Ivan Rakitić

Publié le 18 Octobre 2013

Ivan Rakitić

 

La famille Rakitic a émigré en Suisse pendant la guerre qui a déchiré les Balkans dans les années 90. Son père est originaire de Sikirevci, une localité du nord-est de la Croatie bordant la Bosnie-Herzegovine d'où est originaire sa mère. C'est dans le canton d'Argovie, à Möhlin, que le petit Ivan voit le jour le 10 mars 1988.


 

Des débuts à fond de Bâle

Très jeune, Rakitic est attiré par le ballon rond et use ses premiers crampons sur les terrains du club de sa ville natale. Après 3 années passées là-bas, les Rakitic affilient leur fils au FC Bâle. Ivan devient rapidement l'une des grandes promesses d'un club qui se trouve un peu dans le creux de la vague à cette époque. Pour retrouver les hautes sphères du football helvétique, le Bebbi compte bien sur son centre de formation. De celui-ci sont sortis Alexander Frei et les jumeaux Philipp et David Degen à la fin du siècle dernier. Le club compte ensuite beaucoup sur sa prometteuse génération de bi-nationaux incarnée par Gökhan Inler, Zdravko Kuzmanovic et Ivan Rakitic.

Comme un signe du destin, c'est lors d'un déplacement européen dans les Balkans que Rakitic porte pour la première fois les couleurs du Bebbi dans un match officiel de l'équipe première. Le 29 septembre 2005, il ne joue qu'un petit quart d'heure contre les Bosniens du NK Siroki Brijeg où il remplace l'Argentin Matias Delgado. Le natif de Möhlin devra ensuite attendre le mois d'avril 2006 pour effectuer ses débuts dans le championnat suisse lors d'un déplacement à Neuchâtel Xamax.

La saison suivante, le FC Bâle voit la mécène Gisela "Gigi" Oeri prendre la présidence. C'est grâce à elle que le FC Bâle était doté depuis peu d'un centre de formation moderne. Le FC Bâle compte sur ses jeunes pousses Rakitic et Kuzmanovic pour donner un nouvel élan à l'équipe. Si le second cité répond aux sirènes de la Serie A et de la Fiorentina lors de l'hiver, le premier devient l'un des incontournables de l'équipe. Dans une position de milieu offensif, Ivan Rakitic séduit les observateurs. Joueur moderne, jouant indifféremment des deux pieds, il se fait surtout remarquer pour la qualité de sa frappe qui lui permet de faire trembler les filets à onze reprises lors des 33 matchs qu'il dispute cette saison là dans le championnat suisse. Elu "meilleur jeune joueur" de la compétition, il se voit aussi décerner le prix du "plus beau but de l'année" pour une merveille de reprise de volée du gauche lors d'un match contre Saint-Gall. 

Malgré l'éclosion de sa nouvelle perle, le FC Bâle doit se contenter du statut de dauphin du FC Zürich en championnat. Il sauve cependant sa saison en s'adjugeant la Coupe nationale. La saison européenne est en revanche décevante, le club helvétique étant éliminé lors de la phase de poules de la Coupe UEFA dans un groupe où l'on retrouvait Blackburn, Nancy et le Wisla Cracovie.

 

Trahison et départ en Allemagne

Après avoir porté le maillot de la Nati chez les U17 et 19, Rakitic a revêtit celui des espoirs. La Suisse pense tenir un nouveau joyau, mais celui-ci lui filera sous le nez lors de l'été 2007. Le joueur est pisté par Schalke 04 qui voit en lui le successeur de Lincoln, parti pour les rives du Bosphore à Galatasaray. L'affaire sera finalement conclue pour 4,5 millions d'euros. Mais surtout, le joueur décide de ne pas répondre aux convocations du sélectionneur nationale suisse qui veut le faire jouer avec l'équipe A en vue de l'Euro 2008 qui se disputera sur ses terres. Il annonce qu'il portera le maillot croate. Le peuple helvète se sent trahi.

La Suisse accuse la Croatie d'avoir offert de l'argent au joueur comme elle l'aurait fait quelques années plus tôt avec Mladen Petric. Ce dernier, qui évolue aussi au FC Bâle et est l'un des meilleurs amis de Rakitic, est accusé de l'avoir influencé. Il quittera d'ailleurs la Suisse cet été là pour le Borussia Dortmund.

Le 8 septembre 2007, Rakitic honore sa première sélection avec la Croatie à l'occasion d'un match contre l'Estonie. Le stade Maksimir lui offre une très belle ovation lors de sa montée au jeu. Du côté suisse, on grince toujours des dents. Quelques jours plus tard, la sélection dirigée alors par Slaven Bilic se déplace à Andorre. Victoire sur un score de tennis et premier goal international pour Rakitic à qui tout sourit.

En club aussi, ça roule pour le natif de Möhlin. Entré au jeu en deuxième période lors du match inaugural de la Bundesliga contre Stuttgart, Rakitic permet à Schalke d'arracher un match nul (2-2). Par la suite, il gagne ses galons de titulaire et se distingue encore en marquant l'unique but des siens lors d'un partage obtenu contre le Bayern Munich. Le Croate découvre aussi la Champion's League. Malgré une défaite à domicile contre Valence lors de la première journée, les Königsblauen terminent deuxièmes de leur groupe derrière Chelsea. Contre les Blues, Rakitic fait forte impression lors du dernier match de poule.


 

Le sens de la fête et des reponsabilités

Le milieu de terrain se fait cependant aussi remarquer de manière un peu plus négative. La veille d'un match de C1 contre Rosenborg, il s'offre une virée nocturne jusqu'à 4h30 du matin en compagnie de Mladen Krstajic et Jermaine Jones. Le trio de fêtards sera suspendu par Schalke 04. Pas question de badiner avec la discipline. 

Cette saison là, le club de la Ruhr s'offre le premier quart de finale en C1 de son histoire en éliminant le FC Porto en 1/8e de finale au terme de la séance des tirs au but. Rakitic marque le sien, mais sera privé des deux matchs contre le FC Barcelone à cause d'une blessure à la cheville, mais l'apothéose de la saison sera quand même belle puisqu'il fait partie des 23 joueurs sélectionnés par Slaven Bilic pour l'Euro 2008. Il est le deuxième joueur le plus jeune de la compétition derrière... un Suisse d'origine étrangère lui aussi passé par le FC Bâle, Eren Derdiyok.

Il reste sur le banc lors du premier match contre l'Autriche avant de monter au jeu contre l'Allemagne. Contre le pays de son club, Rakitic est motivé et est à la base du deuxième but des siens inscrit par Ivica Olic. Titulaire contre la Pologne, le milieu de terrain voit son équipe remporter son troisième match de poule et terminer première de son groupe. En quarts de finale, la Croatie est favorite contre la Turquie. Elle pense valider son ticket pour les demis lorsqu'Ivan Klasnic ouvre la marque à la 119e. Mais c'était sans compter sur ce diable de Semih Sentürk qui rétablissait l'égalité dans les toutes dernières secondes. Lors de la séance de tirs au but, Ivan Rakitic prenait ses responsabilités malgré son jeune âge. Il flanchait comme deux autres de ses partenaires devant Rüstü. Cruelle désillusion pour cette Croatie séduisante.

Le jeune joueur peine à se remettre de cet échec avec un  Schalke 04 privé des soirées grisantes de la Champion's League. Gêné par quelques blessures, Rakitic joue un peu moins. Il ne participe qu'à 23 rencontres de Bundesliga et ne marque qu'une seule fois. En coupe de l'UEFA, les Königsblauen ne vont pas plus loin que la phase de poules où le milieu Croate dispute quatre des six rencontres.

Ivan Rakitic se reprend ensuite en signant sa saison la plus aboutie avec Schalke 04. De nouveau dominateur dans le jeu, celui qui a vu le jour en Suisse dispute 29 matchs de championnat et fait parler la poudre à 7 reprises. Son printemps est particulièrement tonitruant puisqu'il plante 6 roses en 8 matchs et permet au club de la Ruhr de se qualifier pour la C1.

Du côté de la sélection, c'est en revanche la soupe à la grimaces. La Croatie n'est pas parvenue à valider son ticket pour la Coupe du monde en Afrique du Sud. Le joueur, de son côté, peut être satisfait de sa campagne. Il est le seul à avoir pris part aux 10 matchs de qualification et a marqué deux buts dont l'un a permis aux Croates d'arracher une victoire contre la Biélorussie. Mais ce bilan personnel n'atténue pas sa déception de passer à côté d'une grande compétition internationale.


 

Exil espagnol et San Iker

Souvent taxé de joueur irrégulier, le Croate ne confirme pas ces bonnes dispositions lors de la saison 2010-2011. Seize matchs en Bundesliga, cinq en Champion's League et seulement un but marqué dans ces deux compétitions. Mais surtout, beaucoup de remplacements lors des matchs qu'il joue. Rakitic n'est plus aussi décisif et ne termine plus beaucoup de rencontres.

Déçu par cette situation, le joueur décide lors du mercato hivernal d'aller voir en Espagne si l'herbe n'est pas un peu plus verte. Il est bradé par Schalke qui le revend au FC Séville pour deux fois moins qu'il l'avait acheté. Ses débuts en Andalousie sont tonitruants. 13 matchs, 5 buts. L'homme semble avoir retrouvé sa confiance et son nouveau club se réjouit d'avoir réalisé une toute bonne affaire.

Malgré une cinquième place au classement, Gregorio Manzano est remplacé par Marcelino Garcia Toral à tête de l'équipe. Le nouvel entraineur n'est pas vraiment fan de Rakitic qui ne le considère pas comme un incontournable. Le Croato-suisse prend part à 36 rencontres, mais n'en dispute que la moitié dans la peau d'un titulaire. Le technicien du FC Séville reçoit cependant son C4 en février alors que le club pointe à une décevante 12e place. Sous la houlette de Michel, Rakitic retrouve quelques couleurs. Le club andalou termine finalement 9e et sera privé de compétition européenne.

Pour se donner du baume au coeur, le milieu de terrain croate peut compter sur sa sélection qui participe à l'Euro 2012. La bande à Slaven Bilic n'a pas hérité d'un tirage facile puisqu'elle retrouve l'Italie, l'Espagne et l'Irlande dans son groupe. Mais pourtant, la sélection au damier va passer tout près d'un bel exploit. Elle s'impose facilement contre l'Irlande (3-1) avant de partager l'enjeu avec la Squadra Azzurra. Lors du dernier match contre l'Espagne, la sélection au damier impressionne. La Roja est malmenée, mais tient le coup grâce à un Iker Casillas des grands soirs. Le portier ibère fait honneur à sa réputation de San Iker en sortant notamment une tête à bout portant d'Ivan Rakitic. Le rêve croate de se payer le scalp du champion du monde vole en éclat à la 88e lorsque Jesus Navas trompe la vigilance de Stipe Pletikosa.

Rassuré par ce bon tournoi, Rakitic va poursuivre sur sa lancée en club. Titulaire indiscutable, il dispute 34 matchs de Liga et fait parler sa force de frappe en inscrivant 8 buts. Jusque là peu souvent averti dans sa carrière, le Croate va "muscler" son jeu. Michel lui demande de beaucoup plus défendre et il s'exécute. Un peu trop d'ailleurs puisqu'il écope de 10 bristols jaunes. Il voit aussi deux fois rouge. L'arrivée d'Unai Emery en janvier n'a pas eu d'effet sur son statut. L'ancien coach du Spartak Moscou continuant à attribuer un rôle en vue au milieu relayeur qui termine aussi 5e meilleur passeur du championnat espagnol avec 10 assists.

Le changement de sélectionneur au sein de la sélection au damier ne lui offre pas nécessairement le rôle en vue qu'il espère. En balance avec Ivan Perisic, il rester collé au banc lors de la rencontre aller contre les Diables Rouges. Un mois plus tard, Stimac le titularise et il marque contre la Macédoine. Lors des deux derniers matchs officiels des Croates, il était titulaire sur le flanc gauche, mais il n'a pas spécialement brillé. A l'image de son équipe, surprise par l'Ecosse au stade Maksimir et accrochée par le voisin serbe à Belgrade.


 

Milieu axial en club, ailier en sélection

Son bon début de saison avec Séville lui donne cependant de l'espoir. Il a pris part aux 8 premières rencontres de Liga et a déjà marqué 4 buts. Toujours aussi travailleur, Rakitic a déjà pris 3 cartons jaunes. Il est désormais incontournable au sein d'une équipe de Séville qui s'est bien renforcée cet été avec les arrivées de Kevin Gameiro et Marko Marin. Cependant, les résultats ne suivent pas encore. Seulement onzième au classement, les Andalous restent sur une victoire difficile contre Alméria (2-1). Un succès qu'ils doivent au coup de patte salvateur de Rakitic dans les arrêts de jeu du match. Quinze jours avant, les hommes d'Unai Emery ont pourtant failli surprendre le grand Barça au Camp Nou. Menés 2-0, les Sévillans avaient recollé au score grâce à un premier d'Ivan Rakitic qui allait ensuite servir Coke pour l'égalisation. Un goal d'Alexis Sanchez dans les dernières secondes allait offrir les 3 points aux Blaugranas.

Le rôle occupé par le Croate dans son club est cependant totalement différent de celui qu'il occupe en sélection. Dans celle-ci, il évolue sur les flancs que ce soit le droit ou le gauche alors qu'en club, il joue en tant que milieu relayeur aux côtés de Vincente Iborra et derrière Marko Marin. C'est sans doute pour cette raison qu'il ne parvient pas à totalement s'épanouir en équipe nationale. Mais Igor Stimac préfère associer Ognjen Vukojevic ou Mateo Kovacic aux côtés du maestro Luka Modric. La faute au système de la Croatie qui évolue dans un 4-4-2 à plat alors que le FC Séville a adopté un 4-3-3.

Malgré cela, Ivan Rakitic fait figure de pion essentiel dans l'équipe croate et devrait porter pour la 57e fois les couleurs nationales ce soir. Pas mal pour un gars dont l'irrégularité a été le fil rouge d'une carrière qui est sans doute en train de totalement décoller.


 

Par Fabien Chaliaud

Source : http://tackleonweb.blogs.dhnet.be/archive/2013/10/11/temp-7f8569d0d23e31b0207fdb275f798a1c-570574.html

 


 

Rédigé par brunorosar

Publié dans #Mafia et football

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