Ivan Vrdoljak

Publié le 14 Juillet 2014

Économie en Croatie : des « réformes », mais pour quoi faire ?


 

Chômage massif, misère qui s’accroît. Le 1er juillet 2013, la Croatie faisait son entrée dans l’Union européenne. Un an plus tard, le bilan économique est morose. Le ministre croate de l’Économie, Ivan Vrdoljak, veut pourtant croire en la reprise, et prêche pour des « réformes » aux contours incertains... Entretien.


 

Le Courrier des Balkans (CdB) : En 2014, seuls deux États membres de l’UE seront toujours en récession, selon le Fonds monétaire international : Chypre et la Croatie. Pourquoi la Croatie aujourd’hui ?

Ivan Vrdoljak (I. V.) : La Croatie est dans cet état, parce que depuis 24 ans et l’indépendance du pays, elle n’a pas fait de réformes, ni aucune restructuration de l’administration publique. En plus, la Croatie est actuellement dans une phase de contrôle du déficit et les investissements directs que nous pouvons faire sont limités. Le pays est aussi en train de payer le prix du passage du marché CEFTA [Accord de libre-échange centre-européen, ndr] à l’UE. Celle-ci apportera évidemment de nouveaux bénéfices, mais il faudra du temps.

 

CdB : L’exécutif européen prévoit un déficit de 4.6% du PIB pour la Croatie en 2014. Quelles mesures le gouvernement va-t-il prendre pour ramener le déficit sous la barre des 3% avant 2016 ?

I. V. : On a déjà pris beaucoup de mesures. Le gouvernement travaille en ce moment à réduire son déficit, comme la Commission européenne l’a demandé. Nous avons fait des privatisations, vendu six hôtels et introduit de nouvelles taxes. Nous aurions dû commencer immédiatement par diminuer certaines dépenses, mais il s’agit là d’une décision politique. Il y a encore des réformes à faire dans les domaines de la santé, de l’administration publique et de la compétitivité.

 

CdB : Depuis l’arrivée du Premier ministre Zoran Milanović, le chômage a augmenté de manière significative. Il a plus que doublé par rapport à 2009 pour atteindre 21,6% au cours de ces cinq premiers mois de 2014. Comment l’expliquez-vous ?

I. V. : Il est vrai que le chômage a augmenté depuis 2009, mais je crois qu’il a atteint son maximum, et qu’il va redescendre. Selon les données du gouvernement, le taux de chômage n’a pas augmenté en 2014 par rapport à 2013. Ce n’était pas facile d’y parvenir, justement parce que nous sommes en train de faire les toutes premières réformes depuis 24 ans. Aujourd’hui, la Croatie connaît une deuxième transition, après avoir vécu le passage de l’économie socialiste à l’économie de marché. Nous ne pouvons pas recevoir tout de suite les fruits de notre travail : ce sont des réformes qui sont faites pour les générations futures.

 

CdB : À propos de générations futures, près de 50% des jeunes sont au chômage...

I. V. : Le chômage des jeunes est un problème énorme en Croatie. Le ministre de l’Emploi est en train d’y travailler, mais là encore, la solution ne viendra pas à court terme. On doit se demander : qu’est-ce que nous voulons pour l’avenir de la Croatie ? Dans quels domaines donnons-nous le meilleur de nous-mêmes ? Aujourd’hui, notre pays est compétitif dans l’industrie pharmaceutique, dans les technologies de l’information et de la communication, en génie mécanique et électrique. Nous devons nous concentrer sur ces secteurs porteurs et, par la suite, réformer le système de l’éducation. Nous n’avons pas besoin de facultés qui conduisent les étudiants tout droit au pôle emploi.

 

CdB : À Zagreb, il n’est pas rare de voir des personnes âgées fouiller les poubelles. Pourquoi ?

I. V. : Premièrement, il n’y a pas beaucoup de sans domicile fixe ici, comparé à d’autres pays de l’UE. Les personnes âgées qui fouillent les poubelles ont un toit. Si elles le font, c’est pour chercher des bouteilles vides pour les rapporter à la consigne. Elles gagnent une petite somme d’argent qui leur permet de payer leurs besoins basiques. Ce n’est pas pour faire des extra évidement que les personnes âgés fouillent les poubelles, c’est pour payer l’électricité, la nourriture, les vêtements...

 

CdB : Vous trouvez cela normal ?

I. V. : Encore une fois, c’est le résultat de 24 années de politique sans réformes.

 

CdB : Vous parlez de secteurs porteurs. Aujourd’hui, vous misez sur le pétrole et rêvez de voir la Croatie devenir une « petite Norvège ». Mais combien d’argent le pétrole pourrait-il rapporter à l’État ?

I. V. : Je ne suis pas en mesure de donner les chiffres précis pour le moment, mais disons que le pétrole est un projet-clé pour effacer la dette de la Croatie. Sans mentionner les avantages secondaires, qu’il est difficile d’estimer mais qui seront très importants dans le secteur privé. Personnellement, je pense que la Croatie pourrait utiliser les recettes pétrolières pour investir davantage dans la recherche, les universités, et les start-ups, en plus d’effacer la dette... Ou du moins de payer les intérêts sur la dette, une véritable urgence.

 

CdB : Vous ne craignez pas de tuer avec le pétrole le secteur touristique qui représente 16% du PIB, soit 7 milliards d’euros par an ?

I. V. : Non, nous avons pris nos précautions et l’appel d’offres est clair : il n’y aura pas de plates-formes off-shore à moins de 6 km des îles et 12 km de la côte. Essayez, vous, d’y aller, vous ne verrez rien. Aucun touriste ne verra les plate-formes, donc le pétrole est une grande opportunité pour l’économie croate. Sans faire de tort au tourisme.


 


 

Propos recueillis par Laetitia Moreni

Source : balkans.courriers.info, le 14 juillet 2014.

 

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Hommes politiques, militaires et diplomates

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