Petrokemija

Publié le 13 Novembre 2014

1. Petrokemija cherche encore des investisseurs

 

Le leader croate de la production d'engrais n'est pas encore parvenu à trouver des investisseurs pour son projet de recapitalisation.

 

Petrokemija avait fixé au 12 mars dernier la limite pour le dépôt d'une offre ferme pour reprendre la majorité de son capital, mais sans y parvenir. En 2013, le groupe, dont le capital est majoritairement détenu par l'État croate (à 43,83 %, le reste étant détenu en Bourse essentiellement par des investisseurs institutionnels), a lancé un appel d'offres pour céder une vaste partie de son capital. En l'occurrence, la Croatie souhaite seulement conserver 25 % plus une action dans le capital de Petrokemija. La recherche d'un partenaire se présentait bien début 2014, avec trois offres sans engagement déposées par le Tchèque Agrofert, le Hongrois Nitrogenmuvek et le groupe Borealis, détenu à 36 % par le pétrolier autrichien OMV et à 64 % par l'International Petroleum Investment Company (IPIC, Abu Dhabi). Mais au 12 mars et depuis, aucun des trois candidats n'a encore déposé d'offre ferme, malgré deux lettres d'intérêt signées, a précisé Petrokemija sans révéler l'identité des signataires. La Commission gouvernementale chargée de cette ouverture de capital doit statuer sur ce projet de privatisation. Aucune autre date limite n'a été fixée.

Basé à Kutina, en Croatie, Petrokemija est principalement positionné dans les engrais, mais également dans le noir de carbone. Le groupe recense 2 294 salariés, avec un parc industriel cantonné à la Croatie. Petrokemija sort d'une année 2013 difficile, marquée par la baisse des prix des fertilisants et une demande moindre sur son marché intérieur. L'an dernier, le groupe a produit 1,08 million de tonnes d'engrais, soit 4,2 % de moins qu'en 2012. Il en a vendu 1,1 Mt, dont 312 000 t en Croatie (-9,2 % sur un an) et 790 000 t à l'export (+1,7 % sur un an). Le chiffre d'affaires est ressorti à 2,55 milliards de kuna (HRK, 332,5 M€), en baisse de 15 % en un an. Et sa rentabilité s'est encore plus effritée. L'Ebitda est passé de -53 M HRK à -203 M HRK, quand la perte nette avant impôts a doublé entre 2012 et 2013, atteignant -329, 4 M HRK. Petrokemija se dit pourtant confiant en la reprise du marché cette année, à la fois en termes de prix de ventes que de volumes à écouler.

 

 

Source : industrie.com, le 31 mars 2014.

 

 

 

 

 

2. Petrokemija, la victoire des salariés contre la finance

 

Une fois n’est pas coutume, la machine financière a dû plier devant l’abnégation des salariés. Ça c’est passé à Petrokemija, entreprise chimique basée au sud-est de Zagreb. Grâce au soutien du ministre de l’Économie, les employés ont réussi à relancer leur outil de production et évité son dépeçage par des fonds de pension véreux.

 

Le processus de recapitalisation de Petrokemija, fabricant de fertilisants et d’engrais chimiques situé à Kutina, au sud-est de Zagreb, en cours depuis fin 2013, a connu quelques moments intéressants et optimistes ces dernières semaines. Comme on le sait, l’Etat, autrefois actionnaire majoritaire, a cédé de ses parts dans de nombreux grandes entreprises croates à des actionnaires minoritaires privés, des représentants de fonds de pension, c’est-à-dire à des banques. C’est ainsi qu’INA a été cédée au Hongrois MOL, sans trop d’égards vis-à-vis des autres actionnaires.

Alors que l’unique objectif stratégique des banques était de privatiser totalement Petrokemija et de commercialiser ses actions sur le marché boursier, l’Etat devait mener la recapitalisation de la société sans trop de dommages. Un demi-milliard de kuna a été alors investi et les parts de l’État sont passées de 51% à 25% +1 action, pour conserver la minorité de blocage. Avant cela, le ministre de l’Économie Ivan Vrdoljak avait dû se soumettre à la pression des banques qui, manipulant à volonté les conditions de crédit, tiennent Petrokemija entre leurs mains.

 

Le tour de passe passe du ministre Vrdoljak

Vrdoljak a en effet reçu un ultimatum pour remplacer le directeur Josip Jagušt - en place depuis longtemps, mais peu docile. Du jour au lendemain, un certain Dragan Marčinko s’est retrouvé à la tête de l’entreprise chimique. La suite a montré que ce dernier était loin d’être aussi doué que son prédécesseur pour gérer l’entreprise, d’autant que celle-ci a subi un début d’année 2014 difficile en raison des énormes précipitations qui ont sapé la saison agricole et fait chuter la vente d’engrais.

L’usine de Kutina termine donc le premier semestre avec 225 millions de kuna de pertes et les futurs actionnaires, les syndicats et les associations défendant Petrokemija ont posé de nouveaux ultimatums au ministre pour limoger Dragan Marčinko. Son remplaçant devait être nommé fin octobre, mais la décision a finalement été reportée. L’attitude du ministre de l’Économie laisse néanmoins à penser qu’il pourrait venir en aide à l’entreprise. Lors du remplacement de Jagušt par Marcinko, Ivan Vrdoljak n’a pas abusé de son pouvoir, il a plutôt essayé d’amortir l’hasardeux appétit des financiers.

Cependant, la dépendance de Petrokemija aux deniers publics, longtemps imposée par le gaz trop cher d’INA, menace jusqu’à son existence, d’autant que l’entreprise a dû faire face au printemps dernier à l’échec de sa recapitalisation. Les unes après les autres, les sociétés Borealis, Agrofert et Nitrogenmuvek ont préféré renoncer et les fonds de pension n’étaient pas intéressés à s’engager davantage. Vrdoljak aurait pu alors céder les actifs de l’État pour une somme symbolique ou demander aux travailleurs de mettre le feu à leur usine et de rentrer chacun chez soi dans le calme. Il aurait aussi pu utiliser la minorité de blocage de l’Etat.

Par chance, il a trouvé la force de gérer la situation et su étudier rationnellement les diverses possibilités. Les syndicats de Petrokemija s’avèrent être un regroupement de militants ouvriers des plus atypiques et plus d’un ministre compétent s’est cassé les dents contre leur résistance. Vrdoljak a compris que les employés de Petrokemija étaient très organisés, très unis, qu’ils constituaient une classe ouvrière expérimentée, rompue aux actions. Il a compris aussi que la différence entre laisser Petrokemija couler ou la remettre sur pied, c’était des milliards de kuna publics utilisés à bon escient ou perdus.

C’est dans cet état d’esprit, perspicace, que le ministre de l’Économie s’est battu pour soutenir Petrokemija au sein du gouvernement malgré l’option libérale qui prédomine. L’Etat a fini par investir 250 millions de kunas, si bien que sa part dans le capital a grimpé à environ 80%. La totalité du projet de recapitalisation nécessite toutefois de trouver 250 autres millions de kunas pour assurer à la société un meilleur positionnement dans le futur, en termes de développement technologique et d’exploitation.

 

La victoire du monde ouvrier

Contrairement à ce qui a été déclaré publiquement à la mi-octobre, Novosti a appris de sources proches du gouvernement que le partenaire stratégique ne sera pas Ina. On ne sait même pas qui dirige Ina, il paraît donc inconcevable que le pétrolier croate rachète près de 40 % des parts de Petrokemija... La part Etat resterait ainsi à environ 50% et celle des fonds de pension tomberait sous les 10%.

Cette annonce, c’est un coup du chef de l’Office national gérant les actifs de l’Etat, Mladen Pejnović, qui a voulu faire plaisir à Goran Kralj, représentant des fonds de pension au sein du Conseil de Surveillance de la société, avec qui il partage des liens familiaux. Les banques ont en effet récemment changé d’avis et voudraient tout de même bien participer d’une certaine façon à la recapitalisation car elles ont entendu parler des projets de nouveaux partenaires stratégiques potentiels sur l’expansion de la production - alors qu’il était question auparavant de la réduire.

C’est l’inverse qui s’est passé lorsque sont entrés récemment dans les négociations avec le gouvernement deux partenaires d’affaires de l’usine de Kutina : la société de gaz PPD (opérateur national de gaz de Vukovar derrière lequel se tiendrait la société russe Gazprom) et Dreymoor (fournisseur mondial d’engrais basé à Singapour). Ils assureraient à Petrokemija sa recapitalisation, la croissance de sa production avec une série de changements partiels et un développement technologique progressif. Ils fournirait en outre un approvisionnement en gaz meilleur marché ainsi que la commercialisation du produit fini.

Après tout, PPD a déjà atténué les effets négatifs de la collaboration avec INA, à savoir des bénéfices déloyaux obtenus sur le dos de Petrokemija pendant des années. Il est encore trop tôt pour faire un pronostic, mais il est peut-être vraiment envisageable que Petrokemija ait un avenir radieux !

Cela fait bien longtemps que la Croatie n’a pas vu un tel scénario se produire dans le domaine de la production au point qu’elle avait oublié cette solution. Elle ne devrait toutefois pas oublier que cela n’arrivera pas grâce à la spéculation boursière ou grâce à un plaidoyer politique de la privatisation à tout prix. Aujourd’hui, la situation de Petrokemija c’est un exemple rare de l’effort de l’État pour une richesse nationale de grande valeur nonobstant les exigences dictatoriales du marché. C’est aussi assurément la prise de position d’une classe ouvrière qui s’implique depuis longtemps déjà du fait de sa conscience politique.

 

 

Par Igor Lasić

Traduit par Claire Vallet

 

 

Source : balkans.courriers.info, le 12 novembre 2014.

Article paru à l’origine sur portalnovosti.com, le 11 octobre 2014.

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Economie et mouvements sociaux

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