Le réseau écologiste ZMAG

Publié le 21 Janvier 2014

Pour sauver l'agriculture familiale, il faut manger local

 

Chaque jour en Croatie, dix exploitations agricoles disparaissent, dans l’indifférence totale des pouvoirs publics. L’heure est à la mobilisation pour essayer de stopper cette tendance. La défense d’une agriculture familiale traditionnelle - bio ou pas - passe par la réinvention de circuits courts de distribution et une prise de conscience des consommateurs. La demande et le marche existent !


 

« Si une famille peut passer son week-end dans un centre commercial, pourquoi ne serait-elle pas capable de sortir un peu de la ville, d’aller jusqu’à la ferme la plus proche et de s’approvisionner directement chez le producteur ? »


« C’est une habitude en Autriche, mais encore une exception en Croatie », explique Sunčana Pešak, du réseau écologiste ZMAG.

Ce groupe de militants écologistes a organisé en octobre dernier le second Forum pour la souveraineté alimentaire de Velika Gorica, en lançant l’idée d’organiser divers événements et des journées portes ouvertes dans plusieurs exploitations agricoles autour de Zagreb, Varaždin et Rijeka - voire même sur l’ensemble du territoire croate. Le ZMAG rappelle que l’ONU a défini 2014 comme « l’année internationale de l’agriculture familiale ».

La Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement avait déjà souligné en septembre dernier que la situation mondiale de la production alimentaire ne cesse de se détériorer. Elle a appelé à une prise de conscience urgente de la nécessité de soutenir et de pratiquer une agriculture agro-écologique, au sein d’exploitations familiales qui s’avèrent être les seules capables de la pratiquer correctement. Pourtant, ces exploitations agricoles familiales sont en train de disparaître rapidement, et la Croatie ne fait pas exception à la tendance mondiale.

« En Croatie, 99% des exploitations familiales cultivent 83,8% des terres agricoles du pays et près de la moitié de la population vit encore en zone rurale. Ces dernières années, toutefois, ces fermes familiales disparaissent rapidement en raison de la désorganisation du marché et de l’insuffisance des stimulations du système qui ne compensent pas les pertes. L’année dernière, par exemple, la production a baissé de presque 10%. Chaque jour, près de dix fermes disparaissent », déplore Sunčana Pešak.

Dans une lettre ouverte au gouvernement et au ministère de l’Agriculture, une quarantaine de producteurs et associations croates dénoncent la responsabilité des institutions dans cette situation, tout en formulant quelques suggestions pour améliorer les conditions de travail des exploitants. « L’économie familiale ne fait pas partie des priorités du gouvernement et le grand public s’est habitué à l’abondance des produits d’importation bon marché des grands centres commerciaux. »

Les signataires soulignent que l’Etat n’a assuré aucun financement pour aider à la création d’une banque de gènes, que l’agro-biodiversité n’est pas inclue dans le cadre législatif visant à protéger la biodiversité en général, et que la réglementation en vigueur ne prévoit aucune possibilité de soustraire la production traditionnelle aux règles d’hygiène, strictes et souvent inutiles, qui l’entravent et menace même sa survie en l’obligeant à faire de trop gros investissements et à changer ses méthodes de travail.

« La Croatie ne peut pas être compétitive sur un marché libre aux côtés de pays beaucoup plus efficaces dans leurs productions ; son atout réside dans la tradition », expliquent-ils. Alors qu’un cinquième des races bovines domestiques sont en danger, quelques unes seulement bénéficient d’une reconnaissance et d’une protection particulière. Très peu de produits présentent une indication d’origine et de provenance. Il n’existe aucune réglementation sur les semences biologiques ni de production nationale de semences pour l’agriculture écologique, de telle sorte que les producteurs doivent se tourner vers les marchés étrangers.

En raison de la crise, de plus en plus de comtés cessent de subventionner les contrôles. Par ailleurs, le marché des produits biologiques n’est toujours pas assez développé et les producteurs sont laissés à eux-mêmes à toutes les étapes, de la production à la distribution et à la commercialisation. Pour survivre, ils doivent souvent accepter des contrats injustes avec les chaînes de grande distribution.

Les événements organisés autour des fermes locales s’adressaient aux consommateurs pour stimuler leur prise de conscience. En regroupant en un même lieu l’offre et la demande, ils ont permis de faire état de la réalité, mais aussi, par exemple en Istrie, de mettre en lumière un marché potentiel pour un certain nombre de nouveaux producteurs agricoles, qui sont ainsi repartis avec un marché pratiquement assuré.


 

Par Marina Kelava

Traduit par Claire Vallet


 

Source : balkans.courriers.info, le 29 décembre 2013.

Article paru à l'origine sur h-alter.org, le 21 novembre 2013.

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Ecologie et nature

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