Le référendum sur le mariage

Publié le 23 Novembre 2013

La manif pour tous fait des émules chez les conservateurs croates

 

 

Le mouvement « Au nom de la famille » réclame que la Constitution stipule que le mariage est « l'union d'un homme et d'une femme ».

 

Ils ont dressé leurs stands sur les places et à la sortie des messes où les prêtres ont mobilisé leurs fidèles et, fin juin, en deux semaines, les adversaires du mariage pour tous à la croate avaient recueilli quelque 750 000 signatures au bas d’une pétition réclamant un référendum afin que la Constitution stipule bien que le mariage est «l’union d’un homme et d’une femme». Vice Batarelo, l’Australo-Croate à l’origine du mouvement Au nom de la famille, reconnaît s’être inspiré de la mobilisation française contre le mariage pour tous. Président de l’association Vigilare, il se défend d’être le porte-voix de l’Eglise catholique : «Les fidèles des communautés orthodoxe et musulmane ont également fait circuler la pétition», dit-il. «Nous tous pensons que le mariage a un but : l’amour et la procréation.»

 

Le mouvement a quelque peu surpris, car aucun projet de loi légalisant le mariage homosexuel ne se prépare actuellement en Croatie. La gauche, au pouvoir depuis décembre 2011, a en revanche prévu pour l’automne de lancer le débat sur un projet de «partenariat civil», un texte donnant aux partenaires homosexuels les mêmes droits qu’aux couples mariés, sauf celui de pouvoir adopter. De nombreux gays élèvent déjà des enfants, car «en Croatie, les personnes seules peuvent adopter», explique Marko Jurcic, un représentant de la communauté LGBT de Zagreb, qui a travaillé sur le projet de loi qui sera présenté au Parlement. Dans ce pays traditionnellement catholique, où 80% des jeunes se marient à l’église mais où 20% seulement des personnes qui se déclarent catholiques vont à la messe, rares sont les personnalités homosexuelles à avoir osé faire leur coming-out. Signe d’évolution : alors que la première Gay Pride à Zagreb en 2002 avait réuni 200 personnes, celle de ce mois de juin a été fréquentée par 15 000 participants, dont de nombreuses familles.

 

Ce n’est pas la première fois que les néoconservateurs croates interviennent sur la scène publique.Vigilare s’était fait connaître en septembre 2012 en combattant le projet d’introduction à l’école de cours parlant d’éducation sexuelle. «Les parents, explique Batarelo, doivent choisir ce qu’on va enseigner à leurs enfants : une conception libérale, comme le veut le gouvernement, ou un point de vue traditionnel.»

Face à ces centaines de milliers de signatures, le gouvernement se doit de saisir le Parlement. «Mais le mariage gay concerne les droits des minorités, et, selon la Constitution, aucune majorité ne peut imposer sa loi à une minorité par référendum», explique l’avocate spécialiste en droit de la famille Dafinka Vecerina. A gauche, on pense que cet argument prévaudra.

 

 

Par Hélène Despic-Popovic

Source : liberation.fr, le 14 juillet 2013.

 

 

 

En Croatie, un référendum contre le mariage homosexuel

 

Les associations LGBT dénoncent le projet d'inscrire dans la constitution que le mariage est une union entre « un homme et une femme »

 

Le Parlement croate a approuvé vendredi la convocation pour le 1er décembre d’un référendum contre le mariage homosexuel malgré l’opposition des militants pour les droits des homosexuels qui ont dénoncé une démarche discriminatoire. Le vote au Parlement est intervenu à la demande d’un collectif conservateur baptisé «Au nom de la famille» qui a rassemblé sur une pétition quelque 700 000 signatures auprès des citoyens favorables à ce que le mariage soit défini par la Constitution comme «une union entre un homme et une femme».

 

L’actuelle Constitution ne dispose d’aucune définition du mariage. Cent quatre des 151 députés du Parlement ont voté en faveur du référendum. 13 ont voté contre. Cinq députés se sont abstenus.

Pays balkanique de 4,2 millions d’habitants, dont près de 90% sont de confession catholique, la Croatie a adhéré en juillet à l’Union européenne. Le mariage homosexuel n’est pas autorisé en Croatie mais les mouvements conservateurs affirment qu’ils souhaitent bloquer une telle éventualité, après l’annonce par le gouvernement d’une nouvelle législation en la matière visant à autoriser le partenariat enregistré.

«Il ne s’agit pas de discrimination ou de vouloir priver quelqu’un de ses droits, mais il est simplement question de s’assurer que ce qui existe (...), ce qui est ancré dans la société croate ne change pas», a déclaré devant les députés Zeljko Reiner, de l’Union démocratique croate (HDZ, opposition).


 

« Discriminatoire »

Les défenseurs des droits de l’Homme et des militants LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels) affirment qu’un tel référendum est «discriminatoire». Ils ont appelé la Cour constitutionnelle à donner son avis sur sa légalité. «Il s’agit indubitablement d’une question touchant aux droits de l’Homme. Un tel sujet ne peut faire l’objet d’un référendum», assure Sanja Juras, figure de proue des militants pro-homosexuels.

En 2003, la Croatie a accordé aux couples du même sexe les mêmes droits qu’aux hétérosexuels vivant en union libre, dont une sorte de reconnaissance de la communauté de biens. Ce référendum sera le premier à être organisé à l’initiative des citoyens dans cette ancienne république yougoslave indépendante depuis 1991. Selon la loi croate, la réussite d’un référendum ne dépend pas du taux de participation et le résultat sera validé quel que soit le nombre de citoyens qui s’exprimeront. Les droits des homosexuels sont toujours un thème très sensible dans ce pays où l’Église catholique détient un rôle particulièrement influent.

La première Gay Pride a été organisée à Zagreb en 2002. Elle a été suivie d’incidents dans lesquels des dizaines de participants ont été tabassés par des extrémistes. Depuis, ces défilés sont organisés chaque année sans incidents mais toujours en présence d’un important dispositif policier.


 

Un tiers des Croates opposés au référendum

Neven Rauk, un cuisinier de 28 ans au chômage a confié à l’AFP que les «gays ont toujours peur de sortir du placard» en Croatie. «Nous faisons changer les lois, mais l’état d’esprit de notre société change plutôt lentement», déplore ce jeune homme qui affirme avoir fait l’objet d’agressions homophobes. «Le référendum (...) est une violation de mon droit d’être différent, de mon droit à l’équité qui est garanti par la Constitution», a-t-il ajouté.

Des représentants du collectif «Au nom de la famille» rejettent les accusations d'«homophobie» contre leur camp et dénoncent à leur tour les actions de «groupes agressifs» des droits des homosexuels. «Faire en sorte qu’une relation homosexuelle soit égale à un mariage n’est pas une question des droits de l’Homme», disent-ils. Selon un sondage récent, environ 54% des Croates soutiennent l’organisation du référendum, contre 30% qui s’y opposent. «Nous sommes un pays conservateur et la voix de la majorité doit être entendue», insiste Marija Jankovic, une catholique pratiquante de 40 ans.

 

Source : liberation.fr, le 8 novembre 2013.

 

 

 

Les Croates rejettent massivement le mariage gay

 

Les Croates ont  approuvé par référendum une définition constitutionnelle du mariage excluant l’union entre personnes du même sexe. La Commission européenne s’est abstenue de tout commentaire ; le mariage relève de la compétence nationale.

 

C’est à une large majorité que les Croates ont voté le 1er décembre en faveur de l’inscription du mariage dans la constitution sous la formulation : « l’union d’un homme et d’une femme ».

Près de 66 % des votants ont donc approuvé par référendum l'exclusion du mariage gay de la constitution du pays, selon les résultats provisoires. Le taux de participation s’élevait à 37 %.

L'idée du référendum, lancée à l’origine par le groupe catholique « Au nom de la famille », a rassemblé plus de 740 000 signatures en sa faveur, ce qui a poussé le parlement à l’organiser .

Le gouvernement social-démocrate était, quant à lui, en désaccord avec le projet de référendum. Mais les résultats ne sont pas surprenants dans un pays conservateur sur les questions de mœurs et où 90 % des 4,4 millions d’habitants se déclarent catholiques.

L’Église a soutenu avec enthousiasme l’initiative. Inscrire le mariage directement dans la constitution, au lieu de promulguer une simple loi, permet en effet de rendre plus difficile toute modification puisqu’il faudra dès lors deux tiers de la majorité au parlement.

« Je suis heureuse parce qu’à partir de maintenant, aucun gouvernement pourra légaliser le mariage gay, » affir Željka Markić, à la tête de l’initiative « Au nom de la famille ».

La danseuse de ballet Sanka Grgic déclare de son côté : « Je n’ai rien contre les personnes homosexuelles, j’ai d’ailleurs beaucoup d’amis homosexuels. Cependant, j’ai voté pour l’initiative, car je pense que les enfants devraient grandir au sein d’une famille constituée d’une mère et d’un père. »

Les opposants font remarquer que la Croatie partage cette définition constitutionnelle du mariage avec plusieurs pays où l’union entre conjoints de même sexe n’est pas tolérée : la Biélorussie,la Bulgarie, la Moldavie, le Monténégro, la Pologne et la Serbie.


 

Le débat sur l’éducation sexuelle

« Il s’agit d’une discrimination, d’une atteinte aux droits de l’homme et des libertés. C’est une erreur que l’on aura tous à porter », a regretté Duje Prkut, l’un des principaux activistes dans le camp du « Contre ».

La campagne pour la tenue d’un référendum a commencé l’année dernière. À l’époque, le gouvernement avait introduit l’éducation sexuelle malgré les protestations des groupes catholiques.

Ils ont indiqué par la suite qu’un couple de même sexe pourrait jouir des mêmes droits qu’un couple marié, grâce à un statut et à des droits d’héritage similaires. Cependant, les couples de même sexe ne pourront pas se marier officiellement.

Le premier ministre croate, Zoran Milanović, a qualifié le référendum de « triste et inutile ». Néanmoins, il a ajouté que le gouvernement adopterait une loi qui conférerait plus de droits aux couples homosexuels dans les semaines à venir.

Alors que la Gay pride est devenue un phénomène normal en Croatie, les couples homosexuels sont toujours confrontés à de nombreuses difficultés pratiques.

« À l’heure actuelle, je n’ai aucun droit d’héritage sur les biens de mon amie, je ne peux ni adopter d’enfants, ni me marier. Je ne pourrais même pas rendre visite à mon amie si elle devait intégrer une maison de retraite » s’agace Marta Susak, une étudiante de 21 ans qui est venue voter en tenant la main de sa partenaire.

Les chefs du parti d’opposition Union démocratique croate (HDZ) ont soutenu l’initiative du référendum. Certains analystes y voient le début d’un retour de flamme des conservateurs contre le gouvernement de plus en plus impopulaire. Car il n’a pas réussi à remettre l’économie en selle.

« Ce vote ne concerne pas le mariage ni sur la définition du mariage, mais ce référendum était un vote contre le gouvernement actuel, » affirme Davor Butkovic, chroniqueur de renommée qui écrit dans quotidien pro-gouvernemental, Jutarnji List.

La Commission a refusé de faire tout commentaire sur cette question du mariage, qui relève de la compétence nationale. En réalité, lors de la période de préadhésion, la Commission fait en général pression sur les pays candidats pour le respect des droits des LGBT (lesbiennes, gays, bi- et transsexuels). Mais une fois le pays candidat devient membre de l’Union, Bruxelles garde le silence sur la question.

 

 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Thèmes politiques et identitaires

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