Le Club Croatia Sacra Paulistana

Publié le 12 Juin 2014

La Croatie en toute diplomatie 


 

Jeudi soir, si l'une des maisons du quartier de Jabaquara, au Sud de Sao Paulo, est un peu plus bruyante qu'à l'accoutumée, il y a fort à parier que les responsables du tapage se trouveront dans les locaux du Club Croatia Sacra Paulistana. Les membres de cette association destinée aux Croates vivant au Brésil se retrouveront dans une situation peu commune puisque leurs pays d'adoption et de naissance se retrouvent face à face lors du match d'ouverture de la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014, jeudi 12 juin.

Difficile de manquer le siège de l'association, dont le nom figure en imposantes lettres sur l'avant-toit d'un bâtiment à deux étages sur l'Avenida General Waldomiro de Lima. Depuis le tirage au sort de la phase de groupes de Brésil 2014, le 6 décembre dernier, ces locaux ainsi que les gens qui les fréquentent attirent encore davantage la curiosité de ceux qui attendent impatiemment l'arrivée de la Seleção. "Maintenant, la Croatie se fait remarquer et on parle d'elle. Les gens commencent à réaliser d'où nous venons", raconte Deborah Ivko, membre régulière du club depuis son enfance, au détour d'une conversation avec FIFA.com.

Par ailleurs, la Croatie, ou plutôt son football, suscite un intérêt particulièrement marqué dans les cercles diplomatiques. "Cela vient toujours sur le tapis", reconnaissait l'ambassadeur de la Croatie au Brésil Drago Stambuk, auteur d'une quarantaine de recueils de poèmes et d'essais, lors d'une séance de dédicaces de son dernier ouvrage, Le ciel dans le puits. Et d'ajouter : "Tout le monde sait que le Brésil est fou de football, mais je crois que la Croatie n'est pas trop loin derrière. Cette obsession partagée est de bonne guerre."


 

Le parfum de la découverte


Lorsque le Secrétaire Général de la FIFA Jérôme Valcke a ouvert la petite boule sur le podium du tirage de la Coupe du Monde à Costa do Sauípe, l'information s'est propagée comme une traînée de poudre à travers toute la communauté croate. Les sentiments étaient partagés entre, d'un côté, le plaisir de voir les deux pays se retrouver face à face, et de l'autre, pour les supporters des Vatreni tout du moins, la crainte de devoir affronter l'un des favoris pour le titre.

De son côté, l'ambassadeur Stambuk enjoint ses compatriotes à ne pas broyer du noir : "J'ai été satisfait. Certains ont exprimé leur inquiétude de voir la Croatie affronter le grand favori. À mes yeux, ce n'est pas une mauvaise chose du tout. La pression, elle est dans le camp brésilien. Nous sommes un petit pays, mais nous jouons très bien. Nous avons des joueurs fantastiques comme Modric, Rakitic, Mandzukic et d'autres encore."

Si l'attaquant Mario Mandzukic ne jouera pas contre le Brésil pour cause de suspension, les deux milieux de terrain seront opérationnels. Qu'ils le veuillent ou non, les Brésiliens qui ne suivent pas de près les championnats européens devront se familiariser avec ces patronymes balkaniques. Deborah Ivko parle en connaissance de cause : "Comme j'avais un nom différent des autres, je devais toujours l'épeler pour que les gens l'orthographient correctement. Dès qu'ils entendaient mon nom, les gens me demandaient d'où je venais puis ils voulaient en savoir plus sur la Croatie".


 

Le match vu par les supporters


La Croatie actuelle a peu de choses en commun avec le pays - l'ancienne Yougoslavie - que son père a dû quitter en 1958, soit un an à peine après la fondation du Club Croatia Sacra Paulistana. Cette association compte quelque 200 membres, qui peuvent compter sur ces locaux pour parler du bon vieux temps et échanger avec les nouveaux-venus.

Cette semaine, le programme événementiel du club est particulièrement chargé avec des fêtes, un festival cinématographique, le lancement de l'ouvrage de l'ambassadeur et, bien entendu, les préparatifs pour le grand match. Pour jeudi, le club, qui ouvrira ses portes à 1h, table sur la venue de plus de 150 personnes. Vendredi, des spécialités et boissons croates seront servies à l'occasion d'un cocktail donné en présence du Premier ministre Zoran Milanovic.

Cet endroit est l'un des centres névralgiques de la communauté, mais le Brésil en compte d'autres, sans compter que Sao Paulo verra débarquer des milliers de touristes croates. On estime à environ 50 000 le nombre de personnes d'origine croate vivant au Brésil. Cela représente une communauté importante, mais moins imposante que celle vivant au Chili et en Argentine. Renato Oliveira en fait partie. Son oncle est croate mais il ne porte pas le nom de famille Knezevic. Pas de quoi empêcher ce supporter de Sao Paulo de soutenir la Croatie sur la scène internationale.

Comment explique-t-il cette contradiction à ses amis ? "Au début, ils trouvaient ça assez exotique", se souvient-il. Et qu'auraient-ils dit de son projet, finalement avorté, de vendre sa voiture pour se rendre en France pour suivre sa chère Croatie à France 1998 ? "Cette campagne n'a pas été bonne pour ma santé", se rappelle-t-il avec nostalgie.

Deborah, quant à elle, refuse de faire un choix. "Le Brésil a déjà une histoire, il a déjà été champion du monde cinq fois, donc personne ne va s'offusquer si je veux voir la Croatie gagner, non ?", sourit-elle. "Je ne vais pas dire que je supporte la Croatie, mais ce tirage me convient bien". L'ambassadeur Stambuk se montre tout aussi diplomate : il se contenterait bien d'un nul 1:1. Cela dit, il se permet une petite pirouette en conclusion : "Peut-être que l'un des deux Brésiliens naturalisés - Eduardo da Silva ou Sammir - pourrait marquer".


 

Source : fr.fifa.com, le 12 juin 2014.

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #La diaspora

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