić a été pendu par le régime oustachi à Zaprešić avec neuf autres antifascistes. Président du comité local pour la Libération, il avait été interpellé trois jours plus tôt lors d’une réunion secrète à Zagreb puis torturé.

Son jeune frère Stjepan Kavurić, électromécanicien, employé de la centrale électrique municipale de Zagreb, syndicaliste et membre du Parti communiste depuis 1933, avait été tué dans la prison de Stara Gradiška en avril 1942 alors qu’il menait une mutinerie des détenus pour protester contre les actes répétés de torture dont ils étaient victimes.

La mémoire des deux frères a été gardée tout au long de la Yougoslavie socialiste. L’entreprise Monting portait leur nom de 1951 à 1977 tandis que leurs portraits en relief avaient été posés devant le siège de la Centrale électrique de Zagreb. Une rue au nord de Zagreb s’appelait rue des frères Kavurić entre 1946 et 1990, année où elle a été rebaptisée rue Andrija Hebrang.

 

Un précurseur injustement négligé

Depuis l’indépendance, la Croatie néglige ostensiblement l’une des meilleures figures de son architecture nationale, Zvonimir Kavurić (1901-1944). Une attitude qui ne trouve pas d’explication rationnelle, d’autant que ses travaux restent bien connus des architectes eux-mêmes.

Aucune commémoration n’a été prévue à l’occasion du 70e anniversaire de sa mort. Quant à son œuvre, elle n’a fait l’objet que d’un seul article scientifique accessible au public, « Contribution à la biographie de l’architecte Zvonimir Kavurić », publié en 2006 par l’historienne de l’art et de l’architecture Ivana Haničar Buljan.

Zvonimir Kavurić a pourtant été un grand architecte. Il a travaillé de 1932 à 1944 pour la commune de Zagreb et signé plusieurs succès. Malheureusement, ses archives privées ont été détruites dans l’inondation de 1964 de sa belle maison familiale situé dans le quartier Cvjetno naselje de Zagreb.

Zvonimir Kavurić faisait partie de la génération des architectes croates de l’entre-deux-guerres qui avaient été formés avec l’élite européenne à Prague ou à Paris et qui ont apporté au pays l’intelligence et l’art de l’urbanisme. Dans les années 1920, il avait travaillé dans l’atelier Le Corbusier où il avait appris son métier dans les meilleures conditions possibles.

 

La modernité comme fer de lance

Son travail le plus connu est la coupole de béton armé et la voute de la Maison des artistes de Zagreb - transformée en mosquée en 1941 par Stjepan Planić et Zvonimir Požgaj sur ordre de la mairie de l’époque. Il s’agissait de la première construction du genre en Europe, et tout un groupe d’architectes y a travaillé avec Zvonimir Kavurić en 1938 et 1939 (Bilinić, Horvat, Zemljak, Molnar). Le bâtiment de la Direction de police de Zagreb dans la rue Matičina (1939) est considéré comme son plus important ouvrage.

Le souvenir le plus vif des travaux de Zvonimir Kavurić est un des plus beaux quartier de Zagreb, Cvjetno naselje, construit en 1938-1939 pour les fonctionnaires municipaux. Le projet avait été supervisé par l’architecte Vlado Antolić avec le concours de Zvonimir Kavurić. Les deux hommes avaient une vision moderniste, représentée par quarante pavillons types, en béton armé, avec une grande liberté d’aménagement de l’intérieur.

Zvonimir Kavurić a en outre réalisé plusieurs projets extraordinaires à Zagreb (maison de la famille Stefanutti à Vrhovec, maison Radovan à Pantovčak, etc.) et des maisons particulières dans les environs de Zagreb. Sa résidence personnelle est par exemple élégante, fiable et fonctionnelle, avec une architecture riche, libre et bien pensée. C’est aujourd’hui la seule bâtisse du quartier qui a gardé la fraîcheur de la photographie prise dans les années 1940. Elle a été toujours habitée par lsa famille. C’est désormais sa fille, la discrète et délicate Nives Kavurić Kurtović, artiste et peintre académicienne, qui y réside.

 

 

Par Branimira Lazarin

Traduit par Jasna Anđelić

 

Source : balkans.courriers.info, le 9 novembre 2014.

Article publié à l’origine sur novossti.com, le 6 octobre 2014.

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Architecture et édifices

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article