Hrvoje Jurić

Publié le 17 Février 2014

Hrvoje Jurić

 

 

Hrvoje Jurić est professeur d’éthique à la faculté de philosophie de Zagreb. Ci-dessous il relate une manifestation qu'il a contribué à organiser.

 

 

Soutien à la lutte du peuple travailleur de Bosnie-Herzégovine

 

 

C'est encadrés par un nombre impressionnant de représentants du ministère de l'Intérieur, en uniforme ou « camouflés », que plusieurs centaines de citoyens ont défilé dans le centre de Zagreb en signe de soutien aux manifestants de Bosnie-Hezégovine.

« Non à la guerre entre les peuples, non à la paix entre les classes ! » « Occupe, défend, produit ! », « Milanović, va-t-en ! », « Une classe laborieuse, une lutte commune », sont quelques-uns des slogans que les citoyens arboraient dans le cortège protestataire.

 

 

« Nous nous sommes réunis pour soutenir la lutte du peuple travailleur de Bosnie-Herzégovine en réponse au pillage des biens publics et à la brutale destruction capitaliste à l'origine principale de tous les problèmes. La lutte des travailleurs en Bosnie-Herzégovine est aussi notre lutte », a fait entendre un des manifestants sur la Place des fleurs de Zagreb.

Mario Iveković, président du Nouveau Syndicat, a lui aussi adressé un encouragement aux « travailleurs déclassés de Tuzla, de Sarajevo et d'autres villes dans lesquelles se déroule une lutte pour les droits fondamentaux que nous avons perdus en Croatie et d'autres pays au cours des deux dernières décennies ».

« Ceci est un soutien au peuple de Bosnie-Herzégovine, nous espérons que son exemple sera suivi par les travailleurs en Croatie. En tout cas je ne n'aurais pas de regret à ce que notre élite politique se retire comme cela s'est produit en Bosnie-Herzégovine suite aux manifestations », a déclaré Iveković, qui a également clamé « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ».

Même si le but premier était de soutenir les citoyens de Bosnie-Herzégovine qui bataillent ces jours dans les rues pour leurs droits, les manifestants n'ont pas raté l'occasion de souligner la situation désastreuse que traverse la classe laborieuse en Croatie, appelant les citoyens à se soulever contre « le capitalisme sauvage dans lequel les riches deviennent toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres ».

« Le chômage augmente et les droits des travailleurs sont sans cesse rabotés. Les amendements proposés à la Loi relative au travail ne font que renforcer les élites dans leur volonté de faire des travailleurs une marchandise facilement consommable et mal payée », avaient écrit les organisateurs sur des tracts revendiquant par ailleurs « une société juste pour tous, et non pas une société dictée par une oligarchie de magnats et de politiciens ».

Le cortège s'est également massé devant les portes du Procureur de la République où les manifestants ont dénoncé cette institution sous la houlette de Mladen Bajić. Ce dernier a été particulièrement visé pour son obstruction et ses interventions en vue de protéger les criminels et l'oligarchie politique. « Arrêtez les voleurs » « Tous dans la rue ! » « A bas le gouvernement, à bas les banques ! » a-t-on entendu retentir dans le centre de Zagreb.

« Le rassemblement a été organisé en signe de solidarité avec le peuple de Bosnie-Herzégovine, et non pas avec les Serbes, les Croates ou les Bosniaques. Nous nous solidarisons avec les citoyens marginalisés, déshérités et humiliés qui se sont enfin révoltés contre la situation dont est responsable l'élite politique. Les problèmes en sont arrivés jusqu'au cou, à un niveau qu'ils ne peuvent plus supporter, ce qui veut dire que la question de classe prime enfin sur les solutions ethniques que les politiciens leur ont offertes ces deux dernières décennies », a déclaré Hrvoje Jurić (de la Faculté de Philosophie de Zagreb) sur la Place des victimes du fascisme. Il a ajouté que la grande presse en Bosnie-Herzégovine, en Croatie et d'autres pays, de même que les politiciens, ont déployé un gros effort ces jours-ci afin d'instrumentaliser et manipuler les manifestations, afin de dénaturer les raisons qui ont poussé à la révolte dans le pays voisin.

« Ne vous laissez pas avoir. Peut-être la situation en Croatie ne semble-t-elle pas aussi mauvaise qu'en Bosnie-Herzégovine, mais les problèmes systémiques sont les mêmes. Nous aussi nous vivons dans une fausse démocratie et dans le capitalisme sauvage. Tout cela explique que le peuple en Croatie tourne ses regards vers les événements en Bosnie-Herzégovine et qu'il ne regarde pas constamment vers Bruxelles et l'Union européenne. En Bosnie-Herzégovine se trouvent les modèles pour tous les citoyens humiliés de ce pays. L'ennemi est un, le monde est un et la lutte est une », a déclaré Jurić.

Avant de se disperser la manifestation avait été pacifique et dépourvue d'incidents. C'est à ce moment que la police a procédé à l'arrestation de deux personnes, ce qui a fait bruyamment réagir les autres contestataires. « Vous protégez les criminels mais vous arrêtez les citoyens innocents, honte à vous ! » se sont insurgés des manifestants à côté du véhicule de police contre lequel les agents du ministère de l'Intérieur fouillaient minutieusement l'une des citoyennes arrêtées qui finira au commissariat. La police a refusé de dévoiler les motifs de son arrestation.

 

 

Source : balkanikum.vefblog.net, le 17 février 2014.

Article publié à l'origine sur h-alter.org, le 13 février 2014.

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Intellectuels et activistes

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